
Thème : Joute 28 Des Dieux et des Hommes
Bonjour à tous, bienvenue dans cette nouvelle Joute qui je l’espère fera s’affronter nombre de gens sur-motivés à remporter l’une des Plumes tant convoitée.
Mais ne tardons plus, laissons désormais place au sujet que vous avez choisi (alors n’allez pas vous plaindre s’il ne vous plait pas, nan mais ho!) :
Racontez une journée (spéciale ou non, là n’est pas le problème) d’un Dieu et d’un Homme
Les textes
pureNe
Un éclair de génie.
Cette journée, je la sens encore plus mal que la précédente. Mon plus grand concurrent a le vent en poupe, et c’est rien de le dire. Hallucinant, il n’a pourtant rien fait d’extraordinaire; Enfin, je veux dire, si j’avais eu ses capacités, j’aurais pu le faire aussi. Il va falloir que je me trouve une idée du tonnerre, parcequ’à ce rythme la, je vais repasser en seconde division. Et ca, c’est hors de question.
“hummmmm!”
Tuhr se réveilla en baillant après une pleine nuit de sommeil,
les yeux plissés à cause du soleil qui le frappait directement au visage.
“Aujourd’hui, une chose est sur, ca ne sera pas Hélios” maugréa t-il.
Certes, Tuhr aurait pu penser à fermer ses volets avant de se coucher,
mais la mauvaise foi n’est pas quelque chose que l’on perd en se levant le matin.
Qui plus est, après la cuite au vin qu’il s’était infligé dans la soirée, impossible d’apprécier le réveil, l’estomac lourd et la tête cherchant toujours à exploser.
Après s’être difficilement redressé sur son séant, il lui faut un certains moment pour se décider à s’habiller. En se réveillant si tardivement, un copieux déjeuné aurait été de rigueur, mais le cœur n’y est vraiment pas. Et cette chaleur ! Hier, plus de la moitié des fidèles ont choisi de prier pour Eole. Mais que faire? C’est absolument injuste : tous les dieux ne sont pas logés à la même enseigne. Je veux dire, qui trouverait normal que l’on mette en compétition des dieux qui n’ont pas les mêmes capacités? Exemple du mec qui ne manque pas d’air : – “Salut les gars, moi c’est Eole, je vous souffle un pti vent nord nord-ouest le jour de la fête de la navigation, et c’est dans la poche” ou encore l’exaspérant : “Salut, je m’appelle Hélios, hop-là je brille un pti coup et tout le monde est heureux” Vous trouvez ça normal, vous? Sans compter les nombreuses alliances en résultent : Tous ces Bacchus qui sont prêt à se tenir tranquille quelques jours le temps qu’Hélios arrange leur affaire, pour revenir en puissance par la suite… Une stratégie pas en vain, si je peux me le permettre. Ma propre sœur, Déméter, lui voue un culte !
Et moi, quelqu’un pourrait m’éclairer sur ce que je peux faire?
Ca va être très dur aujourd’hui…
Rien qu’Hélios: la journée a à peine commencé qu’il est déjà à fond, brillant de mille feu. Face à ca, j’ai aucune chance, même en étant survolté, dans mon meilleur jour.
Et ne parlons pas de Poséidon, qui est allé jusqu’à sortir lui-même
– lui-même !- les poissons de la mer pour les déposer sur la plage.
Que vais-je bien pouvoir trouver? Déjà qu’habituellement
je ne suis pas un foudre de guerre.. il me faut une idée!
Tuhr a beau essayé d’apprécier sa journée, rien à y faire.
Le soleil ne s’est toujours pas calmé et ne fait qu’amplifier son mal
de crâne.
Vaille que vaille, Tuhr se décide à aller se rafraichir sur une plage.
mais le chemin est long, le vent est de face, et il est trop fort,
ce qui lui donne bien de la peine pour se déplacer.
De plus, les bourrasques charrient une odeur peu agréable.
Le faible relent qu’il sentait depuis la ville se mue peu à peu en pourriture
infâme. Malgré ses hauts le cœur, la curiosité l’emporte et Tuhr continue jusqu’à la plage, puisque l’odeur semble en provenir.
Une dernière butte à gravir et…
Quelle horreur ! des centaines de poissons morts, étalés sur le sable,
en train de pourrir sous le soleil de plomb. Mais ces dieux ont complètements disjonctés!
“Il faut que je m’éloigne, cette puanteur me donne envie de…”
Trop tard, la combinaison de la cuite et de l’odeur était pourtant prévisible.
Mélisande
Le champ du vieillard
Dans un matin d’hiver glacial, une brume matinale persistante commençait à s’évaporer doucement sur la campagne silencieuse. Il n’avait pas neigé depuis des jours, mais à cause du froid, quelques blocs de neige gelée persistaient à ne pas fondre et parsemaient les champs comme des icebergs affleurant le sol. Une légère couche de givre recouvrait le sol, les arbres et les quelques bâtiments visibles à l’horizon, comme un suaire. La nature ne semblait pas endormie, mais morte. Le seul signe de vie provenait de la fumée qui sortait du bâtiment principal d’un corps de ferme. L’âge de celle-ci se voyait dans le manque d’entretien des différents bâtiments. L’une des granges menaçait de s’effondrer sur elle-même, et une autre était abandonnée. Cependant, la troisième était remplie de foin jusqu’au toit, et dans l’étable voisine, quatre vaches et une dizaine de chèvres dormaient dans la paille et ne semblait pas trop souffrir du froid persistant. Elles dormaient toutes, profitant de la chaleur qu’elles se dispensaient les unes aux autres, et ne dressèrent la tête qu’en entendant s’ouvrir la porte de la maison.
Un vieil homme en sortit, et s’étira avec difficulté. Un seul mot semblait pouvoir lui rendre justice en le décrivant : vénérable. Une sagesse et une bonté indicibles semblaient s’afficher sur son visage. Il portait une longue barbe et des cheveux d’un blanc pur. Par contre, ses vêtements étaient sales et rapiécés. Il semblait malade, et marchait d’un pas courbé. Étrangement, par moments, il paraissait luire d’une clarté argentée, mais tremblotante.
Derrière lui, sortit un enfant au visage aussi parfait et doux que celui du vieillard. Des boucles blondes tombaient en anglaises le long de ses joues, et ses yeux noirs pétillaient d’amusement. Il était vêtu d’une tunique blanche brodée de fils dorés, et semblait enveloppé d’une clarté argentée, bien plus forte que celle de son compagnon.
Faisant quelques pas dans la cour embouée, il jeta autour de lui un regard empli d’un mépris amusé.
-Est-ce donc là que tu vis ?
-Oui mon fils, répondit l’ancêtre d’une voix douce, tout en fermant avec soin la porte. Tout ce que tu voie d’ici à l’horizon m’appartiens.
-C’est laid, déclara l’enfant avec indifférence. Mais ce n’est pas étonnant n’est-ce pas ? Le pays est à l’image de son maître. Décrépis et croulant. Moi si je le voulais, je pourrai en faire un paradis.
Il leva la main, et la boue de la cour fit place à une herbe drue. Puis, sous un autre geste de sa part, celle-ci se flétrit.
Le vieil homme soupira, et se pencha avec difficulté pour ramasser un brin d’herbe desséchée, qui se réduit en poudre sous ses doigts.
-Tu as raison mon fils, répondit-il en relevant son regard vers l’enfant. Ce lieu est mourant. Et moi aussi.
-Tu as fait ton temps, conclut son jeune compagnon en haussant les épaules.
Le vieillard hocha la tête, et avança vers l’étable, toujours suivi de l’enfant. Celui-ci le suivit en maugréant à voix basse sur la boue qui salissait le bas de sa tunique. Leur venue dérangea le sommeil des bêtes, qui commencèrent à s’agiter lorsque leur propriétaire vint s’assoir entre elles. Mais si elles en furent d’abord étonnées, elles finirent par lui laisser une place et se serrèrent contre lui pour lui tenir chaud.
Cela fait, il se retourna vers l’enfant et lui sourit en l’invitant de la main à faire ce qu’il voulait.
-Tu as fait ton temps, déclara celui-ci.
-Tu me l’a déjà dit je crois, nota aimablement le vieil homme. Mais peut-être…
-Il suffit. Tu m’a fait suffisamment perdre de temps. Je vais en finir avec toi.
-A ton aise. Mais je regrette que tu le prenne ainsi.
Le vieil homme soupira en s’étirant, puis se rallongea parmi les chèvres. Il poursuivit son discours.
-Tu es quelqu’un d’impatient Jyosen. L’enthousiasme de la jeunesse, ou un défaut rédhibitoire. J’espère que tu saura t’en guérir, ainsi que de ton orgueil. Ne te crois pas supérieur aux autres.
-Cesse donc ces discours pédants. Ils m’ont toujours ennuyé. Je suis venu pour te tuer. Pas pour subir ça une dernière fois.
Tout en prononçant ces paroles, le jeune Jyosen se mit à briller davantage encore. Bientôt, la lumière devient si éblouissante que lui même dut plisser les yeux pour distinguer le vieil homme.
-Et bien vieillard, l’apostropha-t-il. Ne te défendra-tu pas ? Ne défendra-tu pas ton royaume ?
-Si tu le souhaite, répondit l’autre en se mettant à briller lui aussi.
Seulement, cette lumière restait toujours bien plus faible et vacillante que celle de l’enfant. Puis, elle s’éteignit, et le vieil homme s’affaissa au milieu de ses bêtes.
