
Et c’est parti pour une vingt-sixième joute qui, nous l’espérons, va déchaîner les foules.

Le sujet est
Un nouveau monde
La limite de longueur est de 4 pages, comme d’habitude.
Réveillez vos muses et bonne chance à tous.

Demiandre, Elora et Owyn.
Les Textes
Mélisande
Sur la frontière
Cela fait maintenant deux semaines que je me claquemure chez moi, volets fermés et rideaux abaissés. Deux semaines que je n’ose sortir, préférant vivre sur mes maigres réserves que d’affronter les regards des gens du village. Vingt jours que les gens me soupçonnent. Combien avant que leurs doutes se muent en certitudes? Si peu, trop peu…
Que ne puis-je m’enfermer à jamais dans cette maison? Mais ma petite fille, mon Olena doit manger, même si moi je ne parviens plus à avaler quoi que ce soit. Olena. De son vivant, Fédor me disait souvent que j’empêche ma fille de vivre et de grandir. C’est vrai, je l’ai toujours couvée. Il disait que je veillais sur elle avec la férocité d’une louve et qu’à cause de moi Olena est devenue une petite fille craintive et fragile, et qu’aucun homme ne voudrait jamais d’elle. Peu m’importe. J’ai perdu deux enfants en couche et trois autres sont morts des fièvres des marais en un an à peine. Rien, personne ne me privera de mon unique enfant. Je ne laisserait personne me la prendre. Pas même Dieu. Même pas ça.
Malgré mon désir, je dois sortir. A peine ais-je mis un pied dehors que je sens une centaine d’yeux se poser sur moi. Je fais un pas en arrière, comme pour rentrer, pour échapper à ces regards qui me fixent. Je tremble de tout mon corps mais je descends les quelques marches qui me séparent de la rue enneigée. Chaque pas est une lutte. Tout ce qui me convainc de ne pas me réfugier à l’intérieur comme me le hurle ma peur, c’est la certitude que cela reviendrait à me condamner à mort. Alors, je tente vainement de me composer un air naturel et me dirige à grands pas pressés vers les étals au centre du petit village, les yeux baissés, tentant de ne pas écouter les gens qui parlent en un murmure croissant en me fixant des yeux. Mais il est impossible de ne pas entendre.
La rumeur. La rumeur est un monstre. Un animal carnassier qui ne se repait que de sang. Rien ne l’arrête. Elle se nourrit de vos silences, comme de vos dénigrements. Elle fond sur vous comme un rapace et ne vous lâche que pour vous jeter sur des pics acérés. Elle n’a même pas la miséricorde de vous tuer net mais vous laisse pantelante crever sur place. Plus la mort est lente et sanglante, plus elle apprécie. C’est un monstre à cent têtes, à mille têtes. Elle est impossible à désarmer ou à tuer. Je suis suivie par ce fauve affamé depuis plusieurs jours déjà. Chaque fois que j’ose regarder par les trous des volets, je vois un petit groupe de personnes, jamais les mêmes -cherchent-ils à me donner l’impression que je ne suis pas observée?-, en face de chez moi, observant et discutant. Quelques uns, les derniers jours, étaient armés. Je m’efforce de passer le moins de temps possible au marché. C’est un calvaire que de subir tous ces regards. Se rendent-ils comptent du mal qu’ils me font? Le boucher regarde mon cou avec insistance, je crois qu’il cherche des traces de morsures. L’imbécile. L’autre client recule quand je le regarde. Lorsque je tend mon argent pour payer le pain, je vois le regard de la boulangère se fixer sur mon poignet. Elle a vu les marques de griffes. Je tire mon manteau et mes gants de manière à cacher les traces mais il est trop tard, je le sais. Elle me regarde désormais avec dégoût et crainte. Les pièces qu’elle a saisi glissent et tintent sur la table alors qu’elle les lâche précipitamment. Craint-elle que le fait que je les ai touchées lui porte malheur? Je saisis à toute vitesse une miche de pain sur l’étal avant que l’on refuse de me la donner. J’ai payé, j’y ais droit. Même si c’est du vol d’une certaine manière puisque les pièces de cuivre resteront là à rouiller. Personne n’y touchera. Mais je ne réfléchis pas sur l’instant. Vite. Vite. Je n’arrive à formuler que ce seul mot dans ma pensée. Vite, plus vite. Rentrer, se cacher. J’accélère le pas alors que la rumeur enfle. Je sens l’hésitation autour de moi. Vont ils m’arrêter? Me lancer une pierre? Lequel se décidera le premier? Je ne peux qu’accélérer le pas même si je n’ose courir. -Eh Pavlina! Je me fige en entendant la voix goguenarde. Ça y est. Ils vont me tuer puis tuer Olena. J’attends la