
Théme : Une rencontre en forêt (longueur maximum : 2 pages)
Les textes
Dom
La nuit était tombée depuis longtemps, lui semblait-il. Les ténèbres l’enveloppaient. L’obscurité était à la fois oppressante, et rassurante. Si lui ne voyait pas, il pouvait imaginer que c’était réciproque : on ne devait pas le voir. Ses sens aiguisés et son expérience de la forêt lui permettaient toutefois de se déplacer sous les futaies sans trop de difficultés. Et là où il n’avait pas perçu un obstacle, un pas de côté, une esquive souple lui assuraient sa sécurité. Et pourtant, il était inquiet, aux aguets. Le cor qu’il avait entendu retentir peu après le crépuscule ne lui laissait guère de doute. On était à ses trousses. Les mouvements qu’il avait perçus à quelques dizaines de mètres lui faisaient penser que plusieurs traqueurs devaient le suivre. L’absence de tous bruits animaux l’inquiétait : même eux avaient perçu cette oppression, qui s’était abattue sur la forêt. Le feuillage des arbres ne bruissait plus.
Il continuait à progresser.
Quelle idée d’accepter ce rendez-vous à minuit dans la clairière aux bolets. Le message porté par ce curieux volatile, mi-pie, mi-moineau, ne lui avait pourtant pas laissé le choix. Cela faisait trop longtemps qu’il cherchait à connaître ses origines. Enfant recueilli peu après sa naissance, il avait tout de suite montré d’étranges talents, que d’aucuns qualifiaient de druidiques. Sa morphologie, elle-même, laissait perplexe les étrangers au village. Sa taille menue, ses oreilles légèrement effilées, sa beauté. Tout concordait : on lui accordait facilement du sang elfique. Mais les elfes avaient disparu, depuis bien des lustres.
Sur sa droite retentit un son étrange, moitié animal, moitié humain. Une sorte de hurlement plaintif, qui déchirait la nuit. Comme en réponse, deux autres se firent entendre. Malgré sa connaissance de la forêt, il ne reconnaissait pas les créature qui avait émis ces sons.
Le message était certes sybillin, mais très clair : ” Retrouve-moi ce soir à la clairière des bolets : je t’expliquerais le secret de ton tatouage “. Personne n’était au courant de ce curieux et minuscule dessin situé sur le haut de sa cuisse. Il avait commencé à apparaître quand il avait atteint 13 ans. Au début, très flou. Il n’y avait guère prêté attention. Au fil des ans, l’étrange entrelacement de feuilles s’était précisé en une couronne, avec en son centre un faucon. Il n’en avait parlé à personne.
Par prudence, alors qu’il approchait de la clairière, il sortit son coutelas. Des pas étaient maintenant perceptibles derrière lui. Une dizaine de créatures. Peut-être plus. Il accéléra son train. Il percevait maintenant l’espace dégagé dans les bois.
Une silhouette féminine auréolée d’une lumière pâle se dressait en son centre.
Ailée.
Derrière lui, ses poursuivants s’étaient mis à courir. Il y arrivait enfin. Dans la clairière, il se précipita vers cette femme. Son visage lui apparaissait maintenant, et lui semblait familier, comme s’il se retrouvait en elle. Lui ouvrant les bras, elle se mit à parler doucement : ” Mon fils, le temps presse… “.
Derrière, les créatures arrivaient , et sortaient du couvert des bois. Instinctivement, il se retourna. Ce n’étaient pas des hommes, même s’ils en avaient un semblant d’apparence. Plus trapus. Couverts de plaques de cuir et de métal et armés d’épieux. Leur nom lui vint naturellement. Des orcs.
Il leur fit face, conscient de sa propre faiblesse. Derrière les premiers, d’autres encore arrivaient. Il devait protéger sa mère. Sa mère ! L’espace d’un instant, il se revit bébé dans ses bras, entouré d’autres êtres féériques, qui rayonnaient de beauté et de tranquillité.
Venus du fond de sa mémoire, des mots jaillirent de sa bouche : ” Aklaï Bezu ! Gzalo Moyal ! “. Les orcs s’arrêtèrent nets, stupéfaits.
Autant par ses paroles que par l’homme en bleu qui traversait la clairière, une caisse à outils sous le bras.
Un cri s’éleva : ” Roger ! Merde ! T’es dans le champ ! On la refait ! “.
L’agitation sur le plateau monta d’un cran. Chacun s’affaira à ses affaires.
De la cime des arbres, un battement d’ailes se fit entendre aux plus attentifs. Et une voix murmura : ” oui c’est ainsi que cela s’est passé “.
Aramina
Les anciens m’avaient prévenu, mais ce matin là, il fallait que je sache, pour que ces visions me quittent à jamais. A l’aube du jour, je partis donc pour la forêt sacrée, celle qui me faisait tant peur dans ma jeunesse, celle vers qui se tournent tous nos mythes.
Autrefois, on m’appelait Atim et j’avais 14 ans. Garçon peu turbulent, je participais aux taches du village, comme chacun. Mes cheveux d’or et mes yeux clairs faisaient la fierté de ma mère, qui me disait ange envoyé des dieux. Mon père, tanneur du village, était un homme, certes peu bavard, mais franc et protecteur. Et il y avait Mathis, la fille du bûcheron, si belle sous ses longues boucles sombres, et qui la veille m’avait offert les fleurs qu’elle avait cueillies elle-même. Mathis que j’aurais pu épouser, quelques printemps plus tard. Rien que la douceur d’une longue vie calme. Aucune raison de fuir un quelconque malheur. Et pourtant, je partis, car à chaque fois que le soleil disparaissait derrière l’horizon, Elle était toujours là, dans ma tête.
A l’orée de la forêt, je m’arrêtai quelques minutes. Ses arbres que je côtoyais depuis toujours, je ne les avais jamais dépassés, ni personne de mon village. Souvent lors des veillées d’hiver, les plus vieux nous amenaient près d’un feu pour nous réciter des contes. Tant de fois ils nous ont décrit les monstres se cachant là, attendant à l’affût les enfants téméraires qui voudrait s’y aventurer. Tant de fois j’ai frissonné avec les autres. Mais ce matin là, ces histoires me paraissaient bien loin, et la forêt semblait m’inviter, comme si elle m’attendait depuis des années. Je savais que là était ma voie, même si Mathis ne venait pas. Si elle m’aimait, elle attendrait que mon mystère soit résolu et tout redeviendrait comme avant. Je pensais partir pour un mois, pas pour une vie.
J’ai marché tout le jour durant, connaissant, sans le connaître, le chemin à suivre. Dans une réalité quasi onirique j’ai traversé ruisseaux et clairières, la sentant toujours plus près, entendant pour la première fois son appel hors de mes rêves.
Autour de moi les feuilles frémissaient sous la brise du matin. Aux arbres que je pouvais nommer avait succédés d’autres espèces que je ne connaissais pas. Et plus je m’enfonçais, plus la forêt explosait de couleurs et de parfums. Parfois, du bout des doigts, j’effleurais la rondeur d’un fruit que les reflets irisés rendaient irréel à mes yeux.
La nuit tombée, Elle ne m’était toujours pas apparue. Pourtant je la savais proche, ne pouvant plus différencier mes sentiments des siens. A ma peur se mêlait la mélancolie, à mon impatience une fureur sans nom. Et soudain, à la clarté d’une lune glaciale, je la vis.
Monstrueuse et magnifique à la fois. Nue. De sa taille immense, Elle devait, debout, dépasser la cime des arbres. Au premier regard, dans sa perfection, je la pris pour une statue, dernier vestige d’une civilisation depuis longtemps éteinte. Puis je vis son ventre qui régulièrement s’élevait et s’abaissait marquant le rythme de sa divine respiration. Haletant, je ne savais que faire, rester ou fuir, mais ses paupières s’ouvrirent et Elle me regarda fixement. Elle se trouvait jusque là étendue sur le sol, et dans un mouvement lent mais empli de force, elle se redressa à genoux. Loin de mes images passées, elle n’inspirait ni les plaisirs licencieux, ni la destruction, Elle dégageait seulement une extrême lassitude. Je me mis à pleurer.
La Mère de la Terre, l’amante de l’horizon, l’être à l’origine de tout, me parla : ” Je t’ai tant attendu mon enfant “. Et dans un doux mouvement elle tendit ses immenses mains vers moi.
Hésitant et apeuré, je reculais d’un pas. Déesse africaine, sur ses épaules d’ébènes courraient des tresses de lianes, qui encadraient un visage d’une beauté sans égale. Ses yeux, d’un bleu changeant, me racontaient tout des océans des légendes de nos nourrices. Mais une larme de diamant coulait sur ses joues de velours. De son cou à sa poitrine, une plaie béante crachait de la terre, la déchirait. A son sein droit pendait une goutte de lait, tandis qu’au gauche glissait un filet de sang.
A mon sursaut répondirent une douleur et une tristesse incommensurable sur ses traits. Petit à petit elle se repliait, se recroquevillait sur elle-même, les bras toujours tendus vers moi. Mais sa souffrance m’avait touché, et ma frayeur diminuait, pour laisser place à une quiétude et un bien-être que je n’avais alors jamais ressentis. Et toujours cette fureur. Mère de tous, elle avait été blessée par les siens, mais moi, elle l’avait toujours su, je lui appartenais, et je l’aimais.
Calmement je m’avançais vers elle, et d’une délicatesse inimaginable venant d’une telle puissance, elle me porta contre son ventre, tel un nouveau-né. Durant un cours moment d’éternité, elle me berça et tous mes souvenirs, toutes mes attaches s’éloignèrent de moi. De sa peau se dégageait l’odeur de l’humus et une tiédeur apaisante. Au loin il me semblait entendre tous les volcans et toutes les vagues, tous les ruisseaux et toutes les tempêtes du monde. Finalement, en continuant de m’enlacer, elle me redressa jusqu’aux collines de sa poitrine. Je bus alors à son sein, le lait tentateur, qui s’infiltra dans tout mon corps, toute mon âme. Dans chacune des cellules de mon organisme, je sentais se distiller une nouvelle vie. A présent enfant de la terre, je m’éveillais sur un sentiment nouveau de force, et de savoir. Et de faim. Le lait s’étant tari, je bus son sang, à son sein gauche. Dans les affres d’une agonie extatique, je sentis mon corps se lacérer, se déformer pour se modeler en une nouvelle entité. Je ne saurais dire aujourd’hui combien de temps cette mutation a duré. Mais il était l’aube quand je me suis réveillé et, à côté de moi, notre Mère était de nouveau allongée et semblait curieusement sereine. Mon premier effort pour me relever fut vain. Les suivants également. Puis au bout de quelques minutes un instinct qui me semblait à la fois inconnu et présent depuis toujours m’envahit. Avec précaution, je déployais mes ailes, si fines et si brillantes aux premiers rayons du soleil et pourtant si terrifiantes. Avec précaution et émerveillement, je fis jouer les muscles de mon dos et de ma queue puis de mes serres, je remuais la terre meuble sous mes pattes. En quelques battements d’ailes je surplombais la forêt, voyant ma mère, au centre de sa clairière, à présent tant fragile à mes yeux. Plusieurs fois j’ai tournoyé au-dessus d’Elle, expérimentant le bonheur de sentir l’air autour de moi. Dans l’effort de l’élévation, ou le vertige du plongeon, je me sentais entièrement libre. Et loin en dessous de moi,
je l’entendais rire avec moi. Je revins me poser à côté d’elle, glissant ma tête sous son bras. De sa main si douce, elle caressa mon cou, tellement long désormais, et posa un fin baiser sur ma bouche. Et d’un regard, elle me dit tout, car nul langage n’était plus nécessaire entre nous, je pensais tout ce qu’elle pensait, je voyais tout ce qu’elle voyait. Elle ajouta pourtant dans un murmure : ” Va mon amour accomplir notre horreur “.