L’enfant le regarda un long moment avec une étrange lueur au fond des yeux.
-Tu l’a voulu, murmura-t-il. Et puis d’abord, tu était mourant, c’était normal que cela finisse ainsi. Dans l’ordre des choses.
Sans plus une parole, il s’éloigna vers la maison et ouvrit la porte. Celle-ci ne donnait pas sur l’intérieur d’une maison de paysan, mais sur une prairie verte et clôturée. Jyosen jeta un dernier regard vers la campagne gelée derrière lui. Celle-ci finissait déjà de s’effacer, et c’était désormais la cour elle-même qui semblait s’effacer comme une peinture délavée.
L’enfant franchit la porte, et la referma.
Si la cour de ferme dont il venait était plongée dans l’hiver le plus implacable, la prairie qui s’étendait devant Jyosen était verte et grasse, comme après un printemps trop pluvieux. Elle était secouée par un vent frais qui formait des vagues inégales qui allait mourir sur le mur d’une ferme, presque la réplique exacte que celle que l’enfant avait regardé disparaître quelques instants plus tôt.
L’enfant fit quelques pas dans l’herbe avant d’entamer une série de folles pirouettes en poussant des cris de joie. Il rayonnait de bonheur, presque au sens littéral.
Pour l’instant, c’était véritablement un enfant heureux de vivre et de se dépenser. On aurait peiné à reconnaître le Jyosen qui regardait avec mépris un vieillard et l’agonissait d’insultes moins d’une heure auparavant.
Quand il finit par s’arrêter, le souffle court, il prit le temps de regarder autour de lui, et s’aperçut qu’il n’était pas seul. À l’autre bout du pré, un vieil homme s’affairait sans faire attention à lui. L’enfant s’approcha.
Il s’assit sur la barrière, à quelques pas du vieil homme, et attendit qu’il le remarque enfin.
-Ton dieu est mort, déclara-t-il d’une voix fluette lorsque, se redressant pour souffler un peu, l’homme s’avisa de sa présence.
Le vieil homme le fixa un long moment sans rien dire. Puis, silencieusement, il repris le marteau qu’il avait déposé, et reprit son travail.
Le jeune garçon fronça les sourcils et se plaça sur sa route.
-Est-tu sourd ?, le questionna-t-il. Je viens de te dire que ton dieu est mort.
-J’ai entendu. Mais que te répondre ? Ce sont des choses qui arrivent. On naît, et on meurt voilà tout.
-Mais tu est un homme ! Tu est censé croire que ton dieu t’apportera la vie éternelle, et que tu la passera à ses côtés !
La voix de l’enfant passait progressivement dans les suraigus. Il sembla au vieil homme qu’il venait de lui infliger un coup terrible au cœur. Déposant ses outils, il s’agenouilla devant l’enfant, lentement, pour épargner ses os, et regarda l’enfant droit dans les yeux.
-Comment t’appelle-tu petit ?, demanda-t-il. Moi c’est Sevon.
-Jyosen.
-Et bien Jyosen, à ton âge, c’est normal de vouloir croire que notre dieu est éternel et veillera toujours sur toi. Mais au mien…
Sevon se redressa et, tout en faisant signe à l’enfant de le suivre, se dirigea vers la ferme et ses quelques dépendances. Ce faisant, et après s’être assuré que l’enfant marchait à côté de lui sans se faire distancer, il reprit la parole.
-À mon âge, on a appris depuis longtemps que rien n’est éternel, continua-t-il dans un soupir. Pourquoi les dieux le seraient alors ?
Sans rien ajouter, il pénétra dans la grange, et saisis un sac de graines. Puis, il en pris un autre et le tendit à l’enfant.
-Pour quoi faire ?, demanda Jyosen.
-Mon dieu est mort tu dis. Je ne te connais pas. Je ne sais pas comment tu le sais. Mais ce que je sais, c’est que ça ne va pas empêcher le blé de mûrir, ou les bêtes d’avoir faim.
-Je suis ton nouveau dieu, déclara Jyosen en prenant un air fier. Tu me dois le respect.
Sevon sourit. L’image était trop amusante, de cet enfant déclarant être un dieu qui le regardait d’un air auguste tout en tentant de mieux répartir le poids de son sac de graines. Tout en chargeant son propre sac sur son épaule, il envoya une claque amicale sur l’épaule de l’enfant.
-Le respect, ça se gagne.
Alyn
Le conseiller
L’automne avait roussi les feuilles des érables du New Hampshire très tôt cette année là. L’été indien, ce dernier sursaut de chaleur avant le long froid de l’hiver, touchait à sa fin dans le petit village de Salisbury. Les derniers rayons du soleil nimbaient la vallée de couleurs ocres, la brume venait de faire son apparition.
Au bar du Black Bear, Warren, ouvrier dans une dairy de la région, sirotait sa bière tranquillement, comme tous les samedis soirs, quand un étranger entra dans le bar. Plusieurs têtes se tournèrent, sa tenue dénotait avec le code vestimentaire du reste de la clientèle, assez rurale dans l’ensemble. Il portait un costume gris foncé et une cravate assortie. Il avait les cheveux gris noués derrière la nuque, une courte barbe grise et portait des lunettes de soleil foncées, malgré la faible luminosité qui régnait dans ce lieu. Ses chaussures noires étaient couvertes de poussière. Il s’assit au bar et commanda un whisky sec, que le barman s’empressa de lui servir.
Il en était à son troisième verre quand Warren se décida à lui parler. Cet étranger avait l’air perdu, cela se voyait à ses épaules, affaissées, et à la façon qu’il avait de faire tourner le liquide ambré dans le verre, sans vraiment y faire attention.
- Vous visitez la région?
- On peut dire ça, oui. Ca fait très longtemps que je n’étais plus venu dans cet endroit.
Warren remarqua qu’il portait un anneau d’or à la main. A cette heure, il aurait dû être auprès de sa femme, pas accoudé à un comptoir.
- Problème de cœur?
- Cette bique m’a chassé de chez moi parce qu’elle pense que je lui ai été infidèle! Ce n’est pas ma faute, j’ai été pris en traître!
Il vida son verre d’un trait. - Et vous lui avez expliqué cela? Warren était intrigué, on parlait encore très peu de divorce ou d’adultère dans ce coin de campagne, en général, les disputes restaient à la maison et on ne déballait pas si vite son sac devant un inconnu.
- Elle n’a rien voulu entendre, et quand elle se met en colère, c’est le vent du Nord qui souffle! Il y en a pour des jours! Patron, le petit frère! déclara t il en levant son verre, vide à nouveau. Elle m’a dit d’aller voir un spécialiste pour m’aider à résoudre mes problèmes. Comme si cet homme pouvait m’aider! J’ai été voir ce Docteur Patterson, mais apparemment, il est d’accord avec ma femme, ce serait à moi de faire des efforts! Comme si je n’en avais pas déjà fait!
- Patterson, le psy de Concord? Pourtant, il est réputé dans la région. Qu’est-ce qu’il vous a dit?
- Que j’avais un complexe d’Œdipe non résolu et que j’étais mégalomane! Mégalomane, moi! J’ai sacrifié plus qu’elle ne peut l’imaginer et tout ce qu’elle me dit, c’est qu’elle ne veut plus me revoir tant que je n’aurai pas résolu mes problèmes. Cette bonne femme, c’est l’incarnation du devoir conjugal! Toujours à vous juger, à vous rappeler de faire vos devoirs… Comme si je n’étais pas conscient de mes responsabilités! J’ai autre chose à faire que de rester chez moi tout le jour à attendre que tout s’effondre autour de moi!
Warren replongea son regard dans son verre. Les problèmes de couple, il n’y connaissait pas grand chose, il était célibataire depuis près de 35 ans maintenant. Mais il ressentait de la sympathie pour la douleur qui perçait dans la voix de son interlocuteur.
- Ne pouvez-vous faire la paix? En disant que tout est de votre faute?
- Je pourrais essayer, mais, je ne suis pas très doué pour mentir. Et je suis loin d’être convaincu d’être le seul responsable de la situation de notre couple. Elle passe son temps sur mon dos à donner des ordres et à me faire bosser jusqu’à épuisement. Je voyage beaucoup, j’aime ça, et elle ne rend pas le retour au foyer très agréable. Plus je tarde à rentrer, plus elle est de mauvaise humeur.
Il se tut un moment, but une nouvelle gorgée, puis repris:
- Ma famille souffre d’un mal profond depuis un certain temps déjà, et je voyage pour y trouver un remède. Je fais ce que je fais pour les protéger; tous, elle comprise, et je n’en reçois que des insultes et des regards méprisants. J’ai beaucoup d’enfants, de sang ou adoptifs, et aucun d’eux non plus ne comprend mon comportement. Seule une de mes filles est compréhensive, et à cause de cela, j’ai du la punir. Mais j’ai peur que cette maladie – elle est typique à ma famille, voyez-vous- n’emporte tout le monde avant que je puisse trouver un remède. Les… pronostics sont mauvais, nos forces diminuent de jour en jour. La pression ne cesse d’augmenter. Et ma femme ne veut pas me laisser en paix un instant! Etait-ce si incompréhensible de ma part d’aller chercher un peu de réconfort ailleurs qu’auprès d’elle? J’ai écouté des langues que j’aurais peut-être dû ignorer. Elle est si… Intransigeante. J’ai commis des erreurs, j’essaie de les racheter, mais la liste est longue et le travail très loin d’être accompli. J’ai peur que certaines de mes actions n’aient été trop loin et qu’il me soit impossible de corriger le cours des choses.