première pierre, le premier coup de couteau ou de fourche, les yeux fermés, incapable de bouger. Trop terrifiée pour ça. Je cherche vainement une prière qui pourrait me sauver mais je crois que Dieu a détourné son regard de mes malheurs. Il n’y aura pas de miracle pour moi. Le ciel ne s’illuminera pas pour me sauver. Il reste vide, d’un blanc glacé, illuminé seulement par la lune déjà levée et presque ronde qui semble me regarder d’un air goguenard à travers la brume alors que je rouvre les yeux. Rien ne vient. Aucun coup ne m’est porté. Je me retourne, tremblante. Ils ne sont que trois. Trois jeunes gens m’observent d’un air narquois. Le reste du village ne nous regarde pas. Derrière, sur la place du marché, ils sont assemblés à discuter de mon sort. Et je connais déjà le verdict qui en sortira, dans quelques heures. Quand ils se seront habitués à l’idée du meurtre. Je suis veuve et étrangère à la région. Ma mort et celle de ma fille ne seront pas jugées comme un crime grave. Pour le moment, ce sont ces trois là dont je dois me méfier. Je les connais. Ce sont les jeunes et riches oisifs du village. Ne passant guère de temps aux champs ou à garder les troupeaux, ils trompent leur ennui en colportant des rumeurs et en s’acharnant sur les plus pauvres. Des imbéciles, mais des imbéciles riches. On les écoute, et ils peuvent déclencher l’hallali. Pour le moment, ils veulent juste jouer. Je crois. J’espère. -C’est y donc vrai que t’as couché avec le Diable Pavlina? me lance l’un d’eux l’air hilare. Après un instant de soulagement à voir qu’il ne s’agit que d’une moquerie, pas d’une accusation -pas encore-, la panique prend enfin le dessus. Je saisis mes provisions entre mes bras et cours, cours, cours. Chez moi. Je pousse la table devant la porte pour retarder un probable assaut. Une fois barricadée, je me laisse m’effondrer par terre et en sanglots. Du temps passe, avant que je ne me calme. Finalement, les larmes font place à une sorte de sérénité. Je me sens enfin capable de penser. D’agir, non plus de subir. On m’observe. C’est Olena qui me fixe de ses yeux dorés et inquiets. Elle est toute pâle, sauf là où elle a été mordue. La blessure est encore toute rouge et boursouflée. Il aurait mieux valu que ça l’ait tuée. Ce ne sont pas les traces de dents d’un ours. Elle serait mieux morte. Mais comment puis-je penser cela même une seconde? Je ne veux pas la perdre. Je l’attire dans mes bras et la calme, lui demandant de dormir. Je tente vainement de m’endormir. J’écoute le silence de la pièce et les murmures venant du dehors jusqu’à la nuit tombée. Je ne doute plus. Il nous faut fuir. Je ne compte pas mourir avec ma fille ici. S’échapper avec une enfant au tout début du printemps et avec un risque imminent de tempête de neige est dangereux. Je ne sais pas si nous arriverons à survivre dans la forêt, confrontées à l’inconnu. Mais il nous faut essayer ou mourir. La sortie par la porte est impossible. Je vois par les interstices du bois une foule de plus en plus importante se masser devant la maison. Bientôt ils nous en ferront sortir à coup de pierres et de torches enflammées. Les gens, ici et ailleurs, auront toujours peur de la différence. A raison parfois -peut être-. Avec Olena, nous nous faufilons par le toit. Par bonheur, personne ne remarque nos deux silhouettes. Ils sont tous trop occupés à enfoncer la porte. En quelques minutes, nous atteignons l’orée de la forêt. Sauvées. Il ne me faut que quelques heures pour comprendre qu’il n’en est rien. Vivre dans les forêts nordiques nécessite une constitution et un entrainement que ni moi ni Olena ne possédons. Le printemps arrive, mais lentement, bien trop. Personne ne voudra jamais nous recueillir, dans chaque village traversé on nous chassera à coups de pierre. Impossible de s’adapter à ce monde étrange et dangereux. Je nous sais condamnées. Mais malgré tout, je tente de nous trouver un abri, grotte ou tas de rondin. Nous marchons pendant des heures pour finalement découvrir une minuscule grotte à demi fermée par un éboulement. Il ne sera donc pas trop difficile de s’y réfugier pour échapper aux prédateurs. J’amasse à l’entrée des pierres de toutes tailles pour finir de refermer l’ouverture ce soir. Olena, elle, ramasse du bois. Elle ne tremble pas de froid, contrairement à moi. Cela me fait peur, un peu, je dois me l’avouer. Moi je frissonne et mes mains bleuissent. Elle doit allumer du feu bien avant la