De nouveau je pris mon envol, sachant maintenant où je devais me rendre. Sous mes griffes mortelles la forêt défilait et bientôt apparaîtraient les premières habitations. D’autres comme moi naîtraient dans quelques temps, je le sentais, et nous formerions la nouvelle Race. D’autres comme moi, pour m’aider à exterminer tous ceux qui ne suivaient pas la voie de Sheria, tous ceux qui la faisaient souffrir.
Pour annoncer mon arrivée, j’expulsais de ma bouche un formidable trait de feu, qui se confondait avec l’astre naissant. Ce goût de soufre sur mes crocs témoignait de toute ma rage, de toute ma splendeur, et de toute ma supériorité. Mais avant mon combat, il me restait une mission à accomplir.
DonLope
…Il était tard et l’ombre s’étendait sur la terre de mes ancêtres comme elle envahissait mon esprit, usé par les années et les épreuves. Le froid qui gagnait mes membres n’était pas uniquement du à la saison et la rigueur de l’hiver ainsi que la neige qui était tombée abondamment la nuit dernière ne pouvaient quant à eux refroidir le feu qui me brûlait la poitrine.
Mon heure était venue. Il était temps pour moi de prendre le chemin que tant d’autres shamans avaient emprunté auparavant.
Alors que je quittais la tribu endormie je me revis, jeune alors, lors de mon initiation et je touchais mes yeux aux orbites vides depuis tant d’années. C’était hier pourtant, et la douleur que j’éprouvais lorsqu’ils me brûlèrent les yeux et me privèrent de la lumière du jour était encore vivace en mes souvenirs, tout comme l’extase de la découverte aussitôt après.
La Vue…
Rien ne m’avait préparé à cette sensation. Ni les leçons de mon maître, ni les exercices auxquels je fus astreint dès mon plus jeune âge, pas même mes premières visions.
Comment décrire la fierté de parler aux esprits de tous les shamans que cette terre a porté ? Comment vous dire la joie de voir mieux que tous, d’être le guide ? Il faut être aveugle pour cela.
Pendant des années moi Jemmad fils de Jazar, shaman de la tribu de l’élan et fils de l’arbre, j’ai servi mon peuple et je ne regrette rien maintenant que mon heure est proche.
Mon esprit est lourd cependant et il doute. Comment pourrait-il en être autrement alors que l’Enfant n’a pu être trouvé ? Dois-je donc mourir sans successeur et perdre ainsi la sagesse de mon peuple ? Qu’ai-je fait qui mérite un châtiment si terrible ? Ces questions me rongent alors que je passe la lisière de la forêt.
Me voilà sous les sapins chargés de cette neige fine et envahissante que seul le vent du nord peut engendrer. Je m’y enfonce jusqu’aux genoux et mon souffle se fait court. Le silence est pesant et le terrain difficile mais je n’en ai cure : un besoin me pousse toujours plus avant, le temps m’est compté. Mes jambes me trahissent et m’abandonnent, je tombe et roule jusqu’à une combe : c’est là ma destination, je l’ai rêvé.
Les membres perclus, je ne puis même pas voir les quelques étoiles dont la lumière parvient à percer les frondaisons et tout mon être s’engourdit.
Mon esprit s’envole comme à l’accoutumée, une vision ? Maintenant ?
La forêt s’évanouit, le froid disparaît, la douleur quitte ma poitrine et je sens cette présence familière tout autour de moi.
” Sais-tu pourquoi tu es ici Jemmad ? “
Je ne sais que répondre. Je suis ici car j’ai suivi mes visions, comme je l’ai toujours fait.
Un murmure dans les arbres…” Il ne sait pas. Et il doute. “
” Maître, est ce vous ? “
” Oui Jemmad, c’est bien moi. Ton heure arrive et il ne te reste plus qu’une tâche à accomplir. “
” Mais Maître, comment cela se peut-il ? L’Enfant ! Je le cherche en vain depuis des lunes ! “
” L’Enfant ne naîtra pas au cours de cet âge Jemmad. Notre ère est révolue. Les glaces vont envahir le Nord et notre peuple devra trouver refuge plus au sud. Nos coutumes se perdront et notre culture se transformera. “
” Non ! Cela ne se peut ! “
” Calme toi. Cela ne signifie pas la fin pour autant. Juste un autre commencement. Ecoute moi Jemmad, écoute et comprends. Il viendra un jour où les glaces reculeront et notre peuple reviendra conquérir cette terre. Nous devons préserver notre mémoire. Pour cela, ton corps devra mourir mais pas ton esprit. Tu dois le libérer et le fondre à cette forêt. Nous serons avec toi comme nous l’avons toujours été, et notre essence vivra en attendant ce jour où un enfant naîtra qui saura nous trouver. “
Ainsi, c’était fini. La vie telle que je l’avais connue allait changer et je ne pouvais rien faire. Pourquoi devais-je être le dernier ?
Je n’attendais pas vraiment de réponse à cette question.
Je sentais les esprits des anciens autour de moi qui attendaient et me décidais : ” Qu’il en soit ainsi ! “
La forêt tremble. Elle s’agite comme sous l’effet d’un vent soudain, une plainte monte du sol et va crescendo. Et puis tout se calme et le silence retombe.
Au fond de la combe un arbre nouveau se dresse. Patient, il attend.
JustBob
Sir Quentin était un preux chevalier dont la renommée n’avait d’égale que la bravoure. De retour d’une noble quête au cours de laquelle il avait libéré une ravissante princesse des griffes d’un effroyable sorcier, il traversait la sinistre forêt connue dans ces contrées sous le nom de Boisdombre.
Il chevauchait son fidèle destrier sous les épaisses frondaisons de chênes centenaires. La lumière parcimonieuse se reflétait en éclats chatoyants sur l’armure immaculée du fier guerrier. Les bêtes sauvages et les étranges créatures qui peuplaient cette forêt hostile à l’homme, se tenaient à l’écart de l’aura lumineuse du paladin. Sir Quentin s’avançait sans crainte et respirait avec délectation les senteurs parfumées du sous-bois.
– Aidez-moi, je vous en supplie…
L’appel était faible et provenait d’un buisson sur le bas-côté de la piste que suivait le chevalier. Il stoppa sa monture et scruta les environs.
– Où êtes vous ? Je ne vous vois pas.
Un frémissement de feuilles et une petite boule de poils émergea timidement de l’épais fourré. Un adorable lapin blanc se tenait face à Sir Quentin. Il reprit d’une petite voix tremblotante :
– Aidez-moi, s’il vous plaît.
– Quelle est donc cette sorcellerie ! Un lapin qui parle ?
– Mais je ne suis pas un lapin. Je ne suis qu’un pauvre paysan victime de sorcellerie.
– Que vous est-il donc arrivé ?
– Et bien, je cherchais des champignons dans les bois et je me suis perdu. Comme la nuit tombait, je me suis réfugié dans une grotte. Pour mon malheur, celle-ci était habitée par un féroce dragon qui m’a transformé en lapin. S’il vous plaît, aidez-moi à lever cette effroyable malédiction.
– Un dragon, dites-vous ?
– Oui, mon seigneur. Il était gigantesque et ses dents grandes comme un homme.
– Voilà qui est un défi à ma mesure. Ne crains rien, paysan, Sir Quentin va occire cette maléfique créature et ainsi tu seras libéré du sortilège qui t’accable.
– Oh, merci mon seigneur !
– Guide-moi vers l’antre de ce dragon.
– Avec plaisir, mon seigneur.
Et le lapin se mit à trottiner devant le chevalier qui était impatient d’en découdre. Ils s’enfonçaient profondément dans la forêt. Bientôt, Sir Quentin fut obligé de mettre pied à terre et de se frayer un chemin à grands coups d’épées à travers les inextricables futaies. Soudain, il entendit une sorte de jappement.
– Aidez-moi….
Un loup efflanqué et malingre s’approcha lentement. Il tremblait de tous ses membres. Le chevalier menaça la bête de son épée.
– Qui es-tu créature ? Un loup-garou ?
– Que nenni, messire. Je m’appelle Léon et je ne suis qu’un pauvre forestier victime de sorcellerie.
– Que vous est-il donc arrivé ?
– Je parcourais la forêt à la recherche de bois précieux quand un violent orage a éclaté. Je me suis alors réfugié dans une caverne. Malheureusement, celle-ci était habitée par un puissant dragon. Pour me punir de mon intrusion, il m’a transformé en loup.
– Ah ah ! Ne t’inquiètes plus, Léon. Sir Quentin a décidé de libérer cette forêt de cette engeance démoniaque.
– C’est vrai mon seigneur ? Grand merci à vous. Je peux vous accompagner… je me sentirais plus en sécurité.
– Soit. Suis-moi !
Et, accompagné du lapin et du loup, le chevalier reprit sa progression dans la sombre forêt. Le sol se faisait plus rocailleux et les arbres enlaçaient les rochers de leurs gigantesques et noueuses racines. Le chemin était difficile mais rien ne pouvait attendre l’inébranlable volonté du chevalier. Brusquement, une voix grave leur parvint des branches d’un arbre voisin.
– Aidez-moi, chevalier…
Une nouvelle fois, Sir Quentin s’arrêta. Levant les yeux, il vit un ours maladroitement agrippé au tronc.
– Qui êtes-vous ?
– Je m’appelle Maurice et je suis un aventurier.
– Vous n’auriez pas rencontré un dragon, par hasard ?
– En effet ! Mais comment avez-vous deviné ?
– Ce lapin et ce loup ont aussi été victimes de la cruauté de ce monstre.
– Ah ? Et vous pouvez nous libérer de ce mauvais sort ?
– Bien sûr ! Tel est mon devoir et ma raison d’être !
Et ainsi, Sir Quentin et ses trois malheureux compagnons continuèrent leur périple. Après une longue ascension, le chevalier parvint finalement à une clairière taillée à flanc de colline. A la lueur du soleil couchant, il discerna la menaçante ouverture d’une large caverne. Dans ses environs le sol semblait calciné et de nombreux ossements blanchis luisaient d’une aura malsaine. Des fumerolles de souffre s’échappaient de l’antre et rendaient l’air difficilement respirable. Le sol vibrait au rythme d’une profonde respiration.
Le lapin prit la parole :
– Nous sommes arrivés, Messire. Le dragon se cache ici.
– Bien. Je m’en vais le châtier pour tous ses méfaits.
– Méfiez-vous, il est très puissant et sa magie est redoutable.
– N’ayez crainte. Ceci est mon métier et je saurai déjouer tous ses sortilèges.
– Bon courage, noble chevalier.
Sir Quentin ajusta son armure et vérifia que les sangles étaient parfaitement serrées. Il mit son heaume orné d’un panache blanc et saisit son large écu. Finalement, il dégaina sa magnifique lame de pur acier.
Fièrement, le bouclier en avant, il franchit le seuil de la caverne.
– Oh là ! Vile créature ! Prépare-toi à payer pour tes crimes !
– Hein ?
Et les échos d’un terrible combat parvinrent aux oreilles du lapin, du loup et de l’ours. Les cris de Sir Quentin se mêlaient aux rugissements du dragon. Puis, soudain…
BROUZOUF !
Un heaume tout cabossé et noirci par les flammes vint rebondir aux pieds du lapin.
– Hein ? Déjà !
– Quarante-cinq secondes. C’est moins bien que mon barbare. Allez ! Par ici, les mises ! ” aboya le loup.
– Mouais, mais c’est mieux que le mage. ” répondit l’ours.
Un énorme rugissement vint interrompre leur conversation tandis que la tête d’un dragon apparaissait à l’entrée de son antre.
– C’est pas un peu fini ce jeu stupide !
Le lapin, le loup et l’ours s’enfuirent en ricanant.
Ethan Log Ynan était un puissant guerrier elfe dont les prouesses étaient légendaires. Il chevauchait dans le Boisdombre avec confiance et sérénité. Soudain, il entendit une sorte de jappement.