- Le Docteur Patterson ne vous a pas donné de conseil, de piste, pour améliorer la situation?
- Ce Docteur! répondit-il sur un ton méprisant. Il est pire que mon faux-cul de frère! Je ne sais pas comment j’ai pu me retenir de l’étriper sur place! C’est un escroc! Il a juste programmé une série de dates de séances auxquelles je devrai assister, afin de mieux cerner mon problème et éventuellement le résoudre. Si je dois lui raconter ma vie, il n’y a pas assez de jours dans sa misérable existence pour écouter ne fusse qu’un dixième de ce que j’ai vécu! S’il savait… Enfin, c’est décidé, quoi qu’en dise ma harpie, je ne remettrai plus les pieds dans son cabinet.
L’étranger se remit à boire son whisky en silence. Warren ne savait pas quoi ajouter, cet homme était étrange, il émanait de lui une sorte d’aura de colère et de frustration. De désespoir surtout. Il essaya de se mettre à sa place. Un ménage en déroute, une maladie héréditaire grave et personne pour l’écouter. Ce devait être lourd à porter. Mais boire seul n’arrangerait pas les choses. Voir son père alcoolique mourir de cirrhose lui avait au moins appris cela.
- Si le cœur vous en dit, venez finir la soirée chez moi; ce n’est pas bien grand, mais la vue est magnifique. J’ai des steaks au congélateur et du jus de canneberge au frais. Cela vaut mieux que du whisky sur un estomac vide. Au fait, je m’appelle Warren Martins.
- Appelez-moi Alf. J’ai peur que mon nom entier soit difficile à prononcer, répondit l’autre avec un sourire en coin. Mais ne croyez pas que j’ai quelque chose à voir avec cette peluche géante mangeuse de chat présente dans ces fameux shows télévisés. Ouvrez la route, je vous suis.
Ils payèrent leurs notes respectives et sortirent du bar. Le soleil était maintenant couché et le parking avait un air quelque peu désolé. Il ne titube même pas, après tout ce qu’il a bu!
- Où est garé votre véhicule? Le mien est juste là, dit-il en pointant du doigt un pick-up de marque Chevrolet couleur sable.
- Je n’en ai pas.
- Vous êtes venu de Concord à pied? répondit Warren, incrédule. Quarante miles séparaient Salisbury de Concord. Plus qu’une personne puisse parcourir, à pied, surtout dans cette tenue.
- Non, rassurez-vous, je n’ai pas beaucoup marché. Mais après ce Docteur, j’ai eu besoin de quitter la ville le plus vite possible.
- Bon, hé bien, venez, alors. Warren ouvrit la porte de sa Chevy et s’installa au volant, pendant qu’Alf s’asseyait sur le siège du convoyeur. Etrange, tout de même, ce zigoto. Il n’a pas l’air d’un drogué ou d’un bandit, en tous cas. Juste de quelqu’un qui est à bout.
Ils quittèrent le parking, empruntèrent la Highway 4 puis au bout de quinze miles obliquèrent à droite sur un chemin dont l’état justifiait pleinement l’achat d’un véhicule tous terrains. Dix minutes plus tard, Warren parquait sa voiture devant une maison de style colonial de deux étages, peinte en bleu. Ils entrèrent dans la pénombre de la demeure et après un léger clic, la lumière se fit. Warren s’adressa à son invité:
- Installez-vous sur le porche, il y a des fauteuils et des coussins. J’apporte de quoi démarrer un feu et la nourriture.
Il partit en direction de la cuisine, à l’arrière du bâtiment. Quand il ressorti avec des allume-feu et une boîte de jus dans une main et les steaks et quelques pommes de terre dans l’autre, il vit qu’Alf avait déjà réussi à démarrer un feu dans le barbecue maison , et qu’il brûlait comme si cela faisait des heures qu’il était allumé.
- Vous êtes doué! déclara Warren, mal à l’aise. Cet homme est décidément bien étrange! Merci. On gagnera du temps.
Il déposa la viande sur la grille et versa deux verres de canneberge. Bientôt une odeur de viande grillée, d’herbes aromatiques et de pommes de terre en chemise vint chatouiller leurs narines. Ils savourèrent en silence le repas, en écoutant les cris des oiseaux nocturnes partis en chasse.
Isiliel
la quelle est extraodinaire ?
Le jour n’était pas encore levé, mais il approchait à grand pas tandis que Edilstan sortait de sa grange se massant sa hanche endolorie. Non, le soleil n’était pas encore levé et déjà il souffrait. Il se dit que, ma foi, les bêtes étaient nourries et que c’est qui importait. Sous les étoiles pour la plupart disparue dans la lumière de l’aube il longeait son champ. Sur le chemin de gravier, il marchait en direction de sa maison et regardait le soleil au loin qui petit à petit éclairait ses modestes terres, puis, sur le petit muret qui longeait son champ, il s’assit, les épaules voutées bien que la journée ne faisait que commencer.
Ces dernier temps Edilstan était mélancolique, nostalgique, il se souvenait de cette jeunesse lointaine, du plaisir qu’il avait à s’occuper des bêtes de son père de la joie et des rires lorsqu’il allait danser et jouer en ville à l’auberge du père de Mylliane, aujourd’hui sa femme, et aujourd’hui ? Que restait-il de ses rêves ? Certes il avait rêvé de cette vie, d’avoir sa ferme et de rendre heureux femme et enfants, mais il croyait encore en l’aventure, pensant que Mylli et lui partirait découvrir d’autres contrées pendant que les garçons s’occuperaient de la ferme. Il l’imaginait, des fleurs exotiques dans les cheveux, le soir dans un desert accompagné de gens aux coutumes étranges mais agréable. Ou encore, il les imaginaient dans une clairière, assis par terre, Mylli contre lui comme à leurs débuts devant un feu où un ménestrel rencontré sur la route d’un pays encore inconnu compterait des récits et chansons parlant d’une gloire passé, Il rêvait de chevaux, d’épée et de magie qui, il en était sur se trouvait au bout du chemin, il revait…; mais non, il n’en était rien et tout ses rêves il les avait garder pour lui, les garçons étaient parti, et Mylliane continuait à servir, rire et même danser dans l’auberge de son père qui ne pouvait payer une serveuse pendant que lui … il souffrait. Et il ne voulait plus souffrir !
C’est donc assis sur son muret, regardant son champ dans la pénombre qu’il prit sa décision, il partirait. Et il partirait tout de suite !!!
Dans sa maison il prit quelques tuniques robustes et quelques provisions. L’argent du coffre il ne le prit pas, il n’aurait besoin que de très peu alors que Myliane, elle en aurait la nécessité. Il prit sa pipe, son meilleur tabac et alla à l’écurie seller son cheval, Etion. Mylli serait furieuse mais la jument s’en tirait très bien au champ alors elle devrait s’en contenter. Malgré tout et plaça sous la sangle de selle son bâton de marche, installa sa sacoche et sa couverture et parti.
-« Adieu. Adieu vous tous, chers à mon cœur, je m’en vais vers d’autres lieux. »
Il talonna Etion de tout son cœur et dans une aube timide, sans se retourner, il parti au galop. Les paysages défilaient mais Edilstan ne les voyait plus ces paysages que trop familiers à ses yeux ; la seule chose qui comptait était de s’en éloigner !
Malgré son désir d’avancer sans s’arrêter, c’est près d’un ruisseau qu’il tira sur les rênes d’Etion. Il démonta et mena l’animal par la bride dans la clairière pour qu’il puisse s’y abreuver. Il était heureux et agréablement surprit de l’endurance de l’animal qui l’avait emmené bien plus loin qu’il n’avait osé l’espérer en si peu de temps, enfin le soleil avait déjà déppasé son zénith; ce soir ils dormiraient dans un lieu inconnu, et lui, en homme libre!!!
S’agenouillant devant le ruisseau, Edilstan se rafraichit un peu puis s’assis, son corps le faisait souffrir mais la douleur lui parraissait lointaine, et c’est à ce moment là qu’une pointe de regret pointa en lui mais il la fit redescendre là d’où elle venait, et le visage de Mylli qui l’accompagnait disparut. Il se leva et marcha un peu, touchant les arbres il regarda autour de lui, la clairière, parsemée de pins et de lauréole, bordait une falaise, et c’est là en contre bas, qu’il vit pour la première fois la célèbre la Forêt de Faïrluad.
Faïrluad était la plus vieille forêt existante, on racontait qu’elle était née, elle et les terres, de la main de la Déesse Anaïd, et que c’est grâce à la fertilité qu’elle a insufflée à Faïrluad que les premiers hommes ont vu le jour. On raconte aussi que c’est en son cœur que se trouve le Mydriad, l’Arbre Unique, Père de tout les arbres, demeure d’Anaïd, et seul représentant de sa race.
Comme tout le monde Edilstan connaissait ses vieilles légendes, et c’est elles qui lui avait donné ce gout pour l’aventure, qui depuis toujours l’avait fait rêvé, et aujourd’hui il la contemplait! Pour la première fois de sa vie il se senti être exactement là où il devait être, à sa place … Comme il aurait aimé que Mylli soit là !!!
Non!! il ne laisserait pas prendre par le regret, et, sur cette pensée il monta Etion et le talonna :
-« Etion, mon cher compagnon, nous allons à Faïrluad »
Et c’est plein de liberté et d’une joie nouvelle que, contournant la falaise, il descendit et pénétra dans la forêt.
