Archives des textes de la trentième joute.

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Thème : Nouveau printemps

Voici enfin la trentième joute de la Pierre de Tear, qui s’inscrit cette fois-ci dans le cadre de notre partenariat avec les éditions Bragelonne ! Comme vous le savez déjà, le 23 mars paraîtra la nouvelle traduction de la Roue du Temps, avec la sortie des deux premiers tomes, l’Oeil du Monde et la Grande Quête, ainsi que de la préquelle Nouveau printemps qui conte les aventures de Moiraine et Lan. Nous vous proposons donc de rédiger un texte sur le thème :

Nouveau printemps

Les textes sont en ligne ! Venez lire ici et commenter !

Les trois vainqueurs (choisis grâce aux votes des lecteurs) remporteront au choix le tome 1 de la Roue du Temps, nouvelle version, L’Oeil du Monde, ou bien la préquelle Nouveau printemps.

De plus, le participant ayant obtenu la première place gagnera également un kit presse de la roue du temps !


Les résultats sont ici !


Une seule participation par e-mail et par foyer (même adresse IP) est autorisée.
En cas de participations multiples ou d’adresse e-mail non valide, la rédaction de la Pierre de Tear ne tiendra compte d’aucune réclamation et aucun lot ne pourra être attribué. Le concours est limité aux résidents de France métropolitaine, Belgique, Suisse et Luxembourg. Il se déroulera du lundi 5 mars 2012 au mercredi 28 mars 2012 jusqu’à 23:59, heure de Paris. Les textes envoyés en dehors de ces dates ne seront pas pris en compte. Chaque texte sera ensuite soumis au vote des membres de la Pierre de Tear du 29 mars au 11 avril à 23:59. Les résultats seront rendus publics sur ce forum un jour plus tard. Seuls les textes envoyés via le formulaire “Soumettre un texte” de la section Grimoire du site seront valides, inutile donc de nous envoyer un mail. Les lots seront attribués aux textes ayant reçu le plus grand nombre de votes. En cas d’égalité, les gagnants ex-aequo seront tirés au sort. Les gagnants seront contactés par mail afin de transmettre leurs coordonnées à Bragelonne pour l’envoi du lot à partir du 12 avril 2012. La Pierre de Tear s’engage à ne pas transmettre à d’autres personnes ou sociétés les données des participants. Vous disposez d’un droit d’accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent (art.34 de la loi ‘Informatique et Libertés’ ). Pour l’exercer, adressez-vous ici.

(note de l’archiviste cosma : je conseil de regarder le kit de presse ces assez rigolo malgré un nom de sinitre mémoire qui apparait avec stephane Marsan

Les textes

Elles

Il aurait voulu pleurer mais comme les plaines alentour, son regard restait sec. Lorsque le Pouvoir avait été chassé de ce monde, avait-il emporté aussi l’eau de ses larmes ? Ou bien étaient-ce les longues années reclus sur ce tertre solitaire qui avaient modelé son visage et son cœur à l’image de ces terres désolées, tannées par le soleil et ridées par le vent ?

Çà et là, la silhouette racornie d’un arbre autrefois majestueux ponctuait le paysage, rappelant que là où s’étendait aujourd’hui un vaste désert, s’était trouvé hier un large et riant bocage. Le jour où dans sa colère aveugle, elle avait coupé la Source du Pouvoir, la vie s’était peu à peu tarie. Les forêts luxuriantes, les champs, les vergers, ne fructifièrent plus. Les oiseaux cessèrent de lancer leurs chants de séduction à travers les branches. La nature toute entière s’était tue, se refusant à se perpétuer, brisant le cycle éternel des âges. Les hommes eux-mêmes se désintéressèrent de leur prochain et des conflits fratricides éclatèrent dans tout le royaume, raréfiant un peu plus une population déjà privée de naissances. Et elle, qui contemplait la ruine de son propre univers du haut de son château, en riait-elle ? Était-elle enfin heureuse ?

Son cœur se serra. Aucune larme ne vint, et c’en fut encore plus douloureux. Comme si, comprimé par la culpabilité, il allait imploser en une poussière sèche. Si sèche.