nuit pour que puisse continuer à travailler sans m’effondrer. Et les nuages s’amoncellent au dessus de nous, annonçant la neige. Nous déplaçons le tas de bois à l’abri sous une corniche et continuons à travailler, à poser des pièges pour les lièvres qui pourraient rôder autour de la grotte, à consolider le muret de pierre… Olena prend cela pour un jeu, au début du moins. Mais l’approche de la nuit la fait changer de visage. Désormais elle regarde le ciel avec inquiétude, ses gestes sont plus saccadés. Elle sait, ou du moins elle devine, et elle aussi elle a peur. Je n’ai pas réussi à lui en parler. Comment une mère pourrait elle expliquer à sa fille le danger qu’elle représente? A peine le soleil couché, je la fais pénétrer dans la grotte. Nous l’avons déblayée de toutes les pierres acérées sur lesquelles elle aurait pu se blesser. Hélas, ce n’est pas suffisant. Elle va devoir passer la nuit là, dans le froid et les ténèbres. Je ne veux pas qu’elle se brûle. Qu’elle souffre le moins possible, s’il vous plaît. Pitié pour elle. Mais il n’y aura pas de pitié. Il n’y a rien là-haut. Pas de dieu, pas d’anges. La Vierge n’est qu’une icône dorée, pas une aide pour les malheureux. Blasphème? Peut-être. Mais je ne crois plus en rien. Je ressors, laissant Olena seule dans la grotte. Méthodiquement, j’empile les pierres pour la garder enfermée. Je laisse des interstices suffisant pour qu’elle respire mais elle ne sortira pas de cette grotte. J’ai honte, d’une certaine manière. Ne devrais-je pas rester auprès d’elle, malgré les risques? De toute façon nous allons mourir alors à quoi bon? Mais la peur l’emporte et je continue à calfeutrer l’issue. La nuit tombe. Des pleurs et des gémissements proviennent de la grotte. Je souffre autant qu’elle, le sait elle? J’espère et prie qu’elle ne m’en voudra pas de cet enfermement. Mais que pouvais-je faire d’autre? Les gémissements se muent en hurlements stridents, de moins en moins humains. Au dessus de ma tête, la lune brille, ronde et éclatante de blancheur. Je la hais. Elle m’a pris ma fille qui grogne dans la grotte. Plus tout à fait humaine, pas vraiment louve, où est sa place? Elle ne sera acceptée nulle part et mourra ici-même dans quelques jours, tout comme moi même. Il est impossible de s’adapter à cet univers froid. Le printemps est trop loin, désespérément trop loin. J’ai rencontré un jour un voyageur qui venait d’un pays du sud, plus chaud. Il disait qu’il aimait ce pays pour sa blancheur, son froid glacial et envoûtant et qu’il aurait aimé vivre et se perdre ici dans nos forêts. Le fou. Je ne peux que compter les jours qui nous séparent de la mort par le froid ou la faim. Je grelotte de froid et me dis que la fin est là. Je me réveille au matin, gelée. Le feu a dû s’éteindre pendant la nuit. En ouvrant les yeux, je me rends compte que je ne suis plus dans la grotte, mais dans une cabane en bois. Lorsque j’essaie de sortir, je sens la porte me faire résistance. Enfermée. Que me veut-on? Avec honte, je me rends compte que je n’ai pas encore pensé au sort de ma fille. On me l’a prise. Elle n’est pas dans la cabane. Par les espaces entre les planches mal assemblées de ma prison, je tente de distinguer ce qu’il y a à l’extérieur. Ce n’est pas un village, enfin, pas vraiment. Il y a plusieurs cabanes, de tailles diverses, servant d’avantage d’abri que de maisons. Comme si leurs habitants ne craignaient pas vraiment le froid. Après plusieurs heures, quelqu’un daigne enfin m’ouvrir la porte. Il y a les yeux jaunes et le visage à moitié couvert de longs poils blonds. C’est un garou, comme elle, comme ma fille. Il me fait signe que je peux sortir. Ma fille est dehors, avec d’autres enfants-garous. Les jours passent et j’apprends petit à petit où je suis. Les gens ici sont tous des garous. Je suis la seule humaine véritable du campement. Rejetés par les leurs pour leur malédiction, ils se sont réunis pour survivre plus facilement. La survie est la seule chose qui nous préoccupe ici. C’est un combat de tous les jours pour trouver à manger, garder le bois à l’abri de la neige et de la pluie, s’assurer qu’aucun chasseur ne découvre le camp… Ici, les hommes chassent et les femmes travaillent au camp. Elles ne sont pas nombreuses. Katya, l’une d’elles, m’a expliqué qu’il est difficile pour une femme de survivre ici. La plupart finissent par mourir de froid malgré leur léger pelage ou de maladie. Personne dans le camp ne