Tout d’abords, il guida Eltion au trot et rapidement il le mis au pas, extasié part ce qu’il voyait autour de lui. Les arbres étaient grands et beaux, les fougères à leurs pied étaient d’un vert éclatant et des fleurs poussaient de toute part.
Il avança pendant plusieurs heures, émerveillé par la multitude d’oiseaux, animaux, arbres et plantes qui s’offrait à ses yeux quand il entendit quelque chose. Il lui parut tout d’abord entendre un murmure. Il tendit l’oreille et se rendu compte que c’était une voix, mais d’ou venait elle ? Il avança en écoutant attentivement, il suivi la voix et celle-ci le mena à deux grand arbres dont les branches se mêlaient, comme si ce n’était qu’un seul arbre mais possédant deux troncs, et l’espace entre ces deux troncs formait comme une sorte d’arche. Des lianes accrochées aux branches tombait entre les deux tronc de sorte qu’Edilstan ne pouvait voir de l’autre côté, mais il était sur d’une chose : La voix venait de l’autre côté de ces lianes !
Il arrêta son cheval près de « l’arche », démonta et d’une main poussa les lianes afin de passer de l’autre côté, et là ses yeux s’écarquillèrent de stupeur. Malgré le soleil qui ne passait psa dans cette partie de la forêt aurait pu croire que tout était illuminé, comme si chaque feuille, chaque plante brillait de l’intérieur, et elles étaient démesurées!! oh ! Mylliane, comme il aurait aimé partager tout cette beauté avec elle !!!
Mais tout à coup il repris conscience de la voix, il était tant absorber dans sa contemplation qu’il l’avait oublié ! Mais cette voix, magnifique elle aussi l’empli de chagrin, non pas à cause de tout ce qu’il avait laissé le matin même, mais parce que cette voix était emplie de chagrin, de tristesse. Il avança, bouleversé, et c’est là qu’il la vit. Aucun mot n’était assez fort pour décrire ce qu’il avait sous les yeux, certes, d’elle émanait un intense chagrin, mais ce qu’elle faisait, ce que ces larmes faisaient était extraordinaire !!!
Il était émerveillé et intimidé, mais malgré tout, il pris son courage à deux mains et s’avança vers elle. Eltion, tout aussi bouleversé à ses côtés piaffa, et arrachant la sangle des mains de son maître, henni et parti au galop… … …
Le jour n’était pas encore levé, il approchait mais le soleil ne serait pas visible dans Faïrluad avant plusieurs heures, et encore, il ne pénétrait jamais vraiment en son Cœur. Le jour n’était pas levé mais déjà les Iriods, Oiseaux de lumière chantaient haut et fort en attendant leurs maitresse. Dans le Cœur, tout était toujours en mouvement, les animaux extraordinaires et les plantes ne dormaient jamais car c’est de cette activité même que la vie au delà de Faïrluad était faite. Tout mouvement de lianes était autant d’épreuves nécessaires aux hommes, comme la rosée de Faïrluad faisait la pluie et le beau temps. Chaque renouvellement de fleur était, chez les hommes, la naissance d’un enfant, chaque naissance de nouvelle fleur donnait la mort d’un homme, mais jamais une mort gratuite malgré ce que pensait parfois les familles chagrinées. En fait la vie et beauté du Cœur faisaient vivre la destinée des hommes, mais rien de tout cela ne pourrait être sans Anaïd, douce Déesse de la Nature Sauvage, car c’est de sa main même que les changements s’opéraient.
Ce matin, comme à chaque aube, la vie du Cœur attendait qu’Anaïd vienne accomplir le rite de renouvellement, et les Iriods annonçaient sa venue, car, vivant dans les branches majestueuses du Mydriad, ils ressentaient le moment ou Elle revenait de la Communion, et ce fut donc sous leurs chants qu’elle apparut. Des milliers d’étoiles sortant de l’immense tronc du Mydriad, d’un vert pâle mais lumineux, une forme émergea et les étoiles se rassemblèrent jusqu’à formé une jeune femme. Un jeune visage d’une beauté sans nom, ouvrit ses paupières sur des yeux violets, et c’est qu’en les regardant attentivement qu’on pouvait se rendre compte qu’ils appartenaient à une créature sans âge. Tournant la tête de gauche à droite, créature déploya des ailes ressemblant à des milliers de diamants multicolores, ce qui fit se soulevé sa chevelure argentée, puis accueilli sur sa main levée un Iriod.
Anaïd était prête pour le Renouvèlement. Ou du moins d’apparence.
Ce matin, comme beaucoup d’autres dernièrement, elle ressentait une grande tristesse. Regardant affectueusement l’Iriod, un sourire lointain sur les lèvres, elle lui souffla le Premier vent, et L’Iriod, ses plumes brillant de mille feux s’envola loin au dessus des arbres afin de puiser dans le ciel la lumière du soleil.Revenant à une vitesse telle que nul hommes ne pourrait le voir, l’Iriod réapparut dans le cœur et fonçant vers Anaïd, et fusionna avec ses ailes. La lumière entra en elle telle une explosion de beauté, ses ailes s’illuminèrent et un torrent de vie la faisant trembler, elle s’écoula en elle, mais ce matin, l’éveil terminé, la tristesse revint encore plus grande. Anaïd s’avança et accueillit le flot d’oiseaux venant se baigner dans sa lumière. Elle commença le Renouvellement, de son pas glissé elle allait vers les arbres, lianes et fleurs, apposant à chacun un touché qui l’illumine et peu à peu le Cœur s’illumina.
Elle faisait sa lente et monotone progression quand la tristesse la submergea. Elle se sentait seule, depuis trop longtemps elle faisait parti de la vie de hommes sans ne jamais les approcher. Chaque jour elle procédait au Renouvellement mais elle n’avait personne à qui parler, à qui dire la solitude qu’elle ressentait. Evidement, chaque Iriod procédant à la fusion savait ce qu’elle ressentait mais aucun ne pouvait la réconforter malgré leurs tentatives par le chant. Elle se rappelait les jours où elle était encore émerveillée par la Communion, émerveillée par tout ce qu’elle avait appris des hommes durant ces heures, ressentant le bonheur et l’exaltation de l’Eveil, mais aujourd’hui elle n’en pouvais plus d’accomplir ces rituels sans jamais avoir d’autres choses à voir ou faire. Comment aurait-été la vie si elle avait pu vivre parmi les hommes ne serait-ce qu’une journée?! Elle aurait aimé pouvoir parcourir les terres, avoir le bonheur de connaître la bénédiction qu’était sommeil, mais non. Quand le jour se couchait, elle, se dirigeait vers le Mydriad et s’abandonnais à la Communion afin de voir par lui la vie des hommes.
Elle était émerveillée par ce qu’ils pouvaient accomplir, il étaient capable de tant de choses, et bien que le cœur de certain soit sombre, elle restait éblouie par l’équilibre qui en résultait. Elle voyait par le Mydriad des royaumes, des édifices somptueux, et aussi leurs inverses. Anaïd admirait la force de ces hommes et femmes qui vivait dans les rues sales, qui se battaient au quotidien contre la maladie et la faim, hommes saouls des tavernes et les coupeurs de bourses, comme elle admirait ceux qui devait diriger des pays entiers, mais ceux qu’elle enviait le plus étaient les paysans et les fermiers.Comme elle, il veillaient à leurs plantes et leurs bêtes pour que règne l’équilibre dans leurs familles, leurs FAMILLES !!!
Elle aurait aimé savoir ce que c’est que de se lever chaque matin et user de force physique pour nourrir ses bêtes, et non pas juste apposer un touché pour simplement les illuminer. Elle aurait voulu connaître l’effet d’une journée faites de merveilles extraordinaires comme les vivaient les hommes. Comme elle aurait aimé avoir une famille et des enfants avec qui se disputer, parfois pour qu’ils ne soient pas des joueurs de tavernes!! … juste équilibre sur lequel elle veillait ; sans jamais pouvoir choisir d’être d’un côté ou de l’autre. Et malgré sa lente progression, elle réalisa que les heures se furent vite écoulées tandis que distraitement elle procédait au Renouvellement en rêvant.
Tout à coup, prise de désespoir elle fit ce qu’elle n’avait encore jamais fait, et n’avait pas le droit de faire, elle s’assit et tout en se mettant à pleurer, elle décida d’ouvrir une porte dans le cœur afin de pouvoir voir le monde, au moins une fois, et tant pis pour l’équilibre !!!
Anaïd, assise entourée de luminosité du Renouvellement, pleura, encore et encore, et chaque larme qui coulait engendrait des plantes magnifiques qui rayonnaient.
Elle regarda dans la direction de deux beaux arbres à quelques battements d’ailes, dont les branches s’entremêlaient de façon qu’on aurait pu croire à un seul arbre possédant deux troncs et, prenant, une de ses larmes, l’envoya se poser sur les branches. Soudain,sortant des branches, une cascades de lianes apparut et dévala jusqu’au sol.
Incrédule, Anaïd regarda ces lianes, elle n’aurait jamais pensé que le Mydriad laisserait faire une telle chose.
-«Ainsi, voici une Porte sur Faïrluad et le monde des hommes. »
Regardant autour d’elle elle vit les innombrables plantes que sa peine avait créer. Les plantes, bien que sublimes étaient emmêlées, torturées, elle décida donc de les répartir afin qu’elles aient assez d’espace, puis, elle irait chez les hommes.