– Aidez-moi, je vous en prie…
Myrka
La carcasse encore fumante de l’aéronef encombrait une partie de la plage. Un atterrissage forcé à l’aveuglette, un début d’incendie maîtrisé à la va-vite et des brides d’un message assurant l’arrivé d’une équipe de secours capté sur un moniteur défectueux. Assise sur un rocher à l’écart de l’épave, Lody faisait le point sur les événements des quinze dernières minutes.
La tête entre ses mains noircies par la suie, l’extincteur de secours posé négligemment à ses côtés, elle soupirait fréquemment en fixant les volutes de fumée qui s’échappaient toujours de l’engin. La jeune femme avait beau se dire qu’il pourrait toujours être remit en état de fonctionnement, elle savait qu’elle ne pourrait échapper aux moqueries de ses compagnons de vol. Seule femme de l’Aile D de Reconnaissance et d’Exploration, Lody était constamment au prise avec les plaisanteries des autres jeunes gens, tous du sexe opposé. Elle chassa tant bien que mal ses pensées noires et décourageantes de son esprit et se leva d’un bond, dans un soudain regain de détermination, qui s’envola dès qu’elle fut debout. Elle poussa un nouveau soupir sonore et se dirigea vers l’aéronef, au moment où le moniteur se remettait à grésiller. ” App…reil C …me … cev…ous?…D’ici quel… eures vous rec…vrez…secours. Term…ez. ” Quelques heures…
La jeune pilote se retourna dos à cet océan qu’elle ne connaissait pas et fit face aux arbres sombres en lisière de la forêt. Une folle idée lui vint alors en tête :et si elle ne retournait pas à la base? Cette forêt pouvait sans doute lui fournir de quoi survivre quelques années. Cette pensée disparue aussi vite qu’elle était venue face à l’irrationalité de ses propos. Fuir était l’agir des faibles! Mais néanmoins, quelques heures… C’était suffisant pour au moins visiter cette forêt. Cette dernière idée plue à Lody qui retourna farfouiller dans la carcasse de l’aéronef pour en extirper son localisateur. Peu importait où elle se trouvait, il montrerait toujours la direction de son vaisseau. Elle se munit de son sac de survie et partit en exploration.
Avant de pénétrer sous le couvert dense des arbres, la jeune femme jeta un dernier coup d’Oeil au ciel étoilé et à l’immense trace que dessinait le bras de galaxie qui illuminait tout le ciel pratiquement comme en plain jour. C’était bien loin du ciel artificiel des stations orbitales! Elle vérifia une dernière fois son équipement et se faufila au-travers des fougères. Tout ce qu’elle pouvait voir était vert. Quelques taches de fleurs rouges pointaient ça et là mais rien de plus. Des lianes pendaient des très hautes branches de ce que l’on aurait pu appeler un palmier, mais de quinze mètres de haut. Péniblement, lentement, Lody se tailla un passage entre la végétation dense. Des cris sonores d’oiseaux résonnaient de temps à autre, parfois répondu par l’appel aigu d’un animal plus près du sol.
Elle entendit soudain un craquement derrière elle. Comme chaque fois depuis qu’elle était dans cette forêt, elle tourna la tête mais au lieu de voir un animal sauvage détaler rapidement, elle entraperçue une silhouette humaine. Plus qu’intriguée, elle partit à sa suite et à son étonnement, la rattrapa au bout de seulement quelques minutes. Elle lui agrippa le bras l’obligeant à se retourner.
Lorsqu’elle vit le visage de celle, puisqu’il s’agissait bien d’une femme, qu’elle retenait prisonnière, son cOeur cessa de battre. Elle tenait entre ses doigts aux articulations désormais blanchies le bras de sa copie conforme. Les seules différences qu’elle pouvait noter était son uniforme déchiré et souvent rapiécé et ses cheveux quelque peu plus longs. Ses yeux grandis par l’étonnement ne pouvait se détacher de son… double. Dans cette étrange forêt d’une minuscule planète supposée inhabitée, elle venait de tomber sur sa copie!
Neojah
Quand Iränae reprit conscience, elle n’entendait plus les combats qui faisaient rage autour d’elle. De leur côté, les survivants n’accordaient que peu d’importance aux centaines de corps qui s’entassaient, pêle-mêle, au cOeur de la plaine. Au milieu des cris, de la peur et de la violence, seule comptait la victoire …
A cette pensée, Iränae tenta de se relever, mais elle chuta lourdement. Une douleur atroce l’empêchait de prendre appui sur ses jambes. Quand elle regarda son bas-ventre, elle ne put s’empêcher de vomir. Le dernier coup qu’elle avait reçu lui avait ouvert l’estomac, et elle découvrit avec dégoût la couleur de ses propres entrailles.
La plaine n’était qu’une immense flaque de sang et, si la pluie n’effacerait pas avant plusieurs jours les marques de la bataille, elle limitait au moins son odeur de mort, un mélange de sang caillé, de bile et d’excréments.
Elle appela faiblement à l’aide, sans croire que quiconque viendrait lui porter secours. Quand elle regarda autour d’elle, ce ne fut que pour y voir mort et désolation. Quelques hommes se battaient encore ça et là, mais c’était bien la Mort qui avait remportée cette lutte acharnée.
Pourtant, ce qui effraya le plus Iränae fut le bourdonnement des mouches. Maintenant que l’essentiel des combats avaient eu lieu, elles avaient envahi par milliers le champ de bataille. Elles pullulaient et ne faisaient aucune différence entre les vivants et les morts. La jeune femme les sentaient partout sur son corps, pondant leurs Oeufs dans ses plaies.
La guerre … Iränae venait de vivre sa première bataille. Et elle savait qu’il s’agissait également de la dernière. Ayant déjà accompagné de nombreux mourants, elle connaissait les signes funestes : les sueurs froides, les tremblements qui deviennent peu à peu des contractions, puis la lassitude, l’engourdissement de la douleur …
Elle prit cependant conscience de l’imminence de sa mort quand le sang lui envahit la bouche et les narines, car elle le sentait couler du plus profond de son être.
Elle chercha à relever la tête afin de ne pas s’étouffer, et s’essuyant le cou d’un geste machinal, elle effleura le Bois.
” Je n’en peux plus. “
Deux silhouettes se découpaient à travers les arbres. Il s’agissait d’une jeune femme et d’un jeune homme, tout deux habillés de feuilles et de mousses.
” Moi non plus. Je te propose qu’on s’arrête un instant : j’ai soif. “
Le jeune homme s’assit prés d’un ruisseau et tendit les mains pour se désaltérer.
” Et voilà qu’on le trouve pas. Ah, ça m’exaspère !
– Sois patiente Iränae. La nuit est encore loin : nous avons le temps.
– Non, nous ne l’avons pas : toute le village nous attend pour commencer la célébration ! Je te rappelle que c’est le jour de mon Union, et j’ai attendu ça toute ma vie !
– De ton Union ? A t’entendre, je suis là pour distraire la communauté …
– Mais non Oeritlos. Je t’aime, tu sais bien. Mais je suis terriblement angoissée à l’idée qu’on ne le trouve pas. Et ce déguisement stupide n’arrange rien : ça me gratte de partout.
– Je suis de ton avis, mais les traditions sont importantes. “
Le jeune homme se leva et prit la jeune fille dans ses bras. Elle se colla à lui, puis l’embrassa.
” Tu as raison. Peut-être qu’il ne viendrait pas si nous n’étions pas habillés de la sorte. “
Elle se pencha et but. L’homme hésita, puis demanda :
” Tu es bien sûre de ton choix ? Je veux pas dire que j’hésites, ça non, mais je n’ai pas envie que tu regrettes ton choix un jour.
– Tu es l’homme que j’aime depuis toujours Oeritlos. Enfants déjà, nous étions unis à notre manière. Nos vies ont été tissées ensemble : j’ai toujours désiré être à tes côtés. Je t’aime.
– Moi aussi Iränae. “
Les deux amants s’embrassèrent de nouveau avec passion.
Soudain, un bruissement de feuilles se fit entendre de l’autre côté du ruisseau. Iränae et Oeritlos s’arrêtèrent soudain en se tournant vers les fourrés.
” Yakwohl ? C’est toi ?
– Nous sommes Iränae et Oeritlos, du Village-dans-les-arbres, et nous sommes là pour demander ta Bénédiction. “
La silhouette d’un cerf se dessina à travers les fourrés.
” Oui, c’est bien toi. Selon les usages, nous sommes venus te trouver afin que notre Union soit bénite. Nous avons déposé de la nourriture, ainsi que quelques offrandes, à la source de ce ruisseau. Nous avons prononcé les paroles rituelles et nous t’avons cherché.
– Mais c’est toujours toi qui décides d’apparaître ou non. J’ai tellement eu peur que tu ne vienne pas ! “
Iränae réprima un frisson et s’approcha davantage du cerf. Celui-ci tendit la tête au-dessus du ruisseau pour mieux les regarder. Les deux humains observaient le cerf avec fascination : ses bois luisaient dans la pénombre et ils semblaient s’étirer vers eux.
” C’est magnifique ! “
La jeune femme tendit la main vers les bois tandis que le cerf la fixait de ses yeux. Quand elle finit par les atteindre, une petite explosion de lumière éclaira la forêt. Un minuscule bout de Bois semblait flotter dans les airs. Sa surprise passée, Iränae tendit la main pour s’en saisir.
” Voici donc la Bénédiction de Yakwohl, le shaman-cerf. Puissent nos enfants te célébrer en retour, et puissent nos peuples vivre en paix. “
Oeritlos s’approcha également et observa le bout de Bois. Il continuait à luire faiblement par endroits. Quand il finit par s’éteindre, les jeunes découvrirent les runes qui symboliseraient leur Union.
Ils s’embrassèrent, puis inclinèrent la tête devant le cerf.
” Nous te remercions, shaman-cerf. Et tel que l’ont fait nos anciens, et les anciens de nos anciens, nous allons prononcer ta Bénédiction. “
Les amants se regardèrent intensément, se murmurant un ” je t’aime ” discret, puis se tournèrent vers le cerf.
” Chaque fois que le vent soufflera,
Chaque fois que le feu brûlera,
L’amour que je te porte grandira.
Chaque fois que la pluie tombera,
Chaque fois que la terre germera,
L’amour que je te porte grandira.
Puisse la Terre nous accorder ses faveurs,
Puisse la Terre unir nos cOeurs. “
Les larmes coulaient sur les joues d’Iränae. Murmurer ces quelques mots lui avaient demandé beaucoup d’efforts, mais cela l’emplit d’une confiance qu’elle n’aurait pas cru possible.
Sa vue se brouilla une dernière fois et elle expira un ultime soupir.
Lan
Les anciens du village racontaient qu’autrefois, la forêt de Fonreth était peuplée de lutins.
Ceux-ci auraient disparu depuis que les hommes avaient découvert les armes. Les lutins sont de petites créatures malicieuses, très douées pour les illusions, et surtout qui adorent faire de mauvaises farces. Mais les hommes, voulant s’approprier la Fonreth pour chasser en auraient fait fuir les lutins.
Ekel ne croyait pas à toutes ces élucubrations. Un cerf brama. Un frisson glacé le parcourut. Il n’était pas rassuré. Il posa sa main sur son arc. Cette angoisse remontait à sa première chasse.
Vers l’âge de douze ans, son père l’avait amené en forêt pour lui apprendre les rudiments de la chasse, poser et relever des collets, attraper des perdrix…
Il était tout content, se sentait fort, s’imaginait déjà être le meilleur chasseur qui puisse exister. Puis ils tombèrent sur les traces d’une harde de biches dans une clairière. L’hiver était rude, le gibier se faisait rare et méfiant, le village avait très faim, son père décida de les pister.
Il dit à Ekel de rentrer au village et d’avertir qu’il ne rentrerait pas avant la nuit.
Puis il s’enfonça dans l’épaisseur de la forêt.