s’y connaît en herbes médicinales et les drogues sont impossibles à se procurer dans les villages bordant la forêt. Les premiers jours, je suis heureuse au camp. Ici, Olena peut grandir en sécurité. Elle a des amis de son âge partageant sa condition. Nous pouvons manger en suffisance et reprendre des forces. On ne nous regarde pas comme des bêtes curieuses. Tous s’entraident et personne ne rechigne à aider quelqu’un à une tâche difficile ou désagréable. Je me dis que je pourrais m’accommoder de vivre ici. Je ne m’était jamais rendue compte lors du départ que la vie dans un village était aussi facile et aisée, même pour une veuve démunie. Ici tout est difficile mais en même temps, remarquablement simple. On n’a pas à se préoccuper de ce que pensent les autres. La rumeur n’a aucun pouvoir ici. Je suis heureuse. Puis je me rends compte que j’ai tort. Tout le monde me regarde. Je ne comprends pas au début mais finalement la raison s’impose à mon esprit : je suis la seule humaine. C’est moi l’anormale, pas eux. Et tous attendent que je parte ou que je meure. C’est dans l’ordre des choses, disent-ils quand ils pensent que je ne les entends pas. Ils pensent que j’ai tort de m’accrocher, de tenter de rester auprès de ma fille. Je n’ai rien à faire là. Leurs yeux me le disent. Ce lieu n’est pas l’endroit idyllique que j’avais espéré. Eux s’accommodent peut être de vivre au jour le jour, sans savoir de quoi demain sera fait. Moi je n’y arrive pas. Être à la merci de chasses au garou, devoir rester prêts à fuir n’importe quand, reconstruire ailleurs aussi précairement, à enterrer le prochain mort sans larme ni regret, est-ce une vie? Non. Le monde des garous n’est pas un monde de liberté. Il est aussi étriqué que celui du village. Il n’y a d’égalité qu’en apparence. Il y a un homme qui domine le groupe et tous s’aplatissent devant lui comme des loups, comme des chiens. Les femmes baissent la tête encore plus qu’au village. Ils ne sont pas une communauté, un village, mais une meute. Je ne suis pas chasseur mais je sais que animaux et hommes ont comme point commun de chasser ceux qui ne leur ressemblent pas. Ils ne me laissent rester que pour Olena. Mais petit à petit elle s’éloigne de moi et me regarde d’une manière étrange. Ma fille ne me raconte plus sa journée. Mon enfant cesse de me sourire. Et puis une nuit, elle ne revient pas dormir dans notre hutte. Elle reste avec ses amis, sourit aux femmes du clan, obéit aux ordres. Elle est une garou et elle fait partie des leurs. Je n’existe plus pour elle. J’ai vu la honte dans son regard quand elle me regarde désormais. Elle a honte d’avoir une mère humaine. L’ais-je regardée comme cela moi aussi? Avec de la honte et du dégout? Alors une nuit je pars, avant qu’ils ne me chassent. Je pars sans rien leur prendre, ni vivres ni couvertures. Je ne suis pas des leurs. Je n’ai pas réussi à faire parti d’eux et ils ne m’auraient pas laissé faire. Le monde des garous dans sa nouveauté me semblait plein de promesses d’amour, d’amitié, de confiance. J’ai eu tort. Mais je ne peux pas non plus retourner chez moi. J’ai été chassée du village et partout on me refusera le logis. Je ne fait plus partie d’aucun de ces deux peuples. Garous ou humains, les gens n’acceptent pas vos différences. Une fois que vous avez franchi la frontière qui sépare un groupe du reste du monde, vous ne pouvez plus revenir. Pour moi, il n’y aura plus ni village, ni meute. Juste la mort, quelque pars, entre les deux.
Caldazar (AKA caldoue)
Lomci
Les trois Gueuses est un établissement tout à fait typique des bars les plus crasseux du port de M. Entendez par là que la nourriture est innommable, le vinaigre le plus infect y fait pâle figure à coté d’un verre de vin et il faut avoir éclusé au moins trois bières avant d’oser s’y risquer. C’est aussi un haut lieu de la pègre de bas étage, où la police descend de temps en temps pour en tirer quelques coupables ou « témoins rémunérés ».
Il est donc tout naturel que Mario en soit un client assidu. A vrai dire, les rares fois où il ne traine pas au comptoir, c’est quand il prépare un coup fumeux ou qu’il est parti se faire oublier quelques temps dans l’arrière-pays.
On ne l’avait pas revu depuis presqu’un an quand il a franchi la porte. Ce n’était manifestement pas la première porte qu’il poussait depuis le début de la soirée, vu qu’il ne marchait plus très droit et qu’il tanguait même assis sur le tabouret.