Pris d’une joie nouvelle, elle se leva et se mit au travail, posant un doigt sur une tige, un autre sur une plante etc… Ses larmes continuaient de rouler sur ses joues et chacune donnais place à une meirveille de plus, mais cette fois elle ne s’entremelait au autres.
Anaïd œuvrait lorsqu’elle entendit un son encore inconnu à ses oreilles mais qu’elle avait connu en Communion! un cheval avait henni et partait au galop!!! elle se retourna et s’avança… .
sylesis
Une journée s’achevait
Constatant sa nudité, il fouilla les containers des environs : par chance les unités de recyclage n’avaient pas encore transmuté leurs contenus en ressources pour la méga-cité. Il y trouva un pantalon et une chemise ainsi qu’un pardessus et un chapeau à bord large. Des antiquités, tant par leur style que par leur odeur désagréable, mais il n’avait rien d’autre sous la main et s’en vêtit.
Une autre sensation le surprit. Un vide : la faim. Il la repoussa : il avait
quelque chose à faire avant.
Il chercha un moyen de transport et trouva un taxi-drone non loin. Le taxi-drone l’accepta malgré sa saleté et son manque total d’argent. Cela au moins il en était encore capable : il avait toujours été doué dans ce domaine. Il descendit devant un hôpital à quelques kilomètres de là, au cœur d’Arah-secondus.
Il prit un ascenseur bondé jusqu’au quarante-troisième étage. Personne le dévisagea ou ne lui parla : tous ne virent que le jeune homme blond au cheveux mi-long impeccablement vêtu qu’il voulait qu’ils voient.
Il entra dans une chambre sans s’annoncer. Plusieurs personnes entouraient un lit cylindrique au centre de la pièce, sur lequel reposait un vieillard décharné aux orbites vides. Les gens s’écartèrent et sortir de la chambre du patient à l’agonie, laissant l’inconnu et le malade.
Ce furent les lèvres du vieillard qui s’ouvrirent les premières, après un long moment de silence.
“Pardonnez moi Seigneur, je n’ai pas su ranimer la flamme dans le cœur des hommes.
_ Il n’y a rien à excuser : les hommes ne croient plus en nous, et quand ils le font, c’est pour nous utiliser à leurs fins. Tu m’as toujours été fidèle, je ne peux rien te demander de plus.
_ Vous utiliser ?
_ Certains parmi les hommes ont pris conscience de ce que moi et mes collègues sommes, et nous ont donné un ultimatum : soit nous nous mettions au service de l’homme, soit nous étions combattu.
_ La guerre contre les dieux ? Elle est réelle ?!
_ La Guerre des Croyants se déroule en ce moment même, oui, et j’ai eu de la chance : j’ai échappé à la servitude en restant caché. Toi aussi mon vieil ami : s’ils avaient su pour nous, ils t’auraient tué, ou pire.
_ Alors qu’au lieu de ça, c’est un cancer qui va m’avoir. Le cancer a cessé d’être mortel pour l’humanité, sauf le mien.
_ S’il était en mon pouvoir de te soulager, je le ferais, crois moi.
_ Je le sais Seigneur : je n’ai jamais douté de ta bienveillance. Même sans ça, je suis vieux : la mort n’aurait pas tardé à me réclamer.”
La porte de la chambre s’ouvrit et une infirmière vint pour piquer une perfusion au bras du vieillard. Son repas, semblât il. Le patient alité sombra dans le sommeil peu après. L’inconnu resta à son chevet en silence, sans qu’ils ne furent dérangés.
Lorsqu’il reprit connaissance quelques heures plus tard, le vieillard reprit sa conversation comme si elle ne s’était pas interrompue, d’une voix faible :
“Que vas tu faire à présent ?
_ Je vais essayer de survivre ici quelques temps, assez pour pouvoir partir hors-planète seul. Je veux rejoindre une vieille amie : Arboriah. Je t’ai déjà parlé d’elle, je crois.
_ Le monde vert.
_ C’est la forme qu’elle a choisie, oui : bien plus discrète que les autres collègues, je dois dire. Je doute que les conflits la touchent jamais. Quoi qu’il en soit, elle me doit une faveur, donc elle peut bien m’héberger, même maintenant.
_ …
_ …
_ Seigneur, je suis désolé.
_ De quoi, mon vieil ami?
_ De ce qui t’arrive. De ta déchéance. Avec ma mort…
_ … je redeviendrais un homme, mortel et capable d’avoir mal ? Jadis j’étais un homme déjà, à une époque durant laquelle je ne t’aurais pas souhaité de vivre, sur la Terre. J’étais jeune et ingénieux, j’ai fait quelques découvertes et les autres m’ont pris pour un dieu, littéralement. Redevenir un homme n’est que la juste conclusion de mon histoire.
_ N’y a t’il d’autre voie possible ?
_ Non, aucune. J’ai beaucoup appris en regardant l’homme, en étudiant l’univers et il y a une certitude que j’ai acquise : rien n’est éternel, pas même les dieux. J’aurais pu sombrer dans les limbes de l’oubli, être tué, ou être asservi. Au lieu de cela je reprend simplement ma vie après l’avoir interrompu quelques milliers d’années : je m’en tire à bon compte, je trouve.
_ Ta sagesse manquera au monde, Seigneur.
_ Il y a longtemps que l’homme n’a plus besoin de nous. A présent repose toi.
_ Oui, je me sens fatigué, d’un seul coup.
_ Je vais te faire un dernier cadeau tant que je le peux encore. Tu trouveras au delà du tunnel sombre un repos bien mérité.
_ Merci Seigneur.
_ C’est moi qui te remercie, mon vieil ami. Je suis ravi de t’avoir connu.”
Des voyants au dessus du lit s’agitèrent, et plusieurs membres du personnel hospitalier arrivèrent pour constater l’inéluctable : le vieil homme était mort, malgré les systèmes palliatifs. L’inconnu sortit de la pièce et reprit l’ascenseur pour descendre. Les gens présents se pincèrent le nez et le regardèrent avec insistance mais ne dirent rien. Il quitta l’hôpital, mit les mains dans les poches trouées de mon pardessus et leva la tête pour regarder la lumière naturelle qui déclinait : une journée s’achevait et deux vies avec elle. Demain serait un nouveau commencement.
Sordon
Le dieu qui voulait être un homme
Archéos aimait son pays. Il aimait contempler les vastes landes dégagées, avec leurs rares bosquets d’ifs et de genévriers. Il aimait sa maison faite de pierres plates, de mortier et de bardeaux d’ardoise. Il aimait son plateau montagneux situé au cœur d’un massif granitique perdu au nord du royaume d’Huimland. En bref, il aimait sa vie.
Aujourd’hui, pas plus qu’un autre jour, il ne réussissait à détourner le regard des sommets enneigés qui environnaient ses terres. Dès son plus jeune âge, il apprit à aimer les transhumances, occasions rêvées pour son naturel pensif de se libérer et de calmer son esprit. C’est lors de ces moments qu’il avait appris à apprécier le paysage et la senteur des herbes.
A ses côtés, marchait son fils ainé, Nathan. Ils menaient la soixantaine de moutons qui composait le troupeau familial en un autre alpage. Promettant un nouveau mois tranquille à guetter l’horizon.
Alors que le grand bélier noir tentait de quitter la route, entrainant avec lui les brebis, Archéos dit à son fils de prendre garde au ravin dans lequel coulait le petit torrent qui alimente en eau la vallée.
Ce dernier, voyant également que le troupeau s’écartait du droit chemin partit avec Jack, le grand chien de la famille. A force de cris et d’aboiements tout ce petit monde se remit en place et repartit en direction de la pâture d’alpage.
Une magnifique journée commençait! Archéos se dit que rien au monde ne pourrait le troubler, pas même Ariane, sa femme. Depuis déjà vingt ans, elle ne supportait plus le travail de son mari. Tous ces jours passés loin de la maison, à garder les bêtes avec un de ses fils Avaient troublé petit à petit la bonne ambiance de la famille. Archéos ne demandait qu’à donner un peu d’amour et en recevoir en retour, malheureusement la vie n’était pas ainsi faite. Avec le temps sa relation de couple s’était dégradée. Au point que désormais, bien que ressentant toujours un amour tendre envers Ariane, c’était avec soulagement qu’il quittait la maison pour aller garder les bêtes pendant quelques mois, avec seulement quelques rares retours à la maison pour se ravitailler.
“Aujourd’hui, est un grand jours, Nathan.”dit-il à son fils.
L‘ambiance dans le palais était à la fête aujourd’hui. Une fois de plus! Les convives allaient et venaient dans les somptueux couloirs, se servant d’Ambroisie et de Nectar sans aucune retenue.
Tout dans la décoration sentait le luxe et le plaisir. Pour l’occasion, de grandes draperies avaient été tendues aux plafonds et aux murs, afin de rehausser la beauté des statues nues et des vases en or.
Athéna et ses suivantes, comme à l’habitude, tentaient d’aguicher les jeunes dieux, les piégeant avec d’habiles discours au recoin d’un couloir ou carrément de manière effrontée au vu et au su de tous. Toujours à la recherche de petits plaisirs ou de mesquineries, cette petite bande féminine collaborait largement au dévergondage de la fête.
Alors que la belle guerrière échangeait des banalités avec Zircas, le jeune athlète paré d’une toge carmin et de discrets bijoux, elle tenta de l’attirer à l’écart des autres. Mais, Apollon dans toute sa splendeur vint faire ombrage à la subtile beauté de notre jeune dieu.