Tout à coup, Ekel s’était sentit seul, vulnérable ; la forêt n’avait plus ses couleurs gaies et accueillantes comme quand son père était là ; elle était sombre et menaçante. Les arbres semblaient tendre leurs branches comme pour le saisir, leurs craquements étaient sinistres ; le soleil lui-même en se couchant semblait animer des ombres qui dansaient autour de lui. La forêt prit une allure fantasmagorique…
La peur commençait à monter en lui, chaque buisson semblait cacher un prédateur en embuscade ; le vent soufflant entre dans les branches ressemblait à de sinistres lamentations…
Il lui sembla voir des petites créatures remuer dans les buissons. Pris de panique, il s’était mis à courir vers le village, sans se retourner, simplement pour fuir, échapper à ce sentiment de menace sourde qui l’oppressait. Son souffle s’était raccourci, le froid lui donnait un goût de sang dans la bouche, il avait trébuché sur une souche, roulé sur quelques mètres. En se relevant, il avait aperçu ce cerf juste devant lui. Effrayé par cette apparition soudaine, l’animal avait commencé à le charger ; Ekel s’était remis à courir éperdument ; le bruit des sabots martelant le sol semblait se rapprocher à chaque instant, il percevait même le souffle rauque derrière lui. Il aperçut enfin l’orée de la forêt, il était sauvé. Il continua sa course dans un champ, mais il n’était plus poursuivit. L’animal n’avait pas osé sortir du couvert de la forêt.
Arrivé au village, il s’était réfugié dans les jupes de sa mère.
Depuis cela, jamais il n’avait pu retourner en forêt. Rien que le fait d’entendre du village, les brames des cerfs, le mettait mal à l’aise, cela pouvait sembler idiot, mais cela le terrorisait. Aujourd’hui c’était différent.
Il fallait qu’il vainque sa peur ; parce que sa tribu avait toujours été une tribu de chasseurs, et surtout parce qu’il ne pouvait plus vivre dans cette honte. Au fil du temps, il avait réussit à enfouir son angoisse au plus profond de lui-même.
Il devait tuer ce cerf. Il s’était levé à l’aube, avait préparé ses affaires pour la chasse…. Sa chasse…et maintenant qu’il avait en face de lui son but, ses mains tremblaient comme celles d’un vieillard. Il sentit l’angoisse qu’il avait mis des années à emprisonner au plus profond de lui-même qui commençait à poindre. Il essuya la sueur sur son front du revers de sa manche comme si cela allait effacer aussi son angoisse…
L’animal était à peine à plus de dix pas de lui maintenant, il semblait grandir, sa ramure prit des dimensions démesurées. L’estomac noué, Ekel réussit à maîtriser le tremblement de ses mains pour encocher une flèche sur son arc. Il s’était arrêté de respirer. Le temps semblait figé…
Tout à coup, il entendit un grand fracas dans son dos. Il fit volte-face.
Ce n’était qu’une branche morte qui venait de tomber. Il se retourna.
Le cerf était face à lui, immense, menaçant.
Il se revit, dix ans auparavant, devant le cerf… La peur commençait à le gagner, il fit un pas en arrière. L’animal baissa la tête, pour charger. Les jambes d’Ekel tremblaient. Ses mains aussi. Tout son corps était envahi par la panique. Il ressentit cette sensation d’hostilité qui venait de la forêt, une sensation de menace diffuse, les hurlements du vent, la semi-obscurité des sous-bois…
Il s’enfuit, courut, sans se retourner, la peur au ventre, comme dix ans avant… Il courut jusqu’à la lisière de la forêt, en sortit et continua vers le village.
Trois lutins sortirent en riant des fourrés où ils étaient cachés.
Sammaël
C’est aujourd’hui. Le ent’gaaden.
Ph’akon va partir seul.
Seul pour défier les esprits de la forêt.
Seul pour devenir un homme.
Ph’akon lance un dernier regard vers son père. Celui-ci ne peut plus l’aider. Ses lèvres forment une ultime bénédiction, une protection pour les épreuves à venir.
Unis en cercle, les guerriers du clan commencent le long rituel de l’initiation qui ne prendra fin qu’à l’aube.
A l’aube.
Ph’akon devra revenir avant avec la marque de l’ent’gaaden, le symbole des esprits de la forêt.
Saisissant sa lance, ajustant son cimeterre, Ph’akon s’élance enfin. Il connaît le chemin, il est souvent allé en direction de la forêt avec ses amis. Mais il s’était toujours tenu à distance respectable des grands arbres et de leurs mystères. Cette nuit, il lui faudra pénétrer au cOeur même de la forêt, affronter ses dangers et obtenir l’estime des esprits protecteurs.
Mais comment obtenir leur respect ? Et qui ou que sont les esprits de la forêt ? Ni son père, ni les autres guerriers n’ont pu le lui dire. Le ent’gaaden est différent pour chaque guerrier. Et rares sont les hommes qui peuvent évoquer leur nuit d’initiation sans frémir…
Arrivé à la lisière, Ph’akon s’arrête et observe la forêt qui lui fait face. Elle n’est pas tellement différente des autres fois. Des arbres. Des taillis. Mais alors pourquoi tremble t il comme ça ?
Peut-être est-ce la lune blafarde éclairant les lourds branchages entremêlés ?
Il n’y a pas de place pour la peur dans le ent’gaaden.
Pestant contre sa peur qui le tenaille, Ph’akon entre enfin dans la forêt, enjambant, parfois difficilement, les taillis et écartant les obstacles de sa lance.
Soudain, une lumière verte apparaît dans les fourrés. Lance en avant, Ph’akon s’approche furtivement : un pâle halo verdâtre éclaire la nuit, immobile.
” Et bien, z’avez jamais vu de feu follet ? “
D’un geste rapide, Ph’akon se retourne, prêt à faire face au danger.
Un tout petit homme se dresse devant lui. Le visage jovial caché derrière une longue barbe, des yeux pétillants de malice, le petit homme poursuit :
” Les z’ommes sont tous les mêmes, ignorants, stupides et incapables de s’habiller avec goût “. Jetant un bref coup d’Oeil aux chausses vertes, au gilet brun et au bonnet pourpre de son interlocuteur, Ph’akon se retient cependant de toute remarque blessante. Offenser un farfadet, qui plus est au beau milieu d’une forêt, est de la folie pure.
A la place, il opte pour une réponse policée : ” Bonjour messire, c’est la première fois que je vais dans la forêt, en fait j’effectue mon ent’gaaden, mon initiation “.
” Je le z’ais bien, bougre d’abruti. C’est moi qui ait la charge de l’ent’gaaden pour ce z’iècle”. Eberlué, Ph’akon arrive tout juste à croasser :
” Pour ce siècle ? Mais quel âge avez-vous donc ? “
” 2 450 printemps le mois prochain, gamin. Mais, assez parler de moi, tu n’auras pas trop de z’ette nuit pour l’épreuve qui t’attend. Comme tu as l’air particulièrement stupide, même pour un humain, je suis prêt à te laisser la choisir. “
Ne pas offenser un farfadet.
” Merci messire. “
” Bien, z’êtes un bon petit gars. Alors choisis-tu l’épreuve d’intelligence, de force, d’adresse ou de courage? “
L’intelligence ? Il n’a aucune chance dans une épreuve de devinettes contre un farfadet. Qui plus est Ph’akon n’a jamais passé pour un esprit particulièrement vif et il le sait.
La force ? C’est le défaut de tous les hommes de se croire fort. Sans doute est-ce un piège du farfadet.
L’adresse ? Assez habile avec un arc, Ph’akon observe la fronde à la taille du farfadet. S’il faut viser avec ça, c’est perdu d’avance.
Le courage ? Ph’akon repense à sa crainte à l’entrée de la forêt. Si de simples branchages le terrorisent, comment prétendre remporter l’épreuve de courage ?
” Bon, écoute mon grand. J’ai d’autres choses à faire. Décide toi ou rentre chez toi “.
Courage, Intelligence, Force, Adresse, les mots se bousculent dans la tête de Ph’akon.
” Courage “
Un grand sourire éclairant sa face, le farfadet s’exclame : ” Mon épreuve préférée ! “.
Disparaissant dans un nuage de fumée, il ajoute ” A la source. “
Regardant autour de lui, Ph’akon aperçoit un fin ruisseau parmi les taillis. Sans perdre plus de temps, il entreprend de le remonter. Arrivé en vue de la source, il empoigne fermement sa lance et écarte précautionneusement les plantes basses devant lui.
Lovée comme un serpent monstrueux autour des arbres, une vouivre d’or gigantesque, véritable montagne de chair et d’écailles, se dresse à vingt pas devant lui.
Ravalant sa salive, Ph’akon s’élance d’un pas déterminé vers le monstre. Courage.
Sentant son mouvement, le monstre se redresse, et le fixant de ses larges yeux sombres, il pousse un cri terrifiant de sa gueule bardée de crocs. Tétanisé par la vision de cauchemar, Ph’akon oublie ses belles résolutions et pense désormais à sauver sa vie. S’il ne part pas maintenant, il est perdu.
Il n’y a pas de place pour la peur dans le ent’gaaden.
Avec une vivacité surnaturelle pour sa masse, la vouivre fonce vers lui.
Il y a largement de la place pour la peur quand une vouivre d’or vous fonce dessus.
Alors même qu’il tourne les talons, Ph’akon trébuche contre une racine. Se rattrapant de justesse avec sa lance, Ph’akon entend la vouivre arriver derrière lui.
Trop tard.
Dressant sa lance dérisoire contre la vouivre, baissant la tête pour ne pas voir la mort arriver, Ph’akon, la gorge paralysée par l’horreur, ne peut même pas crier. Il n’y a rien d’autre que les hurlements frénétiques de la vouivre, rien d’autre que le bruit des branches écrasées par sa course folle.
Non, il n’y a rien. Plus aucun bruit.
Relevant la tête, Ph’akon s’aperçoit qu’il est seul, agenouillé dans la forêt, les mains crispées sur sa lance. Seuls les arbres dévastés témoignent qu’il n’a pas rêvé l’existence de cette vouivre d’or.
Se redressant péniblement, encore à demi terrorisé à l’idée de voir le monstre réapparaître, Ph’akon entend un rire rauque. Perché sur un arbre surplombant la source, le farfadet l’observe, hilare.
” Alors, guerrier, encore heureux que tu n’aies pas choisi l’épreuve d’adresse ! “
Sentant une brûlure au poignet droit, Ph’akon voit alors se dessiner sur son bras un cercle runique. La marque de l’ent’gaaden.
” Plus maladroit que courageux, tu as cependant remporté l’épreuve. Vu tes performances, il ne te sera pas difficile de garder le z’ecret sur z’e qui z’est passé z’ette nuit…”.
Partant d’un grand rire, le farfadet disparaît alors une nouvelle fois.
Sa fierté d’avoir accompli l’ent’gaaden l’emportant vite sur les circonstances de son succès, Ph’akon part joyeux vers son village, la marque de l’ent’gaaden au poignet.
Meliane
“Epuisé il atteignit la lisière de la forêt, son seul espoir pour se mettre à couvert. Voilà, des heures qu’il avait fui le champ de bataille. Persuadé d’être suivi, il avait couru jusqu’à ce que ses poumons le brûlent. A présent, il n’aspirait qu’à un peu de repos mais il lui fallait poursuivre. Il devait prévenir les siens de ce qu’il avait découvert. Il avait vu cette nuit l’arrière garde des armées adverses lever le camp et partir vers l’Est. Les espions avaient confirmé ce changement de tactique. La bataille qu’ils menaient dans les plaines de Torhan n’était qu’un leurre… La vraie cible des Irmins était la ville de St Oria, sa propre ville natale. Mais, malgré ses supplications, les nobles qui dirigeaient les opérations ne voulaient pas pour autant lever le camp. St Oria leur semblait un tribu négligeable, leur fierté piquée au vif par la résistance de troupes pourtant moins nombreuses exigeait réparation. Ils voulaient écraser toute résistance avant de poursuivre vers l’Est.