– Franchement, les gars,ça fait plaisir de rentrer au pays – Salut Roger, tu me sers un pastis ? – surtout qu’il m’est arrivé un truc, même à Hollywood, ils ont rien inventé de pareil. Je vous le dis comme ça, j’étais en train de me la couler douce aux calanques, là où c’est tranquille pour attendre de repartir au petit matin, quand d’un coup, il y a eu une vague, je te jure, t’as jamais vu ça ici ! Et le temps que je démarre le moteur, le courant, il m’a emporté, je faisais pas trop le fier. Après, il y a eu une cascade, en pleine mer, vous me connaissez, j’suis pas un menteur et je brode presque pas, mais ma barque, elle est tombée, avec moi avec, sauf que moi, j’ai eu le temps de voir qu’on tombait tous les deux vers une mer en dessous de la mer, avec pas très loin une côte que j’avais jamais vu, avec un port rempli de vieux bateaux en bois. Donc quand ma barque a explosé en frappant l’autre mer, moi j’ai plongé, et pis je me suis accroché à un des bouts qui flottaient et j’ai nagé vers cette île toute la journée.
Tu m’en remets un autre ? Là, je suis un peu à sec, mais promis, je te paye à la fin de la semaine, oui, avec tout le reste, juré ! J’étais en train de nager quand v’là un touriste qui se ramène toutes voiles dehors sur son bateau, et il manque de me couler. Alors moi, calmement, je l’interpelle [Saligaud, assassin, flic, té, t’as pas honte d’écraser des honnêtes gens qui se noyent ?! Criminel, Parisien !] et là, qu’est ce que je vois ? Non, pas la Vierge, crétin de bonnemère, mais une tête de chien, une vraie, mais avec un torchon enroulé sur le crâne. Et le v’là qui se met à me faire des grands gestes et à m’envoyer une corde.
Comme j’étais fatigué, je me suis dit « Té, Mario mon grand, t’es p’tête en train d’avoir des visions, mais il y a là une corde et un bateau au bout, ça serait bête de le laisser passer ». Donc, je grimpe et une fois arrivé en haut, y’a ma mâchoire qui se décroche tellement j’en crois pas mes yeux : il n’y a pas un seul humain ! Je veux dire, à ce moment, je me doutais que j’étais plus vraiment en vue de la Canebière mais quand même, je sais faire la différence entre un étranger et une bête, et là, j’ai vu que des clebs et des macaques, comme dans la rue ou au zoo, simplement plus grands et debouts, tous !
Je les voyais comme je vous vois, et croyez moi, j’ai pas encore trop bu, et j’hésitais à replonger pour me réveiller quand j’en ai vu un, le capitaine du bateau ou un truc du genre, s’approcher de moi et il me sort :
Yqa uio ykk qefgs ?
J’avoue, j’ai rien entravé et j’ai du faire une drôle de tête puisqu’il a recommencé à baragouiner en étranger :
¿ Bili arsy ? Puis, il m’a regardé en penchant la tête et il s’est mis à articuler un truc du genre :
Jwusfep høs fiv ?
Là, il avait réussi à me perdre complètement, j’aurais donné mon maillot de l’Olympique à celui qui aurait pu m’expliquer ce que je faisais sur cette fichue barcasse !
Quand il a vu que je pigeais pas son patois, le gus a eu comme une illumination, et m’a fait signe de le suivre jusqu’à la cabine. J’ai beau assurer comme Bartabac, quand j’ai vu son sourire plein de canines, j’étais pas super motivé et j’aurais largement préféré être ici, même à regarder dans le fond de l’œil ce malheureux verre vide de son doux nectar… Oh Roger, t’es un pote, un vrai, un qui oublie pas ses amis dans le besoin !
Mais vu que j’étais trempé que même un poisson il est plus sec, j’avais pas trop le choix et je l’ai suivi. Quand je suis entré, je l’ai vu à table, en train de plier des feuilles de papier de toutes les couleurs. Je me suis mis à chercher une serviette ou une couverture, mais quand j’ai commencé à vouloir m’asseoir sur le lit, il a grogné et il m’a montré une chaise, sans lever les yeux de ses petits papiers. Au bout d’un quart d’heure, il s’est levé, et il m’a tendu un genre de chapeau en papier et il en a mis un autre, exactement pareil sur sa tête. Il avait pas l’air particulièrement finaud avec son chapeau et ses oreilles tombantes, vous voyez un cocker ? Bah les mêmes, mais en plus longues, vu que le bestiau était plus grand que moi !
Mais vu qu’il avait l’air d’être le chef et que j’avais pas envie de retourner prendre un bain, j’ai mis le chapeau sur mon crâne aussi. Et il s’est remis à parler. Et vous m’croyez ou vous me traitez de jobard, c’est la même vérité, ça a fait comme dans un film mal doublé, j’ai vu ses lèvres qui bougeaient et après, j’ai entendu ce qu’il disait. Et le plus bizarre, c’est que cette fois, il parlait en bon français, seulement sans l’accent de chez nous, qui le rend tellement plus beau !
-J’aurais du y penser plus tôt, mais comment deviner que mon TP d’accréditation pourrait me servir ici ? Me comprenez-vous et comment allez-vous, étranger ?