Pourtant sa déception fut de courte durée. En effet, Artémis qui s’était récemment entichée du jeune dieu, sauta sur l’occasion pour conquérir la proie de sa maîtresse.
Après avoir parlé de chasse, mangé les mets raffinés et participé aux mondanités protocolaires, ils se retirèrent afin de passer une nuit un peu plus intime.
Pourtant, Zircas en avait assez de sa vie. Marre de tout le temps devoir se préoccuper des complots de ses compatriotes, marre de toujours goûter aux même plats si parfaitement préparés que nulle variation des saveurs n’existait. Il en avait également marre de toujours être la cible de déesses avides de sexe et de nouvelles aventures.
Car sa vie manquait de passion. Elle était tellement parfaite qu’il en était arrivé à s’ennuyer. Il recherchait un peu d’amour, cette chose que même la déesse Aphrodite ne comprenait pas pleinement. Il avait observé les passions des hommes, si éphémères mais pourtant si profondes. Tellement intenses qu’il s’était mit à envier ces êtres si inférieurs.
Depuis quelques temps la morosité rongeait son esprit. Il n’arrivait plus à éprouver de réel plaisir aux mains des jeunes déesses, n’appréciait plus vraiment le sport. Il ne goûtait plus les saveurs exquises de la nourriture, ni n’appréciait la beauté de l’Olympe.
C‘est pourquoi un beau jour, violant de nombreuses règles, il quitta le mont Olympe pour se rendre sur la terre des hommes. Arrivé sur place, il prit pour un temps plaisir à rabaisser ces derniers, à les terroriser ou à s’adonner à de petites mesquineries ayant souvent pour conséquence de briser l’amour entre deux jeunes gens. Les règles des relations humaines restaient toujours hors de sa portée. Il ne parvenait pas à en comprendre le fonctionnement. C’est pourquoi, la jalousie grandit en lui se changeant petit à petit en une haine farouche. Ne pouvant obtenir lui-même de l’amour, il entreprit de punir les hommes de l’affront dont il était la victime. Il brisa des couples, prit l’apparence de jeunes époux afin d’abuser la confiance de leurs compagnes pourv les perdre dans des bois obscurs ou encore les violer brutalement.
Mais tout cela ne lui donna pourtant pas ce qu’il cherchait. C’est pourquoi il finit par se lasser et décida de parcourir le monde des hommes de long en large jusqu’à trouver l’amour.
Par un beau jour d’été, il arriva en vue d’une haute chaîne de montagne. Aux pieds du plus proche sommet, il trouva une petite ville, respirant l’opulence et le bonheur. Il usa de son pouvoir de dieu pour se faire présenter chez le gouverneur local et passa une soirée comme un roi. A cette occasion, il apprit de Dominique, la plus jeune fille du gouverneur, qu’un berger prospère produisant une si bonne laine vivait dans les montagnes voisines juste de l’autre coté de la frontière d’Huimland.
Le lendemain, dégouté par les babillages de ces êtres si méprisables, il effaça la mémoire de tout le palais et attira la maladie dans les murs de la ville.
Il repensa à son acte alors qu’il prenait la route des montagnes et se dit que sincèrement ces chiens d’humains ne méritaient pas mieux. Ils avaient osé lui adresser la parole!
Alors il continua sa route tout à fait satisfait de ses actions.
Arrivés à l’alpage, Archéos et Nathan prirent une petite heure pour remettre en état le refuge de pierre sèches qui les abriterait pendant les deux mois à venir. Ce dernier était situé à proximité du torrent où les bêtes pouvaient boire et offrait une vue imprenable sur le cirque de montages où ils avaient conduit le troupeau.
Ici l’herbe bien que rase et drue à cause de l’altitude était abondante et riche en minéraux, permettant de fortifier la santé des bêtes. C’était le secret tant envié d’Archéos. La raison pour laquelle sa laine était la meilleure. Contrairement à ce que pensaient les gens ce n’était pas sa méthode de filage qui faisait la différence, mais bien la qualité de ses pâtures.
Il passa deux semaines de bonheur avec son fils, jouissant du soleil et du paysage. Au début de la troisième semaine, ils partirent chasser la marmotte, car ils avaient rudement besoin de renouveler leur stock de suif et de viande.
Ainsi, ils se séparèrent, prirent en tenaille un terrier de marmottes et se mirent à l’affut de deux des entrées du terrier. Un quart d’heure plus tard, Nathan vit une guetteuse ressortir prudemment du sombre trou qui s’ouvrait environ un mètre en dessous de lui .
Voyant là sa chance de prouver à son père que son talant n’avait en rien diminué depuis la saison passée, il arqua son bras et d’une puissante détente décrivit un arc de cercle avec son bâton dans le but de briser la nuque du paisible rongeur.
Malheureusement, la guetteuse vit un gypaète dans le ciel, et accompagné du sifflement caractéristique de cette espèce se terra hors d’atteinte. Nathan rata son coup. Et son bras, entrainé par le poids du bâton vint heurter le bloc de granit derrière lequel il se cachait. Déséquilibré, Nathan poussa un cri avant de tomber à la renverse en bas du ravin
Depuis les hauteurs, Archéos ne pu que contempler, impuissant, la chute de son fils et lui crier gare. Ne le voyant pas se relever, il descendit en courant les trente mètres qui le séparaient de Nathan.
Il prit son fils bien-aimé dans ses bras et recueillit les derniers mots qui s’échappaient d’un corps brisé : “je t’aime p’pa”.
Alors, que son fils rendait son dernier souffle, il partit d’un grand cri grave et profond, exprimant ainsi tout son désespoir. Il maudit les dieux et leurs cruels jeux, il maudit le destin qui lui enlevait son fils ainé alors qu’il en avait besoin. Et surtout il maudit les dieux pour leur malveillance à l’encontre de sa famille. Déjà trois fils que la montagne lui prenait. Sa femme ne l’aimait plus et bien quil soit prospère, la concurrence des riches marchands du sud rendait sa vie bien plus rude d’années en années.
Une heure plus tard, il prit le chemin de sa maison, portant la dépouille de son fils au creux de ses bras.
La malédiction d’Archéos heurta Zircas de plein fouet. Il tomba à genoux, le souffle court. Qui? Comment? Pourquoi? Ces questions déferlèrent dans son esprit et repartirent aussi soudainement qu’elles étaient apparues, chassées par les réponses. Un homme! Son berger! Il s’évanouit. Plus tard, alors qu’il se réveillait avec l’impression qu’on lui vrillait le crâne, il tenta de comprendre ce qui s’était passé. Aucun homme ne peut accéder au pouvoir primordial. Aucun homme ne peut réaliser une malédiction. Sauf peut être les plus puissants chamans plongés dans une transe comateuse.
Pourtant Archéos avait réussit. La puissance de son désespoir lui avait conféré le pouvoir. Et maintenant, sa malédiction allait tuer Zircas. Le jeune dieu prit conscience de cet état de fait dès la fin de son raisonnement. Il sentit la peur serrer ses entrailles. Accélérant son voyage, il se transporta à proximité du berger.
“Pourquoi?”demanda-t-il d’une voie d’où sourdait la douleur. “Pourquoi vouloir ma mort?”
Archéos sursauta en entendant la voix sortir du bosquet d’ifs sur sa gauche. Qui pouvait bien être là? Qui pouvait bien venir contempler sa souffrance. “Qui êtes vous?” répondit.-il d’une voie cassée.
La réponse qui lui parvint n’était pas celle à laquelle il s’attendait. “Je suis un dieu. Pourquoi vouloir ma mort? Qui es-tu toi pour maudir
Demiandre
La partie d’échecs
Gal-el’Aieldron regardait la Terre, sphère parfaite sauf pour les montagnes et chaînes telluriques qui parsemaient sa surface. Dans le ciel, la lune parcourait son chemin quotidien. Enfin, quotidien d’un point de vue terrestre. Selenocentriquement, cette farandole durait en réalité 28 jours. Mais lui ne voyait pas ceci ainsi. Il avait comme repère la galaxie entière. La lune allait cependant bientôt disparaître derrière la courbe de la Terre, baignant pendant quelque durée la planète dans l’ombre, avant que son alter-ego ne prenne le relais. La journée n’allait pas différer de la précédente. Mais sur la surface… Beaucoup pouvait changer sans que cela ne fasse de différence. Il s’écarta de la fenêtre de son palais et se mit à table, où se trouvait un objet lisse et parfaitement rond, luisant d’une douceâtre lumière rosée. Posant ses mains, paumes vers l’objet de chaque côté, il fut assailli de voix l’implorant, l’invoquant, le louant. De l’autre côté de la pièce, il vit Le-lag’Nordleia, son antagoniste, faire la même chose devant une sphère nimbée d’une couleur bleu nuit.
Alors que Gal-el souffrait en entendant les supplications de son peuple, Le-lag semblait se réjouir… Un Dieu cruel et impitoyable.
Hashrek regardait par l’ouverture de sa tente la lune se coucher. Il faisait cela chaque matin. La clarté qu’elle offrait à la nuit, une douce aura, l’apaisait. Elle allait bientôt disparaître pour être remplacée par le soleil impitoyable. Il se détourna de l’entrée et se dirigea vers un coffre au pied de sa couchette, dont il sorti des vêtements propres. Une fois vêtu, il s’agenouilla et pria pour survivre un jour de plus, comme chaque matin. Il pria aussi pour la victoire, et pour la liberté. Une fois fait, il se leva, prit ses armes, et se rendit sur le champ de bataille. Il monta à cheval, et écouta le rapport de ses officiers, et les conseils de ses prêtres. Il regarda le camp adverse avec sa longue vue, et vit le misérable Kerhsah monter à cheval. Son camp se trouvait de l’autre côté de la vallée, leur champ de bataille.