Il était à présent rentré dans la forêt. Couper à travers les bois étaient sa seule chance d’arriver à temps. Les Irmins devraient longer la forêt avant de pouvoir la traverser à la passe des Hauvrêts. Juste quelques instants de repos, voilà ce dont il avait besoin. Alors qu’il s’enfonçait un peu plus, son attention fut soudain attirée par un arbre gigantesque. Majestueux et immense, il dégageait une aura de force et de plénitude qui l’attira irrésistiblement. Il s’assied, à bout de fatigue.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, elle se tenait auprès de lui, lui caressant les cheveux. Elle était nue et il ne put s’empêcher de la détailler de la tête au pied. Il n’avait jamais vu une femme aussi sublime. Son parfum était celui de l’herbe fraîchement coupée, ses cheveux couleur des blés, sa bouche évoquait un fruit bien mur, sa peau était plus doré que le miel, son regard s’arrêta longuement sur sa poitrine et ses hanches et les mots lui manquèrent …. Elle s’était penchée sur lui, lui murmurant des choses qu’il ne comprenait pas mais qui exerçaient sur lui une attraction certaine. Dans sa course, il avait du se débarrasser de son armure et des pièces les plus lourdes de son équipement. Elle eu tôt fait d’enlever le reste sans qu’il s’en rende vraiment compte. Sa fatigue soudain oubliée, il fut animé du désir le plus fort qu’il ai ressenti depuis longtemps. C’était comme si la peur, le découragement, la haine et la douleur qu’il avait ressenti ses derniers jours avaient attisé en lui une rage, une envie irrésistible de survivre. Entrer en elle fut bientôt son sa seule obsession. Dans ses bras, il oublia qu’il avait un nom, il oublia qu’il avait une femme, il oublia qu’il avait une mission.
Losqu’il s’éveilla, il n’aurait su dire depuis combien de temps il était là. Sa fatigue et les blessures du champ de bataille avaient disparu. Il mit du temps à comprendre qu’il se trouvait à la lisière Est de la forêt, sans être capable de se souvenir comment et quand il avait traversé les bois. Il se souvint de son objectif et poussa un cri de rage en pensant au temps qu’il avait perdu. Rassemblant ses affaires, il s’habilla en hâte et couru vers St Oria.
C’est avec soulagement qu’il découvrit sa ville intacte. C’était jour de marché et il devait traverser la place encombrée de marchands pour accéder à la maison de Bourgmestre. Les ragots allaient bon train, partout on racontait que les armées Irmins avaient été décimées à la passe des Hauvrêts. Les raisons de cette débâcle semblaient mystérieuses. Certains parlaient de créatures des forêts, d’autres d’arbres vivants et vengeurs, quelques témoins évoquaient une femme magnifique … Les habitants les plus virulents affirmaient que les forces de la nature s’étaient fait justice : les Irmins les avaient trop longtemps défié impunément pour étendre leur territoire.
Il dut s’appuyer sur l’étal d’un marchand pour ne pas sombrer sous le poids du soulagement. Il pouvait désormais rentrer chez lui et retrouver les siens. Mais au fond de son cOeur, une culpabilité tenace lui faisait appréhender ce moment.”
Zacharias
Quand Morgan reprit connaissance, il était allongé sur une paillasse dans une pièce vide. Sa tête était douloureuse. Il ne se souvenait plus de rien.
Il s’assit, jeta un regard à la ronde, et se frotta les yeux car sa vue était brouillée. Dehors il faisait nuit et seul la lumière émise par la pleine lune éclairait la pièce.
Mais où suis-je ? Que m’est-il arrivé ?
Il se rendait à Trias pour transmettre un message du roi au cardinal Dugoris. En traversant une forêt, il était tombé sur des bandits de grands chemins.
Maintenant il se trouvait dans cette pièce gelée en pierre. A première vue, ses affaires avaient disparu. A part la tête embrouillée et un goût amère dans la bouche, Morgan se sentait bien. Quand il essaya de se lever, il eut des vertiges et se rassit pour reprendre ses esprits.
Drogué ! Ils m’ont drogué ! Le mal de tête qui suivit l’empêcha de penser correctement.
Malgré tout, une image lui revint à l’esprit.
Oui c’est vrai ! Ils m’ont attaché sur la paillasse et m’ont forcé à boire quelque chose ! Ensuite… Le trou noir. Pourquoi m’avoir drogué si seul le message les intéressait ? Arrête de te poser des questions pauvre idiot ! Trouves plutôt une solution pour te sortir de ce pétrin !
Stupéfait, il remarqua que ses liens étaient défaits.
Pourquoi m’ont-ils détaché ? Où sont-ils maintenant ?
Une fois de plus, des questions lui venaient à l’esprit. Il se ressaisit et tenta une deuxième fois de se lever. Toutes les parties de son cerveau en état de fonctionner furent mobilisées pour accomplir cet exploit. Maintenant il lui fallait garder le contrôle de son corps.
Aller ! Courage mon vieux ! Dans quelques heures les effets de la drogue se seront dissipés. Mais en attendant, tu ne peux pas rester là à prendre le risque que ses bandits reviennent !
Chancelant, il réussit tant bien que mal à faire quelques pas en direction de la porte. A peine avait-il parcourut la moitié du chemin, qu’il s’écroula par terre.
Merde ! Maudite drogue ! Debout fainéant tu dois sauver ta peau ! Ses gestes accompagnant la parole, il réussit à se mettre à quatre pattes.
Cette position lui était plus facile à maintenir, et c’est difficilement qu’il atteignit la porte. Malgré plusieurs tentatives, il était incapable d’atteindre la poignée. Une nouvelle fois il se surpassa et parvint à se mettre debout. Mais le résultat n’en fut pas meilleur.
Merde ! Cette fichue poignée est juste devant moi ! Pourquoi j’arrive pas à l’attraper ? Cette drogue me laisse simplement la faculté de penser. Je suis incapable de coordonner mes mouvements avec ce qui m’entoure. Je ne vais tout de même pas rester prisonnier de cette pièce !
Cette dernière pensée résonna dans son esprit quelques secondes avant qu’il ne puisse réfléchir à nouveau. Il s’assit dos à la porte étant inutile d’insister de ce côté là. Il n’allait pas dépenser son énergie dans des démarches vaines.
Bon réfléchis un peu ! Ton esprit est prisonnier dans un corps qui est invalide ! Ses yeux furent attirés par la lune qui rayonnait par la fenêtre quand il réalisa : La fenêtre est ouverte ? Une lueur d’espoir apparut dans ses yeux.
Par chance, sa cellule se situait au rez-de-chaussée. Après de nombreux efforts, il parvint à sortir de la pièce.
Il essaya de savoir où il était. Ses premières observations lui apprirent qu’il était dans une forêt et probablement dans un monastère en ruine. Après avoir récupéré un peu d’énergie, il réussit à se mettre debout et commença sa route dans la forêt.
On dirait que je commence à retrouver l’usage de mon corps. Avant le levé du jour je devrais être rétabli. Enfin si je survis jusque là !
Une fois le monastère hors de vue, il s’arrêta, essaya de distinguer une lumière où d’entendre un bruit qui pourraient lui indiquer une direction à suivre. L’astre lunaire était haut dans le ciel.
La lune étant mon seul repère, je vais toujours marcher dans sa direction.
Après plusieurs pauses pour observer et écouter, il fut heureux d’entendre des bruits qui lui semblaient familiers.
Une fête de village ? Enfin un signe qui me permet de reprendre espoir !
Il se dirigea en direction de la musique laissant ainsi la lune sur sa droite. La marche lui parut durer une éternité. Dans son état, le temps et l’espace étaient complètement faussés. Plus il approchait plus les sons étaient distincts. Il finit même par apercevoir de la lumière.
Soit quand même prudent Morgan on ne sait jamais !
Plus il approchait des lumières, plus il essayait d’être discret. Sa première vision de la scène était des personnes dansant autour d’un feu tout en chantant. Ce qui lui parut bizarre, fut l’absence d’habitations aux alentours. Il décida de s’approcher toujours discrètement.
Ne te concentre que sur tes mouvements. C’est pas le moment de se faire repérer !
Quand il jugea être assez près, il trouva un petit arbuste avec un feuillage dense qui lui permettrait de regarder sans être vu. Quand il observa une nouvelle fois la scène, il eut la confirmation que cette fête avait quelque chose d’étrange. Toutes les personnes, dansant autour du feu, étaient habillées d’une robe de bure blanche, capuche rabattue cachant ainsi leurs visages. Sur la droite, un autel de pierre avec un corps couvert d’un drap blanc. Autour, quatre hommes torse nu portant des masques blancs.
Tous chantaient dans une langue inconnue de Morgan.
Pas de panique mon vieux ! Si tu ne bouge pas on ne te trouvera pas ! Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
Une forme humanoïde transparente, comme un fantôme, approcha de l’autel. A ce moment là, tous les chants et les danses s’arrêtèrent. L’assemblée était maintenant tournée vers l’autel, une dague à la main. La forme humanoïde prit la parole dans ce langage étrange. Les quatre hommes retirèrent le drap du corps allongé sur l’autel.
Morgan eut un frisson de frayeur en voyant le corps.
Mais c’est moi ! Comment est-ce possible ? Non ! Je dois rêver ! Tout se bousculait dans son esprit. Vite une arme ! Se précipitant sur une branche, il s’immobilisa quand sa main passa au travers.
Il essaya une nouvelle sans plus de succès.
Mais que m’arrive t-il ? C’est impossible ! Alors je suis un…
Il ne voyait plus qu’une solution pour tenter d’y mettre fin. Se jeter dans l’arène et retourner dans son corps avant cette chose. Quand il se rua sur la foule qui entourait l’autel, personne ne bougea. Il traversa tous les corps qui étaient devant lui et se figea au pied de l’autel. Son corps venait de se redresser. Trop tard !
La cérémonie terminée, tout le monde quitta les lieux. Quand l’enveloppe charnelle de Morgan passa à ces côtés, elle tourna la tête, lui adressa un sourire ironique et poursuivit sa route.
Seul devant l’autel, Morgan était en larme et ne réalisait pas encore ce qui venait de se passer.
Klian
Le dolmen trônait au milieu de la clairière comme si cela avait toujours été sa place. Sa présence seule donnait à l’endroit une sérénité tout droit sortie des anciennes légendes. C’était comme si la nature elle-même s’était mise à respecter, avec le temps, les grandes pierres grises et couvertes de mousse.
Mais en cette fin de journée, un autre sentiment dominait la clairière… Si tout était silencieux, l’atmosphère semblait cependant tendue à l’extrême.
Quelque chose est en train de se passer… et je sais… C’est la même chose…encore et toujours…pensa le dolmen.
Puis, comme en réponse à ses pensée, une forme svelte et rendue imprécise par la lumière du crépuscule pénétra dans la clairière. Elle progressa vers le dolmen avec agilité et seul les infimes claquements de sa cape bordée de runes troublaient le silence absolu de l’endroit.
Arrivée à mis chemin elle s’immobilisa et sembla se fondre avec le paysage.
Une autre forme avait pénétrée dans la clairière. L’homme, lourdement armé, portait une armure légère. Le cliquetis du fer contre le fer, si léger soit-il, prenait ici une tout autre mesure. Il s’avança pesamment au centre de la clairière, puis s’arrêta essoufflé au pied du dolmen.
Deux minutes passèrent…et la première silhouette ne bougeait toujours pas. Le ciel s’assombrissait de plus en plus, et d’hors et déjà le soleil était caché par la cime des arbres.
Le dolmen écoutait, revoyant, encore et toujours la même scène, qui, à l’échelle de son temps, semblait se répéter sans cesse.
Enfin, l’homme assis à ses pieds se leva lentement, avec calme et dignité, sa posture semblant exprimer le respect qu’il vouait au lieu. Sa vision avait eu le temps de s’habituer à la faible clarté qui s’étendait peu à peu sur la forêt.