-Hé ! Qu’est-ce qui se passe ici ? Pourquoi d’un coup tu parles correct, où je suis là, comment je suis arrivé, et où sont les serviettes ? Et c’est quoi ce bazar, tous ces chiens et singes partout ? Comment je fais pour retourner chez moi ?
-Toutes mes excuses, je manque de la plus élémentaire des politesses, vous trouverez de quoi vous essuyer dans le banc sous la fenêtre. Et je vous prierais de surveiller votre langue et de modérer vos insultes, sinon, vous retournerez à l’eau, et rencontrerez certains poissons aux mâchoires des plus intéressantes.
-Heuuu, je voulais dire, heuuu merci pour la serviette.
-Bien, maintenant, je vous dois des excuses de la part de l’incompétent Naolpè qui se trouve être mon disciple. Je l’ai amené jusqu’ici pour qu’il puisse pratiquer deux ou trois pliages sans causer de catastrophes, et il appert que, même ainsi, ce bon-à-rien pose problème en inversant le sort.
Très bien, je veux dire, c’est dommage, mais je viens faire quoi ici ? Et c’est quoi le truc, parce qu’un tour de magie comme ça, c’est plus fort que de deviner une carte moi je dis…-
-C’est exactement ce que je viens de vous expliquer, mon disciple, qui est bon pour récurer la Cour d’Honneur pendant quelques temps, s’est lamentablement trompé dans un sort pourtant simple, une misérable pluie de grenouilles, et il a réussi à ouvrir un portail vers chez vous, qui ne venez manifestement pas de notre planète. Mais rassurez-vous, nous allons étudier avec mes collègues compétents cette découverte, et ferons de notre mieux pour vous renvoyer dans vos terres. Et pour votre information, vous vous trouvez actuellement sur le monde que nous appelons Lomci. Nous n’utilisons pas de vulgaires « tours de magie » mais faisons de notre mieux dans l’Art qu’est la Feimar. Les individus que vous qualifiez de « macaques » appartiennent à la race des Naolpès tandis que je suis un Zumro. Vous nous obligeriez en étant assez aimable de vous souvenir que bien qu’en votre qualité d’hôte, vous ayez le droit de ne pas être parfaitement au courant de nos coutumes, mais aucunement celui d’être insultant. Vous ne tenez pas à perdre votre langue, n’est-ce pas ?
Vous pouvez me croire les gars, un sourire comme celui qu’il a fait en disant ça, même le plus sadique des poulets n’arrive pas à le refaire.
Et c’est comme ça que je me suis retrouvé à tenter de me faire une place dans le Milieu parmi des créatures improbables sur un monde dont je n’avais jamais entendu parler et dans une ville que j’espère bien ne jamais revoir !
Le minot qui avait foiré son sort, il est devenu mon associé, puisqu’il avait une dette envers moi, et qu’il était moins reconnaissable puisque la ville était à moitié pleine de gens comme lui.
Et pis au bout d’un an, j’ai reçu une convocation à ce qu’ils appellent « Ykgylzqy », c’est leur QG aux magiciens, et quand je suis arrivé là bas, ils m’ont dit qu’il fallait que je prenne mes affaires, que je pouvais rentrer, à condition de donner ma parole d’honneur de ne pas divulguer la découverte d’un nouveau monde, comme si je savais comment on y va, hé ! Donc j’ai vite plié bagages et laissé mon singe d’associé se débrouiller sans moi, de toute façon, ça commençait à mal tourner.
Puisque vous me croyez pas, c’est tant pis pour vous les gars, je garderais tout pour moi. Sauf toi Roger, promis, dès que j’ai de la monnaie, je te paye toute l’ardoise !
Je vous quitte ce soir, mais la prochaine fois, on verra qui est riche comme du cresson !
Deux personnes qu’aucun des clients n’avait vraiment remarqué sont parties, peu de temps après, laissant une pièce en or en guise de paiement, sans même attendre la monnaie, que Roger aurait bien été embêté de rendre sur une fortune pareille. Ils n’étaient manifestement pas du pays, l’un ayant un visage presque tout rond, jusqu’aux oreilles, quand celui de l’autre rappelait vaguement un museau, tellement il était allongé. Et qui de nos jours s’habille encore en robe avec un turban ? Et puis, sincèrement, on a pas idée de se laisser pousser la barbe jusqu’aux yeux…
Personne n’a revu Mario pendant quelques jours, il était sans doute trop occupé à décuver ou à manigancer son prochain coup.
Quand il refit surface, il avait changé. On pouvait être sur qu’il ne vous promettrait plus quelque chose pour aussitôt courir faire le contraire après vous avoir fait les poches. Il faut bien avouer qu’être en morceaux dans un sac repêché au fond du port peut avoir cet effet particulier.