La guerre durait maintenant depuis un mois, et les deux leaders avaient décidé de finir cela une bonne fois pour toute ici. Ils avaient décidés de plus de se rendre tous deux, sans escorte, dans le pavillon en train d’être monté à mi-chemin des deux camps, pour parlementer une dernière fois. Pour essayer d’éviter ce bain de sang.
Mais Kerhsah ne l’entendait certainement pas de cette oreille. Un homme cruel et impitoyable.
Gal-el s’assit en face de son antagoniste, face à un plateau de 144 cases par 144, de quatre couleurs différentes. Bleu, Rouge, Noir et Blanc. De chaque côté de ce plateau se trouvaient des pions ronds et plats en bois gravé. Certains montraient des hommes à pied, d’autres montés sur des chevaux, ou d’autre avec d’étranges machines à leurs côtés. Gal-el et Le-lag se regardaient, les yeux fixes. Leurs deux pions principaux, les Auriques, étaient des pièces en or massif placés au milieu du plateau, en quinconce. L’Aurique de Gal-el sur une case blanche, l’Aurique de Le-lag sur une case noire. Ils continuèrent à se fixer du regard, concentrés sur leur pièce au centre. Celles qui tapissaient leur côté du plateau ne méritaient pas leur attention pour le moment. Ce moment serait bientôt venu.
La subtilité de ce jeu ne réside pas dans la stratégie, mais dans le mystère. On peut balayer l’ensemble du plateau du regard, sans savoir pour autant qui pourra remporter la partie. Car chaque pièce a une valeur cachée. Défense et Attaque. Ces valeurs, peintes sur l’autre face du pion, ne sont connues qu’au dernier moment, pendant une confrontation entre deux pièces. Et c’est bien pour cela qu’il est très dur de gagner au Falshoss Daini. Et les Auriques avaient aussi une troisième valeur, plus aléatoire. Une sorte de Bonus.
Hashrek se tenait face à son pire ennemi. Dans la même tente, seuls, et décidés. Ils restèrent longtemps sans parler. Il se décida et prit la parole.
« Ce que tu fais est intolérable. Gal’el ne le permettra pas ! Il t’empêchera de nuire. La destruction que tu causes, la mort que tu sèmes sur ton passage, il les défera, et tu giras, ensanglanté, sur les terres que tu cherchais à conquérir. Abandonnes maintenant, et je te laisserais la vie sauve. Pars, et ne reviens jamais ici. » Il le regarda, résolu, et tenta de deviner ce que son adversaire pensait. Il se remémora les premiers jours de la guerre, quand des messages arrivèrent par légions de pigeons, lui annonçant que des barbares inconnus avaient attaqué les territoires limitrophes et commençaient à pénétrer la frontière, semant le chaos.
« C’est toi qui va périr ici, Hashrek ! Ta vaine résistance ne te mènera nulle part. Nous continuerons à avancer, à piller et à détruire au nom de notre Dieu, le puissant Le’lag. Ton armée ne peut rien contre nous. Nous vous anéantirons, et vous nous implorerez grâce. C’est la fin qui se joue maintenant. Le dernier acte de cette pièce macabre se jouera avec ta mort sur scène » dit-il avec une pointe de colère, avant de finir son discours avec un rire brutal et perçant les tympans.
Gal’el avança son premier pion, commençant à préparer sa stratégie en concentrant son attaque sur le flanc gauche. Le’lag mit parallèlement son plan en action en attaquant brutalement de front. Il avançait en ligne droite, tandis que Gal’el tentait sa percée. Peu à peu, les pièces bougèrent dans une virevolte permanente de bois, sans qu’aucune main ne les touches. Les pièces étaient à un endroit, puis subitement à un autre, sans aucune transition. La volonté des Dieux changeait littéralement de place les objets, et bientôt, les premiers combats s’engagèrent entre les pièces adverses. Les échanges étaient équilibrés, chacun perdant des pièces dans ces escarmouches. Mais l’avantage était à Le’lag, qui avait commencé les hostilités et qui avait un coup de retard. En observant le plateau, et en analysant les milliers de combinaisons possibles, Gal’el comprit qu’il faudrait prendre garde.
Chaque coup devint plus réfléchi, chaque tour plus tendu, chaque attaque plus ardue…
Hashrek regardait le champ de bataille alors que ses cavaliers partaient vers la gauche pour harasser les flancs de lanciers de Kerhsah. Cependant, celui-ci attaqua directement. Il ne semblait pas prendre part à une stratégie particulière, mais semblait prit dans la frénésie de l’attaque, la furie de la colère.
Des deux côtés des soldats tombèrent, alors que les ennemis se rencontraient sur le champ de bataille. Des troupes entières décimées jonchaient le sol, alors que les combats duraient depuis maintenant une demi-journée. Presque en retrait, l’armée de Hashrek utilisait les prêtres pour se protéger. Ils lançaient des incantations, des litanies qui formaient autour d’eux des écrans invisibles mais compacts, au travers desquels rien ne passait. Pas même les voix.
La progression de Kerhsah ralentie, les soldats de l’alliance se reposèrent, profitant du répit pour guérir les éventuels blessés ou pour récupérer des forces, tout en établissant une nouvelle stratégie, réfléchissants aux prochains mouvements de l’adversaire.
De l’autre côté, Kerhsah semblait préparer quelque chose de mauvais. Des soldats se tenaient en rang très serrés près de carrioles et de chevaux de bat. Derrière eux, d’autres soldats semblaient s’affairer. Hashrek n’en était nullement rassuré…
Gal’el souffla, alors qu’il pensait tenir la main haute sur cette partie. Cette dernière était beaucoup plus serrée qu’il ne l’avait envisagé, bien qu’il connaisse toutes les façons dont ceci aurait pu tourner. Le secret de la valeur des pièces rendait le jeu aléatoire au possible. Il avait dû jouer un de ses atouts, ce qui lui avait permis de gagner du temps, mais ne lui permettrait pas au final de gagner. La lutte était mal engagée pour lui. De l’autre côté du plateau, Le’lag avait encore une poignée de pions inconnus, couvert par une rangée de soldats. Il semblait les préparer à attaquer.
Le coup suivant fut une torture pour Gal’el. Ces pions inconnus avaient une force de frappe extrême ! Bien supérieure à la défense de ses prêtres, qu’il avait révélée plus tôt. Il changea automatiquement de stratégie, se lançant dans l’attaque de ces pièces maléfique. Beaucoup de ses pions périrent dans l’assaut, tandis que la rangée de soldat protégeant les artilleurs de Le’lag tombaient un par un, les laissant sans défense, ou presque. Seul la présence de son Aurique dans l’attaque avait permis à Gal’el de réduire les pertes.
Il commençait à perdre espoir en la victoire…
Hashrek perdait espoir. Il vit l’artillerie de Kerhsah détruire littéralement ses défenses. Il ne pouvait rien faire pour l’empêcher, à part détruire ces unités. Il prit la tête de la charge, se rendant derrière les lignes ennemies. Ses prêtres étaient dans un sale état, et il savait qu’il ne tiendrait pas longtemps si ces canons continuaient à réduire ses troupes en morceaux.
Il criait à ses cavaliers, les exhortant dans leur attaque suicide. Ils reprirent confiance et défirent les soldats qui gardaient les pièces d’artilleries, laissant le champ libre à ses guerriers pour détruire ces machines infernales. Mais il était en mauvaise posture, perdu au milieu de l’armée de Kerhsah. Les survivants de cette attaque battirent en retraite, afin de revenir derrière la protection des prêtres restant, et reformer la stratégie.
Kerhsah avait disparu. Il ne le voyait nulle part. Il tourna la tête de tous les côtés, mais il ne parvenait pas à le retrouver. Soudain, il senti une lame traverser son corps, et couper ses chairs. Du sang gicla et coula le long de son ventre. Il baissa la tête pour comprendre, mais ne vit qu’une large plaie, sans voir l’objet qui le transperçait. Mais elle était encore là. Les soldats autour de lui le regardaient avec des yeux horrifiés. Il se retourna avec difficulté, mais ne vit rien qui expliquait ce qu’il se passait.
Il commençait à perdre conscience…
Gal’el ragea en voyant l’Aurique de Le’lag tuer son Aurique. Il n’avait pas prévu ça, et n’aurait jamais pu le prévoir. Avec sa mort, les soldats autour perdaient en vigueur et furent bientôt décimés par les pions adverses. L’invisibilité ? Quel genre de joueur pouvait utiliser cette technique si déloyale ?
Les prêtres furent à leur tour décimés, et Gal’el sentit la fin venir. Il avait perdu. Son armée, son peuple et son Roi étaient morts, ou mourraient, et il allait bientôt subir le même sort. Sans croyant, sans fidèles, sa vie n’avait plus aucun sens. Leur vie ETAIT le sens de sa vie.
Dans un dernier rictus, Gal’el périt, maudissant Le’lag. Et dire que ce Dieu était issu d’une scission dans sa propre église. Le pire des Déicides que cette Terre n’aie jamais connu.