” Je t’ai vu, elfe, dit-il. “
Tout d’abord, l’herbe elle-même sembla bouger. Puis peu à peu se redessina la forme de ce dernier. Plus il approchait du dolmen, plus ses contours semblaient se révéler.
” Bravo humain, lança t’il, visiblement étonné… ” .
Puis ils se reconnurent mutuellement…
“- Galdor, fit dans un souffle le diplomate elfe…
– Tangléïr, fit dans un souffle le capitaine humain…
– Alors je comprend…”
A quelques mètres l’un de l’autre, ils se regardèrent pendant encore quelques courtes minutes.
A l’aube de la bataille, celles-ci semblaient filer telle une flèche elfique qui ne pouvait manquer sa cible…
Un massacre de plus, pensa le dolmen…
” -Ainsi, fit Tangléïr, cette fois ci c’est inévitable…
– Je crains que oui, répondit Galdor.
– Nos deux races se battent depuis des générations…Pour des motifs plus futiles les uns que les autres…
– En effet, sur le moment tout parait sensé, mais si l’on prend un peu de recul…
– Que vas-tu dire à ton roi, ami ?
– Quel que soient mes paroles, je crains qu’elles n’aient que peu d’effet…Il est trop tard.
La position politique de la famille royale, comme vous le savez bien, est trop faible pour que le roi puisse reculer… “
Ainsi ils sont amis…remarqua le dolmen.
Cette ultime rencontre n’était qu’hypocrisie…tout avait déjà été dit.
” – Alors beaucoup mourront, repris l’elfe, dans un mélange de tristesse et de résignation.
– Ainsi soit-il…
– Ainsi soit-il… “
Ainsi soit-il, pensa le dolmen…
Ils posèrent alors chacun la main sur l’épaule de l’autre, puis repartirent par là ou ils étaient venus.
Pas un souffle…pas un bruit…Rien ne troublait la forêt. Rien n’osait enfreindre le silence d’avant la bataille, le calme avant la tempête.
Jusqu’à ce qu’éclate un cri. La première flèche elfique avait atteint son but. Au calme absolu de l’instant précédent succéda le bruit de la bataille.
La nature, immuable, observait. C’est la même chose…encore et toujours, pensa le dolmen. Et tout ça pour quoi ?
Beregond
Bertrant s’affaissa lourdement sur la souche d’un arbre et tenta de masser son pied endolori à travers l’épaisse chaussure de marche. ” Eh les gars ! Attendez-moi ! ” Le visage rouge, ruisselant de sueur, il essayait tant bien que mal de reprendre son souffle.
Ses trois compagnons se retournèrent vers lui en poussant des soupirs d’exaspération, les mains levées au ciel.
” Encore ! ” s’exclama Denis, un adolescent de seize ans au physique avantageux. ” Tu fais chier, Bertrant ! Comment veux-tu qu’on retrouve la voiture si tu nous arrêtes toutes les cinq minutes ! Arrête de jouer les chochottes et avance ! “
Ce n’était pas tous ces propos qui faisait le plus de mal à Bertrant mais plutôt la façon dont Virginie regardait Denis. Ses yeux verts, remplient d’un désir ardent, n’arrêtaient pas de suivre ostensiblement les contours de son torse musclé, la courbe de ses fesses fermes, ses cuisses. Elle posa délicatement sa main à la peau pâle sur l’avant-bras de Denis. ” Tu vois bien qu’il est à bout de souffle. Laisse-lui deux minutes, tu veux ? “
Qui résisterait au regard qu’elle lui lança ? Certainement pas lui. ” Tu as raison “, dit-il les lèvres fendues d’un sourire idiot. ” Eh Gras-Doubles ! Je te donne cinq minutes ! “
Bertrant préféra l’ignorer et se concentrer sur son pied. Pourquoi lui et pas moi ? pensa-t-il. Bien sûr, la réponse était évidente quand vous les compariez. Et d’abord, je suis pas gros ! Je suis un peu enveloppé, c’est tout ! A force de le répéter, les gens avaient fini par le surnommer Obélix.
Il regrettait amèrement d’avoir proposé à Virginie de visiter la forêt de Paimpont. Denis et son acolyte, Jérémie, étaient passés à ce moment là dans le couloir du lycée et l’avaient entendu. Et voilà, Brocéliande avait perdu son côté magique. Un week-end romantique entre Virginie et… Denis, au grand désespoir de Bertrant. Et comble du malheur, lorsqu’il tentait une approche, Jérémie se mettait en travers de son chemin.
Ce fameux empêcheur de tourner en rond posa son sac à dos près de lui. ” Tu ne trouves pas qu’ils forment un joli couple ? “
Bertrant releva la tête et observa les deux adolescents qui venaient vers eux en se frôlant, se jetant des regards de côté, souriant. ” Ouais, ouais. C’est vrai qu’ils vont bien ensemble “, avoua-t-il à contre-cOeur.
Jérémie posa une main squelettique sur son épaule. ” La prochaine sera peut-être la bonne. ” Bertrant lui jeta un regard étonné. C’était exactement la pensée qui lui avait traversé l’esprit. Il n’y avait aucune trace de moquerie dans la voix de Jérémie, ce qui était nouveau. ” Denis est amoureux d’elle depuis le CP, mais il est timide. Il faut pas lui en vouloir pour ce qu’il te dit. Il essaye de se mettre en valeur, c’est tout. “
Dans des moments comme celui-là, cela vous fait vraiment une belle jambe lorsque quelqu’un vous dit un truc pareil. Tout ce que désirait Bertrant en cet instant, c’était pleurer. Il sentit les sanglots montés dans sa gorge mais il réussit à les contrôler. Il voulait aussi lui crier que c’était la chose la plus stupide qu’il n’ait jamais entendu pourtant il parvint à refréner sa colère. Au lieu de cela, il s’éclaircit la gorge. ” Tu crois que la départementale est encore loin ? “
” Je sais… Tu as entendu ? “
Bertrant tendit l’oreille. Au loin, un pivert tambourinait l’écorce d’un arbre. ” Un oiseau ? “
” Non pas ça… Quelque chose approche… “
Bertrant réalisa que des brindilles craquaient. ” Un sanglier ? on ferait peut… “
Un homme surgit des taillis. Les pieds nus et sales, une robe blanche recouverte de boue et le visage en sueur, l’homme s’arrêta et tourna frénétique la tête dans leur direction puis dans celle du couple. Il arborait une barbe grise et des cheveux longs et blancs qui volaient au vent. De la bave dégoulinait de son menton tandis qu’il psalmodiait des phrases incompréhensibles.
Jérémie gloussa. ” Eh bien ! Qu’est ce qu’il a le vieux ! Y se prend pour Gandalf ! “
Denis rit à son tour et secoua la tête. ” Mais non, réfléchit Crétin ! On est à Brocéliande ! C’est Merlin ! “
Denis fit un pas vers le vieil homme mais Virginie le retint de sa main délicate à la peau pâle. ” Fais attention “, dit-elle prudemment. ” Il ne m’a pas l’air bien net. “
Dans l’intervalle, l’inconnu s’était rapproché de Bertrant et de Jérémie tout en continuant de marmonner dans sa barbe. De temps à autre, il portait une main tremblante à sa bouche.
” Mais qu’est ce qu’il raconte ! ” s’exclama Jérémie. ” Je comprends rien à ce qu’il dit ! “
” C’est du latin ! ” lui répondit Bertrant.
Jérémie se retourna vers lui, l’air interrogateur.
” J’ai fais deux ans de latin au collège. Je crois avoir reconnu certains mots. “
” Lesquels ? “
” Chercher et… Ah ! J’en suis pas sûr ! Il parle trop vite ! “
Le vieil homme agrippa Jérémie par le col et lui pesta à la figure. L’adolescent maigrelet le repoussa vivement. ” Eh ! Bas les pattes avec tes mains crasseuses ! “
Un éclair de colère passa sur le visage du vieil homme. Il se redressa – subitement il parut plus grand – et écarta les bras. Sa vitesse de diction s’accéléra. Un vent froid et violent se leva. Des feuilles mortes tourbillonnèrent dans tous les sens, s’envolant vers la cime des arbres. Jérémie et Virginie hurlèrent en même temps. Virginie… De terreur et Jérémie… De douleur. Des lianes s’enroulaient autour de ses mollets. Elles se resserraient sur elles même à chaque torsade. Il hurlait, criait qu’elles lui faisaient mal, qu’elles le brûlaient.
Perdant l’équilibre, il s’écroula. Ses trois compagnons se jetèrent à ses pieds. Ils essayèrent de desserrer les lianes mais ils eurent vite fait de retirer leurs mains. ” Des orties ! ” s’écria Denis qui se retourna vers le vieil homme. ” Espèce de salaud ! Pourquoi avoir fait ça ? “
Imperturbable, le vieil homme fixait maintenant du regard Bertrant et répétait inlassablement les même mots latins.
” Il essaye de communiquer avec toi “, lui dit Virginie.
Bertrant déglutit. Quels yeux magnifiques ! ” Tu… Tu crois ? ” Oh Génial ! Tu parles d’une réplique ! ” Heu… Je sais pas ! Il parle tellement vite ! “
” Tu peux le faire “, l’encouragea-t-elle.
Bertrant crut l’espace d’un instant que son cOeur allait bondir à l’air libre. Elle pense que je peux le faire, Moi ! Bertrant ! Il regarda le visage crispé de Jérémie puis se retourna vers le vieil homme. Celui-ci parlait désormais plus lentement. Il tente de se faire comprendre ! pensa-t-il. Une nouvelle fois, il déglutit. A force de concentration et de patiente, il parvint à saisir quelques mots : retour, or et chercher.
” Mais ça veut rien dire ! ” s’exclama Denis, l’air hystérique. Les lianes continuaient leur avancée et atteignirent les genoux de jérémie. ” T’es sur que ton latin est bon ! “
” J’ai compris ! ” Bertrant et Denis se retournèrent vers Virginie. Même en cet instant critique, son sourire fit chavirer le cOeur des deux garçons. ” Le Val sans retour ! L’endroit d’où l’on vient ! Il doit chercher l’Arbre d’Or qui se trouve au Val sans retour ! “
Chercher, retour, or. Un éclair de compréhension traversa l’esprit de Bertrant. Il bondit sur ses jambes et, après un instant de réflexion, pointa du doigt la direction d’où ils venaient. Sans un mot, le vieil homme se mit à courir et disparut rapidement dans les fourrés. Aussitôt, Le vent retomba. Les lianes desserrèrent leur étreinte, se rétractèrent et disparurent dans le sol. Les jambières bleue strié de orange du survêtement de Jérémie était en lambeau. Ses mollets étaient recouverts de plaques rouges et boursouflées de pue. Il lui était impossible de bouger sans gémir de douleur.
Virginie tapota de sa main délicate l’épaule de Bertrant. ” Tu as été génial. “
Rougissant jusqu’à la racine des cheveux, l’adolescent crut défaillir.
Se guidant à travers la cime des arbres, les deux jeunes hommes couraient dans la direction du soleil couchant. Ils avaient pris cette direction à défaut d’une autre. Ils devaient rejoindre la départementale au plus vite et suivre la course du soleil était le meilleur repère pour ne pas changer de direction.