La police en a conclu tout à fait logiquement à un accident, d’autant plus que son logement a été retrouvé entièrement vide, d’empreintes comme de meubles.
Bebel
Les larmes de Fernando
-Ouais, ils vont l’avoir, leur Nouveau Monde.
Johnny, penché sur sa machine, fer à souder dans sa main fébrile, était en train de mettre la dernière main à son invention céleste.
C’était une machine étrange, délicatement posée sur des tréteaux métalliques, enserrée dans la pâte cristalline qui lui donnait sa force.
Elle n’avait pas englouti sa vie, son argent, ses scrupules, elle était son argent, ses scrupules et sa vie. Cela faisait longtemps, longtemps maintenant que Johnny Tavlaridis s’était retiré de la lumière, de la chaleur et du vent de San Francisco. Ilana, sa mère, lui apportait ses repas, les lui enlevait, lui assurait la plus faible et la plus efficace des attentions. Tout entier, il s’était consacré à son projet, sa folie. Oubliés les prix d’excellence en physique, oubliée la gloire stupide des campus, seul, seul face à son rêve, le rêve le plus puissant de l’humanité.
-Leur Nouveau Monde, leur Nouveau Monde, vous êtes finis les gars, vous êtes détruits, …
Le jeune homme se redressa, se cambra douloureusement, se passa la main dans la barbe, et appuya sur l’interrupteur. Une lumière rouge envahit l’intérieur de la machine. Alors Johnny saisit son gobelet, et sourire aux lèvres, vida ce qui restait de Coca. Sa machine à remonter le temps était prête.
Manuel Gaston Villa sentait monter en lui la peur. En ce mois d’avril 1519, lui et quelques Espagnols, suivant l’intrépide Fernando Cortés, s’apprêtaient à débarquer sur cette terre mystérieuse du Yucatan. Une terre d’or et de richesses sans fin. Le début de la plus extraordinaire des épopées, dont leurs descendants et tous les peuples de la terre parleraient jusqu’à la fin des temps.
Mais pour Manuel, pourtant rompu aux expéditions les plus incertaines, aux dangers les plus réels, lui qui avait laissé plusieurs cadavres derrière lui dans les guerres d’Europe, ne pouvait que serrer les dents en voyant s’approcher ce rivage à la blancheur trompeuse, ce nouveau monde. Tant de richesses, tant de puissance sans doute chez ce peuple si étrange. Il lui semblait que seul Cortés parmi eux ne semblait pas douter de la réussite de cette entreprise. Les bâtiments de l’expédition découpaient l’écume océanique avec une régularité rassurante, mais qu’adviendrait-il une fois sur la terre ferme ? Les intentions belliqueuses des Espagnols ne feraient aucun doute aux yeux des indigènes, et malgré leur armement sauraient-ils résister face à cet adversaire à la force pullulante ?
Alkolotl n’avait pas vingt ans. Sa dévotion pour l’empereur Moctezuma était sans faille. Celui-ci n’était-il pas le plus grand souverain de la terre ? Un maître dur, sans pitié pour ses ennemis, mais d’un dévouement entier aux dieux du panthéon, grâce à qui la gloire du Serpent à plumes étincelait chaque jour.
Alkolotl pourtant avait entendu parler de ces hommes étranges qui étaient apparus un jour, au loin, à bord de bateaux immenses. Ils s’étaient installés dans les régions proches, et on disait qu’ils viendraient bientôt à la rencontre du plus grand souverain de la terre.
Ce matin-là, Huitzil, son frère cadet, était venu le chercher en courant et gesticulant de façon désordonnée. Huitzil, essoufflé, lui avait fait signe d’aller voir au sommet de la colline qui surplombait les eaux marines. Et Alkolotl, intrigué, avait couru, couru en haut de l’éminence. Onze taches sur l’eau qui grossissaient.
Johnny Tavlaridis avait pris son mal en patience. Les plus gros efforts étaient derrière lui, il ne devait pas tout gâcher parce que son fournisseur tardait à lui trouver l’arsenal qu’il lui avait réclamé depuis déjà deux semaines. Au moins Ilana avait-elle été contente de voir son fils sortir un peu de son laboratoire mal éclairé. Lui-même, dans son brouillard, voulait goûter encore un peu à la quiétude de son univers. Cet univers en danger, cet univers injuste dont il voulait voir la fin.
Car Johnny se sentait appelé par la Justice Supérieure. Son intuition sublime, un soir de juin, au centre des rayons du soleil, qui lui avait donné le principe de sa machine, l’avait plongé presque aussitôt dans les plus violentes des affres. A quoi servirait cette invention ? A l’argent ? La domination ? Ou à la justice ? Il avait vite trouvé la réponse.