Il était mort…
Galain
Mouvement perpetuel
L’homme, dans les faubourgs d’une ville dont il ignorait le nom, récitait, murmurant, à toute heure du jour ; du plus petit matin jusqu’à la venue du grand soir, une histoire – la seule – que sa mère, avant de mourir, lui avait raconté. Il se posait contre le coin d’un mur, regardait le passage et cueillait rarement, au hasard des passants, des sourires, des regards et des coups. Parfois, la chance avait le visage d’une pièce ou deux tombant d’une poche jusqu’à ses mains ouvertes et, la chance, là, avait un visage, un visage si fort dans la grisaille ensoleillée de sa ville, qu’il ne l’oubliait pas.
L’histoire, elle, tournait toujours et sa langue, récitant inlassablement les mêmes mots, les même phrases, chantant sans arrêt la même musique fatiguée, s’était tordue étrangement et avait fini par prendre la forme de son conte. De fait, il ne pouvait plus rien dire d’autre que cette mélopée inlassable, narrant la légende d’un homme fait dieu et vivant, au milieu d’eux, jusqu’à mourir en chutant du nuage où il avait établi résidence. Les nombreuses péripéties qui nourrissaient ce mythe troublait tant le fil de l’histoire, qu’un passant curieux écoutant un temps le conteur, n’aurait pu identifier la musique première, le fond de la chose : si bien que des habitués du trottoir de cette partie de Chimilcalpan, aucun n’avait jamais pu entendre de bout en bout la fable.
Ses journées étaient faîtes ainsi et il n’eut pas songé changer ses habitudes. Parfois, un cireur de la rue d’Algardès, à deux pas de là, venait lorsque le soleil était au plus haut, lui donner un boc de purée ou quelque feuilles d’échi à mâcher. Le reste du temps, il réfléchissait à ce qu’il disait, il s’écoutait parler et pensait, à l’avance, à la façon dont le prochain mot serai prononcé ; tissant sans fin un monde sonore et rythmée où la voix était le seul horizon.
Un jour cependant, alors qu’il en était au moment où le dieu se penchait de trop sur le bord de son nuage et où, voyant le vide, il était prit d’un vertige – trop humain encore – et basculait terriblement dans le gouffre, un homme tomba. Autour, il n’était personne ; c’était l’heure déserte du petit jour, des arômes de fleurs de balcon, de la rosée tiède et de la terre brune de nuit et d’éclat de rêves. Il n’était personne, mais devant lui, une silhouette était allongée – comme morte – sur le sol terreux et était nimbée d’un panache poussiéreux levée par un brise invisible.
L’homme, continuant sa rhapsodie, ne pu s’empêcher de regarder, intrigué, cette masse de peau qui tâchait son horizon. Sans cesser à voix haute de réciter la suite de l’histoire, il réfléchi à ce qu’il venait de dire : « Tenochitikalan voulu voir dans le vide le visage mortel de celle qu’il avait perdu et il s’approcha, dans les nimbes vaporeux, du bord de son nuage. Là, alors qu’il cherchait au milieu des formes minuscules qui s’ébrouait de partout dans les monts, dans les forêts, dans les déserts et même parfois dans les airs, il ne vit rien d’elle et se pencha encore, encore, tant et si bien que, scrutant tantôt une ville, tantôt une île, il fut pris d’un vertige et tomba ».
Brisant toute les règles intérieures qu’il s’était fixé, il se déplaça comme il pu vers le milieu de la rue – les années d’immobilités avaient ankyloser ses membres de telle façon qu’il lui était difficile de marcher – et, s’approchant du visage souriant du corps, il blêmi. Là, dans la poudreur du sable, le corps était celui, il en était certain, de Tenochitikalan. Murmurant, il se souvint : « sa bouche le matin devait être comme la pierre rude de la cordillère ; blême dans les premiers rayons, elle luisait légèrement dans le soir et finissait, au point de la nuit, par disparaître. Son regard était celui des étoiles et, mortel, tous le trouvait le plus beau. Son visage en général avait la forme d’une carapace rude mais était si bien fait que sa joliesse était devenue proverbiale. Il était Tenochitikalan ; le plus bel homme que la terre d’Our n’avait jamais porté et ne porta jamais plus lorsque ses pieds eurent quittés le sol.»
Dans la rue toujours déserte, le vent encore s’était levé et la glèbe rouge collait à sa peau. Lui ne pouvait détacher ses yeux du visage clos du mort et, à mesure que le ciel montrait dans les nuages les reflets d’or du haut-matin, il croyait voir la peau de Tenochitikalan se muer imperceptiblement, devenir étoffe. Sa bouche ressemblait maintenant à une couture plus ou moins rouge, ses yeux étaient boutons d’un noir profond et tout son visage avait la consistance ténue du tissu.
Lorsque il aperçut au bout de la traverse la silhouette massive d’une troupe en arme venir vers lui, il traina, de toute ses forces, la peluche divine qui encombrait le milieu de la voie et, après des efforts qui lui parurent interminable, il parvint à la faire venir dans son coin ; contre le mur jaune où son ombre, en décalcomanie, ceignait son territoire. Les hommes passèrent sans rien voir de l’étrange couple – trop habitué pendant des années à chasser du regard le spectacle étrange et dérangeant d’un fou contant une histoire à dormir debout -.
Ainsi passèrent les jours. Chaque matin, lorsque ses murmures l’avait amené au moment fatidique, l’homme regardait le ciel et attendait, moitié effrayé, moitié abasourdis, et toujours, au moment même où il chuchotait « il fut prit d’un vertige et tomba », du haut d’une tour invisible, un corps tombait dans la rue, toujours déserte, de Chimilcalpan.
Alors, et selon un rituel qui lui était devenu familier, le conteur allait chercher ce qui se transformait déjà en une énorme peluche, et la glissait dans son dos, contre le mur. Derrière lui, au bout d’une semaine, un monticule improbable de velours, de satin, de coton et de boutons, où, au hasard du vent, un visage factice se dévoilait, montait à plus de trois ou quatre fois sa hauteur.
Au bout d’un mois, il devait grimper grâce à une petite échelle de corde qu’il avait confectionné, sur le monument d’étoffe pour jucher un corps de plus. Les passants eux ne remarquaient rien, aussi étrange que cela puisse paraître, cette partie de la petite rue payaso était devenu pour eux un trou, un vide, où il n’y avait rien à voir et où le regard ne s’attardait pas.
Au bout d’un an, son enchevêtrement de brocart surplombait à des centaines de mètre toute la ville et l’ascension prenait presque la moitié du jour ; si bien qu’il avait juste le temps de faire un aller retour entre le ciel et la terre avant que son histoire revienne au point magique où Tenochitikalan devait tomber. Parfois, il s’autorisait dans les hauteurs, une pause et regardait la ville rouge s’étendre sous ses pieds et mourir contre la cordillière, il pouvait même apercevoir d’ici la mer ; lointaine et fumeuse, dans le bleu indistinct d’un horizon immense.
La difficulté était de grimper, de trouver des prises dans les vêtements des dieux peluche, tout en esquivant au mieux les embrumes qui se faisaient à cette altitude plus fréquente. Des oiseaux même venant nicher dans les gouffres d’un tricot, lui barrait parfois la voie et risquait de le faire arriver en retard à son rendez-vous avec le mort.
Un jour, il parvint au nuage. L’escalade ce jour là lui avait prit plus de temps que d’habitude et il déboula au milieu de la blancheur bleutée du nimbus alors que la lune, dans le ciel, était haute et belle. Prenant appui sur le bord doux et tendre du brouillard, il se hissa sur ce qui devait être le premier nuage qu’un homme n’avait jamais foulé. Là, assis au milieu des volutes liquides, il regarda la courbure gracile de l’horizon et l’océan s’étendre. Il voyait partout les éclats pépillants des étoiles et rêvait, en regardant les bourrasques emporter des monceaux de ce qu’il considérait déjà comme son nouveau gîte.
Le jour se leva, effrayant et merveilleux, enflammant au loin d’abord la mer d’une multitudes de rouge et s’étendant à toute vitesse jusqu’à venir lécher ses pieds. S’était le matin, il se songeait au corps qui dans quelques minutes sans doute chuterait dans une rue véritablement déserte et resterait, trop visible, dans la petite rue rouge de Chimilcalpan. Il pensa alors avec frayeur que ce pantin de tissu découvert allait attirer l’attention et que son échelle serait certainement découverte.
S’approchant du bras de soie qui constituait l’accroche de cette échelle de tissu avec laquelle il était parvenu sur son nuage, il défit les liens entre le nuage et le membre de tissu et poussa de toute ses forces la tour de coton dans le vide. Celle-ci, après avoir dangereusement vacillée, s’effondra lentement dans les rayons du soleil et, alors qu’il craignait qu’elle s’écrase sur le monde, se vaporisa par magie et se transforma en un immense nuage.
Rassuré de ce savoir hors de porté des hommes, il s’approcha du bord de son nuage et regarda vers Chimilcalpan, intrigué de connaître le sort du jour de Tenochitikalan. N’y voyant rien et ne pouvant qu’apercevoir les monts et les plaines, les déserts et les forêts, il se pencha encore, encore…
Dans la rue del Sol, un homme pensant à voix haute, au même moment, chuchota : « tant et si bien que, scrutant tantôt une ville, tantôt une île, il fut pris d’un vertige et tomba ». A peine avait-il dit ces mots, qu’il vit l’incroyable se produire et un corps s’écraser contre la terre rouge de la petite rue déserte de Tilchalpan. S’approchant, il regarda dans les yeux du mort les dernières impression d’un horizon lointain et pensa, avec nostalgie, à ce qu’avait pu être la dernière journée de Tenochitikalan.