Bertrant courait derrière Denis le cOeur léger. Elle m’a trouvé génial ! Maintenant, il voulait lui montrer à tout prix ce dont il était capable. Il ne se laisserait pas écraser par ce Denis arrogant. ” J’ai bien réfléchi “, dit-il. ” Je crois qu’on vient de croiser le véritable Merlin, celui des légendes. “
Denis s’arrêta de courir, mit les mains sur ses hanches pour reprendre son souffle et se retourna vers lui. ” Merlin est un mythe, crétin ! Il n’a jamais existé ou il est mort depuis belle lurette ! “
Bertrant eut un mouvement de recul devant la colère de son compagnon. ” Pourtant… Insista-t-il, j’ai lu dans un livre qu’il avait la capacité de se déplacer dans le temps. Peut-être qu’il s’est égaré à notre époque ? “
” Bon sang ! Mais t’as pas fini avec ces foutaises ! Au cas ou tu l’aurais oublié, on a laissé nos amis au milieu de nulle part pour chercher des secours avant la tombée de la nuit ! “
Reprenant leur course, ils débouchèrent dix minutes plus tard sur la départementale 134, déserte à cette heure de la journée. A l’horizon, le demi-cercle orangé solaire s’amenuisait d’avantage. L’atmosphère se refroidissait de minutes en minutes et donnait la chair de poule à Bertrant. ” Et maintenant ? Qu’est ce qu’on fait ? “
” A ton avis ? … On recherche la voiture, crétin ! “
” Oui, mais de quel côté ? “
Denis lui tapa sur l’épaule et lui désigna un véhicule en stationnement un peu plus loin sur leur gauche. Le véhicule en question se révéla être une ambulance dans le fossé. L’avant de l’estafette était enfoncé, le gyrophare en miette et des débris de verre partout sur la route. Lorsqu’ils arrivèrent à sa hauteur, deux infirmiers étaient en train de se soigner. Le premier avait un bandage autour de la tête et le deuxième son bras en écharpe.
Les deux adolescents parlèrent en même temps. ” On a besoin d’aide ! ” disait Denis tandis que Bertrant s’époumonait : ” Nos amis sont en danger ! “
Une fois les secours prévenus, ils attendirent patiemment dans un silence pesant, jusqu’au moment où Denis demanda aux infirmiers ce qui leur était arrivé.
” Nous transportions un malade “, répondit celui au bandage à la tête. ” Et puis un vent violent s’est soudainement levé et a emporté l’ambulance dans le bas-côté. C’était terrible. Il a tout brisé. “
Denis et Bertrant se dévisagèrent, leurs yeux remplient de stupéfaction. ” Votre malade, demanda Denis, la voix chevrotante, c’était pas un vieillard aux cheveux et à la barde grisonnants ? “
L’infirmier au bras cassé confirma de la tête. ” Un prof de latin à la retraite en dépression. Ces derniers temps, il était devenu un peu agressif alors on le transférait dans un institut plus adapté. “
Le rire que laissa échapper Denis exprima son soulagement sincère. ” Et dire qu’un instant, j’ai faillit y croire ! Ton Merlin, Bertrant, n’est qu’un vieux prof à la retraire ! ” Tout en continuant de rire, il se donnait de grandes claques sur la cuisse.
Mais loin de se démonter, Bertrant lui adressa un sourire sardonique. ” A ouais ! Et comment expliques-tu le vent qu’il à produit ou bien ce qu’il a fait à Jérémie ? “
Le rire de Denis se coupa net.
Le silence tomba sur la forêt de Paimpont.
Caramon
On était en hiver et à 4 heure, l’après-midi, le jour est déjà bien avancé. Dans nos forêts de Montbard, il commence déjà à faire sombre.
Ce qui ne connaissent pas Montbard, n’ont jamais vu de forêt. A Montbard, des jeunes pousses, il y en a pas. Ce sont que des arbres millénaires. Des arbres aux troncs noueux, aux branches entrelacées qui s’encroisent encore et encore. Leur but est simple : Toujours plus haut dans leur course vers la lumière. C’est à celui qui s’échappe et rejoint le ciel, la lumière, véritable lutte pour la vie
Le résultat est là, des plantes de toutes sortes, un enchevêtrement sans fin qui laisse peu d’espace pour se faufiler. Elles sont bizarres les plantes de la foret. Il en existe des grandes toutes minces qui plient à la moindre bourrasque et des toutes petites qu’on écrase en marchant dessus. D’autres ont des feuillages de toutes les couleurs, verts, marrons bien sûr. Il y en a aussi des jaunes qui ont l’air d’être malades et même des rouges, qui saignent quand on les coupe.
Au milieu des arbres vivent les animaux qui se nourrissent des produits de la forêt : Les sangliers amateurs de champignons, les cerfs aux bois majestueux et leurs harems de femelles, biches effarouchées. Suivent des animaux sauvages. Les loups qui vivent en bandes, attaquent en bande, mangent en bande. Les grands prédateurs, espèces rares, solitaires et légendaires.
L’homme lui s’est installé près de la forêt. En contre-bas, il y a un joli petit village avec quelques habitants, paysans et cerfs. Plus haut surplombe le château du Seigneur Di Marshall, notre protecteur ; Deux tours garnies de meurtrières, un fossé remplie d’eau et une lourde porte accommodées de pointes de quoi décourager toute attaque.
Aujourd’hui, la forêt de Montbard compte un nouvel habitant. C’est cet homme courbé qui ramasse des branches d’arbres. Il est resté en lisière pour ne pas se perdre. La au moins, on peut encore apercevoir les champs derrières les arbres. En plus il connaît bien ces chemins aux abords du village.
C’est qu’il est pas beau à voir le bonhomme. ” Jean cochon ” comme on l’appelle au village. Non pas qu’il soit laid. Il a plutôt une jolie frimousse comme disait sa défunte de mère. Ses yeux bleus clairs lui donnent l’air de rêver. Et ses cheveux, des mèches en bataille, ajoutent un ton insolent à son jeune visage. Pour sûr, il pourrait même plaire aux femmes. Il suffirait d’enlever cette boue qui couvre son corps et de raser sa moustache qui fait raton laveur.
Jean est content. Ce soir, on aura du bois pour se chauffer. Il pourra enfin dormir sans grelotter de froid toute la nuit.
” En voilà assez, je vais pouvoir m’en retourner “. Et comme Jean ramasse ses fagots, branchages secs attachées les unes aux autres, retentit le galop d’un cheval.
” Sans doute le jeune Seigneur qui chasse. C’est qu’il s’enorgueillit de sa forêt et aime s’y promener “.
Il en est fier et il y a de quoi.
Elle attire nombreux voyageurs. Viennent des magiciens de passage pour améliorer leur art et trouver des objets magiques. Les scientifiques et autres herboristes ou animaliers, à la recherche de plantes rares eux aussi sont assez fous pour s’y aventurer. Il arrive enfin des guerriers, grands gaillards solides à la recherche de trésors et d’aventures. Tout se monde séjourne au château.
Le jeune Seigneur, comme l’appelle Jean. Il a sûrement le même âge que lui. C’est vrai que Jean a l’air plus âgé que l’autre jeunot. Bien sûr quand on est paysan, on vieillit vite.
Un groupe de quatre personne s’approche au petit trot.
Le Jeune Vicomte Di Marshall entretient deux jolies femmes. Habillé d’une tunique courte, il semble prendre plaisir à dévoiler ses mollets gracieux. Les filles sont bien jeune et fraîches. Deux jolies fleurs à cueillir. A les regarder, on ne se trompe pas. Elles sont complètement sous le charme : petits rires langoureux, regards fixés sur leur idole, le Vicomte.
Suit un homme au regard dur et sombre. Il a le teint pâle et le visage balafré. Une grande cicatrice coupe en deux son sourcil et déchire la joue. Lui porte un vêtement brun en cuir grossier, ” Sans doute le tuteur et maître d’arme “.
Vite, Jean s’agenouille sur le sol, en signe de soumission. Il baisse la tête, tandis que le noble cortège passe.
Mais voilà qu’on n’entend plus les sabots des chevaux. Que se passe-t-il ? Qu’attendent-il ? Alors, lentement doucement pour ne pas offenser son seigneur, Jean lève la tête.
Di Marshall est descendu de cheval. Il est debout juste la, à quelques pas, l’air insolent. Il croise les bras sur sa poitrine et se racle le fond la gorge.
Jean ne bouge pas.
Le pied de Di Marshall vient cogner son front.
” Tu peux lever la tête le crasseux ” dit-il. Aussitôt le paysans obéit, et son regard croise celui du seigneur.
Tout de suite après Di Marshall, sourit. Il vient de trouver un nouveau moyen d’amuser ces dames. Le ” crasseux ” sent qu’on va lui jouer un mauvais tour.
” Et comment s’appelle votre majesté ? “
Les deux filles gloussent à cette nouvelle plaisanterie.
” Jean Mon’sieur “
Di Marshall continue son manège :
” La présence de votre majesté est un grand honneur “, petite courbette.
Derrière, les deux femmes éclatent de rire.
A ce moment le Vicomte fait une grimace affreuse. Il tord les lèvres, tire la langue et bégaye : ” Jea.. Jean Mon’sieur “. Il est vite récompensé par une nouvelle rigolade.
” Ne restez pas dans la boue votre majesté “. La phrase est dite avec élégance, une élégance doublée d’un certain dédain, une menace ?
Jean comprend bien que le seigneur se moque de lui. Mais, il y a rien à faire. Il faut obéir.
Il rougit, alors que les jeunes femmes continuent de rire.
Et pourquoi elles ne riraient pas. Il est tellement laid. Il est sale aussi. Une vraie bête sortie de la forêt. Il a honte le paysan d’être cette bête : ” Ces femmes, ce sont des déesses. Moi je ne suis qu’un sale bonhomme “. L’humiliation est terrible. Elle est pire que tous les coups du monde. La femme ne sait pas à quel point elles peuvent humilier l’homme.
Pour montrer bonne figure aux demoiselles et pour satisfaire le Seigneur. Jean se redresse et regarde la petite assemblée avec joie. Un vrai chien obéissant à son maître.
Mais, quelle drôle d’impression, celle de glisser pour tomber et s’écrouler dans la boue.
Jean voit trouble. Sa vision s’assombrit. Ce qu’il sent c’est le coup dans son estomac. Un coup vicieux, violent et discret. Ce qu’il entend, c’est la voix moqueuse de Di Marshall.
” Votre Majesté a glissé, Votre Majesté s’est fait mal “, suivit de nouveaux gloussements des demoiselles.
Alors, Di Marshall, se baisse et murmure : ” Tu as de la chance, le crasseux. Qui vole du bois de mes forêts doit-être pendu “.
Puis il se tourne vers les femmes ” ce que ces paysans sont balourd “.
Il a mal Jean, très mal. Etalé par terre, il ne bouge plus. Il entend encore des bruits de voix assourdies, un galop qui s’estompe dans le lointain. Puis, vient le silence, le silence de la forêt. Il reste seul avec ce silence inquiétant. Et le temps passe. Il s’écoule sans attendre le paysan. Le temps ne remarque pas cet homme allongé sur le sol. Le temps est égoïste. Il continue de tourner. Le jour tombe et fait place à la nuit. Il ne faut pas rester là dans la forêt, mais impossible de bouger. Il a trop mal.
D’abord, il a crû mourir, incapable de respirer. Il pensait étouffer sur le sol. Les araignées et autres insectes se promènent librement sur sa figure. Il ne peut pas bouger. Il ne peut pas les chasser. A un moment, une grosse mouche bleue se pose sur son nez. Elles reste jugé là pour mieux observer la paysage. La vue est splendide du haut de ce nez. La mouche frotte ses pattes l’une contre l’autre. Puis lasse, elle décide de poursuivre son expédition. Elle entre dans une narine pour explorer cette sombre caverne.
Jean bouge brusquement. Il vomit un mélange de sang et d’eau. Le liquide imprègne la terre. Le sol boit et dévore la substance. La joue de Jean est poisseuse. Les brindilles et les feuilles collent à la peau. C’est désagréable. Il tourne la tête.
Et il est pris de panique.
L’homme sévère, le balafré, le maître d’arme, est jugé sur son cheval. Statue immobile, il regarde le blessé, sans rien dire. ” Il est revenu pour m’achever ” pense Jean.
Le visage de l’homme n’est en effet pas rassurant. Il n’exprime aucune émotion. Un vrai masque. Et cette balafre est un bien triste sourire. Le visage est sinistre, celui d’un tueur, d’un assassin ? Voilà donc le visage de la mort ?