Le premier essai de la machine avait été un triomphe exaspérant. Prudent, il ne s’était déplacé que de cinq minutes en arrière, une nuit. Et cela avait marché, son horloge était formelle. Mais à l’arrivée, pas de Johnny II sursautant dans son labo en voyant apparaître son double. Rien. Rien que la clarté morne du labo et lui. Son retour en arrière ne lui permettait pas d’intervenir sur le premier temps présent, il en créait simplement un autre, un second présent. Toutes ses actions dans le passé feraient disparaître le monde d’où il venait. Jamais existé, jamais passé. Il devenait nécessairement membre du nouveau monde créé. Pour le pire et le meilleur.
Il s’enhardit, recula d’une journée, personne autour de lui ne semblait déceler son mouvement temporel. Il vérifia que le paradoxe temporel n’existait pas : les choses se passaient, c’est tout. Il avait rompu la continuité causale, et chaque nouveau monde, de saut de puce en saut de puce vers le passé, remplaçait l’ancien. Pour la quatrième fois, il retrouva le 7 avril. Enfin, ses armes étaient prêtes. L’heure du grand saut était arrivée. Sans retour possible. Une fois sur place, il devrait détruire son invention merveilleuse, et vivre à l’époque à laquelle il avait voulu faire tomber le couperet de la Justice. En avril 1519. Ouais, ils allaient l’avoir, leur nouveau monde.
Alkolotl avait vu sortir les hommes des grands bateaux sur le sable. Leurs corps, à la peau claire, étaient en partie couverts de métal, leurs visages disparaissaient sous de longs poils. Les villageois s’étaient avancés à leur rencontre, les bras chargés de présents, des plumes, des fruits, de l’or aussi.
Manuel Villa n’était pas soulagé. Non, ces bouseux craintifs n’auraient pas su inspirer la moindre crainte aux hommes redoutables qu’ils étaient, mais derrière ce masque accueillant on ne savait deviner les intentions futures.
Soudain un éclair volumineux jaillit du sable même, et à la stupeur immense de tous, une silhouette apparut sur un trône de fer. Alkolotl laissa sa bouche ouverte. Manuel Gaston fronça les sourcils, et mit la main sur son arquebuse. Johnny Tavlaridis venait d’apparaître sur la plage, les mains prises par les deux fusils mitrailleurs chèrement négociés deux jours plus tôt.
“Welcome to America, dirty bastards!” prononça-t-il d’une voix forte. Les Espagnols se regardèrent, pris soudain d’une grande panique. Johnny n’avait que peu de temps avant que les Conquistadores ne reprennent leurs esprits. Où était Cortés ? Il répéta : « Dirty Bastards !», et leva son arme. Une émotion subite, son bras trembla.
Manuel Gaston Villa prit soudain toute la mesure du danger, son arquebuse était prête et il tira sur l’apparition démoniaque. Johnny s’écroula sur son arme. Le sang se mêla à l’eau, vint mouiller le trône de fer qui brillait comme un rubis de métal.
Alkolotl s’était fait baptiser, et lui comme les autres adorait ce Dieu unique qui avait mené les Espagnols à la conquête de l’Empire de Moctezuma.
Le padre leur avait montré la Croix et leur avait dit : « Voyez vos dieux, ils ne vous ont pas protégés de la défaite, ils ne vous sont pas apparus ».
Alkolotl-Fernando se rappelait de ce jour où Quetzalcóatl les avait rejoints sur le sable, ce jour où les Espagnols avaient détruit son trône et dispersé les morceaux des sceptres dans la mer.
Le padre se trompait, Quetzalcóatl était venu, et sa grandeur avait été mise à bas par un obscur fantassin.
Fernando se rappelait de ce jour, et il pleurait.
Aelghir
Nouveau monde
La larme d’une lune à l’œil noir de la nuit
Epanche sur mes pas ses ombres ciselées.
Je chemine éperdu, volontaire esseulé,
Avide d’échapper au fardeau de l’ennui.
Je voulais explorer des contrées inconnues
Tu étais cette nef qui m’emportait, radieux,
Vers des rivages neufs où je devenais dieu
Dans le flux et reflux de nos corps à corps nus.
Mon cœur aventureux espérait conquérir
L’Eve des premiers jours. Me rêvant condottiere,
A tes armes rallié, tu m’as cru mercenaire.
De l’incrédulité, tu n’as pas su guérir.
Nomade, je requiers le verdict, soir sur soir,
D’un ailleurs supposé qui laisserait s’éteindre
Les cendres du désir, la damnation de feindre.
A ce voyage obscur, je ne veux plus surseoir.
Ton regard de noyée implore ma clémence,
Et l’astre est moins blafard que ta joue affligée.
Je ne reconnais plus sur tes lèvres figées
La soif inassouvie que je croyais immense.
La lueur argentée trace ma voie sur l’onde.
Ne t’exaspère pas de nos noces rompues.
De ma vie je reprends le cours interrompu,
Et loin d’un monde ancien, ma route vagabonde.