Non, l’individu sans mot dire se contente de lancer une bourse d’or en direction de Jean.
Gotrek
” …et on dit que dans cette forêt rôde un loup qui cherche encore a enfoncer ses dents dans de la chair humaine ! ” Loïc ricana sombrement avant d’allumer sa lampe de poche sous son menton ce qui révéla son visage sous un jour qu’Etan ne lui avait jamais connus. Ce dernier tomba de la souche sur laquelle il était assis en hurlant. Il resta tapis derrière le tronc mort jusqu’à ce que Loïc se mit à rire à son adresse. ” Si t’avais vus ta tête ! ” Vincent, un jeune homme bien en chair au visage rond mis un certain temps à lui aussi se mettre à rire. Cette histoire de loup l’avait lui aussi effrayé ,mais il ne voulait pas qu’on le traite de poltron comme c’était le cas avec Etan. ” Ouais, finit-il par dire d’une voix étouffée par le bout de sandwich qu’il avait entre ses dents, t’es vraiment un trouillard Etan !
– La ferme !, lui lança le jeune homme en se relevant, T’as eu aussi peur que moi ! “
Il s’avança jusqu’à lui en lui arrachant le sac qu’il serrait avec force contre lui . ” Moi c’est pas la même chose ! je protège mes biens ! Je ne fuis pas!
– Si tu ne fuis pas c’est simplement par ce que tu peux plus te déplacer ! A force de bouffer tes biens t’as fini par devenir un véritable coffre fort à nourriture !, lui répliqua Etan avec sarcasme. “
Le gros garçon ouvrit la bouche, s’apprêtant à lui faire ses remarques mais la voix de Loïc le pris de court :
” Arrêtez tout les deux !, un rictus sur les lèvres , il les contempla avec un regard victorieux, Vous êtes tout les deux de grosses poules mouillées ! C’est tout ! ” Il commença à placer ses mains sur ses hanches et battre des bras de façon à imiter la poule en tournant autour du feu.
C’en était trop ! Etan ne pouvait plus le supporter lui et ses histoires nulles, sa coupe de cheveux si fantastique, et ses muscles qui étaient un véritable aimant capable d’attirer toutes les filles à vingt mètres à la ronde. C’est sûr que lui-même , ce garçon si maigre qu’on le comparait souvent à Oscar -le squelette du cours de biologie, avec ses lunettes cassées et sa peur de tout, personne ne le remarquait vraiment. Il se jeta sur lui en hurlant de rage.
Ils tombèrent tous les deux non loin du feu. Loïc le repoussa d’une seule main et se releva en époussetant ses vêtements. Encore une fois une de ses tentatives de meurtre sur cet idiot avait lamentablement échouée comme il l’imaginait.
” Bon, je vous laisse à vous entretuer en paix… j’ai bien mieux à faire que vous regarder vous battre ” La voix de Léa immobilisa toute la compagnie. Tous se tournèrent vers elle avec un regard lui implorant de rester. Particulièrement Loïc qui voyait en cette belle jeune fille la seule résistance que sa jeune vie ait connue en matière de séduction. Etan avait été aux anges en sachant qu’il allait faire équipe avec elle pour cette chasse au trésors organisée par l’école. Cinq jour en pleine forêt ! Une fantastique expérience avait déclaré son père lorsque la feuille d’inscription lui était parvenue. Ce n’était pas de cet Oeil que l’avait vus l’adolescent, pour lui, il s’agissait plutôt d’un véritable calvaire de cinq jours dans un lieu menaçant. Les cris de joie de savoir qu’il passerait ces cinq jour avec Léa s’étaient transformer en série de gémissements lorsque les deux autres noms sortis du bocal furent annoncés. Les deux noms que par dessus tout il ne voulait pas entendre : Loïc et Vincent. Il fallait que ce soit ce duo infernal qui viennent transformer son calvaire en véritable enfer.
” Où est-ce que tu vas ? l’interrogea Loïc.
– Me coucher ! d’ailleurs vous devriez en faire autant peut-être que ça vous fera un peu réfléchir… On dit que la nuit porte conseil. ” Elle leva les yeux vers la lune pleine de cette nuit puis s’enfonça dans sa tente avant de la refermer.
L’ombre de son corps se plaqua sur le taud, Tous avaient les yeux rivés sur la silhouette sombre qui accomplissait quelques actions avant de se coucher, dans l’espoir de l’apercevoir en train de se déshabiller. Etan rougit en se demandant si elle pouvait savoir qu’on la voyait. Elle finit par retirer son pull et ils ouvrirent tous la bouche en attendant la suite… Et tous se retournèrent d’un air innocent lorsqu’elle éteignit sa lampe à huile pour terminer de se dévêtir.
Ils restèrent quelques secondes à se regarder, puis Loïc adressa à Etan un sourire inquiétant. ” Tu ferait mieux d’aller te coucher… ,lui lança-t-il, Tu prend le deuxième quart… “. Etan se leva en se mordant la lèvre inférieure. Le deuxième quart de garde… Le pire ! Se réveiller au milieu de la nuit était la seule corvée qu’on lui avait évitée jusqu’à présent. Toutefois, il ne dit rien : Loïc semblait avoir oublié l’incident de la poule mouillée ce qui était déjà quelque chose de bien. Il se tourna vers la tente et lui aussi regarda la lune ronde qui disparaissait derrière un gros nuage.
Il n’en pouvait plus. Il se coucha mais resta bien longtemps à se demander si il pourrait tenir demain. Il sombra d’un un sommeil léger et sans rêves, tandis qu’une silhouette de loup se faufilait hors de la clairière dans laquelle ils avaient installé leur campement.
Etan sentit qu’on le secouait. Il entendit bientôt le rire moqueur de Loïc. Sa tête lui pesait énormément. Il eut du mal à la soulever de son sac de couchage avant d’ouvrir les yeux pour découvrir un Loïc au visage fatigué mais à l’air sadique. Tous deux ne se parlèrent pas. Etan se leva, enfila un pantalon et sortit tandis que Loïc lui fit tout le contraire avant de se mettre au lit.
La nuit était plus noir qu’il ne l’aurait pensé. La pleine lune lui avait fait croire à une soirée assez éclairée mais le ciel était complètement caché par des nuages denses qui assombrissait la forêt déjà assez obscure. Comble du malheur, Loïc n’avait pas entretenus le feu qui faiblissait à vue d’Oeil. Il regarda aux alentours pour vérifier qu’il n’y avait pas de bois pour nourrir les flammes. Il ne vit que quelques branchages en face de lui, de l’autre côté de la clairière. Il alla les chercher et à mi-chemin ce qui devait arriver arriva : la pluie se mit à tomber. Doucement d’abord. Si doucement qu’un instant -un instant seulement- Etan crut que la chance lui souriait enfin et qu’il ne s’agissait que d’une averse passagère. Mais bientôt l’eau tomba à grosse gouttes et en grande quantité.
Il courut jusqu’à la tente des garçons et alors qu’il s’apprêtait à tirer sur la fermeture éclair de l’entrée, il entendit La voix de Loïc lui dire :
“- Qu’est-ce que tu veux poltron ?
– Je viens m’abriter, laisse moi rentrer !, lui répliqua Etan
– Ca va pas ? C’est ton tour de garde ! Tu restes dehors !
– T’es fou ou quoi ? Il pleut des cordes ! je vais pas rester dehors !
– Dégage !, lui cria Loïc. “
Ce qui eut l’effet de réveiller Vincent . Ce dernier l’obligea rapidement à sortir de la tente à grands pas.
” Et Mer-de ! ” lança Etan à l’adresse des deux comparses lorsqu’ils eurent refermés l’entrée. Il les haïssait vraiment. Il ne pouvait plus tenir. Cette fois c’était lui ou eux ! Il désirait ardemment les tuer. Il voulait qu’ils disparaissent et que lui retourne chez lui.
Sa colère se transforma en peur lorsqu’il s’assit sur la souche qui servaient de siège aux campeurs. Au loin, un loup chanta sa complainte. C’est bizarre… Un loup ne vivrait pas aussi près de la ville, songea-t-il, ce n’est pas possible ! Pourtant il s’agissait bien d’un loup.
Les dernières braises du feu s’éteignirent et la nuit fut alors plus noire que qu’a l’intérieur d’un four. Le loup avait cessé ses hurlements. Ce qui ne rassura pas Etan pour autant. Il fut même plus aux aguets du moindre bruit, redoutant que la bête ne soit partie en chasse et qu’elle ne le trouve… ” Ce salop de Loïc e ses foutus histoires !,marmonna-t-il, mon imagination me joue des tours. Un loup ne peux pas vivre ici. Je le hais ! “
Un bruissement de feuille écrasées le fit sursauté. Il se leva. Son regard se posa sur chaque arbre, sur chaque buisson. Retenant son souffle il scruta les environs sans ciller des yeux. Un petit rongeur se révéla et il expira longuement avec soulagement. Un écureuil, un simple écureuil, se rassura-t-il, Etan, tu es vraiment un trouill…
Il eut juste le tant de sauter sur le côté pour éviter la créature qui bondit sur lui. Le loup s’écrasa contre la souche en gémissant. Il secoua la tête pour reprendre ses esprits ce qui laissa à Etan le temps de se relever et d’attraper une branche en qu’il pris comme une épée. Le bâton ne troubla pas le loup qui, s’approchant de lui, l’attrapa dans sa gueule et le fit exploser en milles morceaux dans entre ses dents. Etan trébucha contre une racine et dans un mouvement de dépense plaça ses mains devant son visage. Il sentit bientôt la chaleur de l’animal près de lui. La créature resta longtemps immobile à l’observer avant d’enfoncer ses crocs dans son mollet. Etan serra les dents pour ne pas hurler de douleur. La langue du loup léchait son sang comme lui buvait de l’eau.
La chaleur monta en lui, il se sentait comme excité. Iil eut bientôt l’impression d’être dans une fournaise. Il voyait des loups partout. Des centaines, des milliers de loups. Tos les même, tous le regardant de leurs yeux perçant. Des pelages gris et blanc qui défilaient devant ses yeux. Puis tout disparus. Il s’enfoui dans un sommeil lointain de cauchemars sanglants…
Il se réveilla au beau milieu d’un véritable champ de bataille. Les tentes avaient été déchirées et leurs éléments dispersés aux quatre coins du campement. Ici un bout de bois, ici un sac de couchage en miettes et ici… Etan détourna les yeux des corps ensanglantés de Loïc et Vincent côtes à côtes. Ses tripes se retournèrent et il fut surpris de ne as vomir immédiatement. Le loup ! pensa-t-il, Le loup les as tés ! Oh mon dieu c’est pas vrai !. Il n’était pas si content qu’il l’avait imaginé de voir ces deux là mort. Il était même plutôt triste. ” Cette sale bête les a tués ! ” hurla-t-il au ciel. ” Tu te trompe Etan… ” Il se retourna pour voir Léa presque nue devant lui. Il éprouva un soulagement énorme. Elle au moins était en vie. ” Léa… tu as survécue, balbutia-t-il, ce cette bête elle…
– Tu te trompe Etan… ce n’est pas ce loup qui les a tués…
– Que veux-tu dire ? Qui d’autre aurait pu ?
– C’était toi Etan… Tu les as tués.
– Qu’est-ce que tu racontes ? Je n’aurais jamais put !
– Regarde toi ! “
Etan baissa les yeux pensant voir son corps. A la place, il vit deux pattes velues et griffues : des pattes de loups. ” Qu’est-ce que… NON ! Ce n’est pas possible !
– Tu te rappelle de l’histoire de Loïc ? eh bien… elle était exacte. C’était moi le loup mais à présent c’est toi. Tu m’as libéré ! Tu voulait les tuer et tu as réussi ! “
Elle se détourna de lui et s’enfonça dans la forêt ne jetant pas un regard derrière elle. “Léa ! NON ! Léa !… ” il n’était déjà plus qu’un animal.