Ces terres fertiles, cette faune et cette flore oubliée, ces hommes perdus, il en avait été le souverain. A ses côtés. Avec elle. Ensemble les deux jeunes monarques, sereins et justes gouvernaient un royaume paisible. Et puis le temps était passé sur eux. Et sur leur amour. Lorsque rien ne resta entre eux que la charge de leurs terres et de leurs sujets, il décida de partir. Égoïste, sans doute l’avait-il été mais…

Il lui avait semblé alors que c’était la seule chose juste à faire. La dysharmonie, puis la haine qui commençait à grandir au sein du couple royal ne pouvait être imposée au peuple qui finirait par en souffrir plus encore qu’eux deux. Sans lui, l’équilibre reviendrait. Du moins le croyait-il, à cette époque. Sincèrement.

Rien ne lui aurait permis de prévoir la réaction de la reine. Comment se douter que sa haine ne serait que renforcée, sublimée par cet abandon ? Il soupira. C’était son départ qui avait condamné le monde à cet hiver infernal dans lequel il était plongé depuis vingt longues et brûlantes années. Vingt ans à scruter les terres sèches et rouges, dans l’espoir d’un signe du retour du Pouvoir, dans l’attente d’un signe de vie. Vingt ans de marasme, dans une retraite solitaire, à vivoter de racines de plus en plus rares et de l’espoir qui s’amenuisait de retrouver un peu de paix et de douceur avant la fin de ses jours. A vrai dire, il la souhaitait plus proche chaque soir.

Interrompant le fil de ses pensées, il passa la main sur son visage. Assez de douleur pour aujourd’hui. Le soleil, rouge lui aussi, disparaissait déjà. Se retournant vers l’abri des rochers, il crut apercevoir un trait de lumière traversant le ciel, vers le levant. Demain serait un autre jour. Ou sans doute serait-il-le même.

***

Posté sur une hauteur, une nouvelle journée à surveiller l’horizon commençait. Le vent souleva un large nuage de poussière, au loin. Cela était nouveau ; le monde était devenu si immobile que même le vent semblait avoir perdu sa force de naguère. Cependant une simple bourrasque ne suffirait pas pour ramener la terre à la vie… Le soleil lui asséchait les yeux. Il détourna son regard pour scruter le couchant.

Ainsi, il ne la vit pas approcher.

Elle gravissait déjà les rochers lorsqu’il l’aperçut. Elle avait laissé son cheval – une bête magnifique, qui semblait venue d’un autre âge, un âge où l’herbe tendre couvrait encore les plaines – au pied du tertre, là où un filet d’eau sourdait. Son sourire le frappa en premier lieu. Puis sa beauté. Elle le salua, cordialement, comme on saluerait un ami perdu de vue. Méfiant, il lui rendit son bonjour. Sa présence même au sein de ce désert semblait déplacée, incongrue.

Ils parlèrent peu. Il décida de ne pas prêter attention à l’étrangère et de reprendre sa tâche immuable de sentinelle. Elle finirait par poursuivre sa route, sa monture une fois désaltérée. Cependant les minutes passèrent, puis les heures. Elle était venue s’asseoir à quelques mètres de lui. Tenant les genoux groupés contre sa poitrine, la tête penchée sur son épaule, elle l’observait. Parcourant comme à son habitude le paysage de son regard, il sentait les yeux de la jeune femme posés sur lui, graves et sereins. Cela l’irritait. Qui était-elle ? Il voulait qu’elle cesse ce manège, qu’elle s’en aille mais il n’osait la chasser, pour une raison qui lui échappait. Elle détournait ses pensées, l’empêchait de poursuivre son travail quotidien. Et si, à cause d’elle, il manquait le signe qu’il guettait depuis toutes ces années ? Si elle faisait échouer la mission qu’il s’était lui-même assigné ? La seule chose qui avait donné un sens à ses jours depuis la perte du Pouvoir lui échapperait alors. Il ne pourrait le pardonner à cette fille. Et d’ailleurs pourquoi le ferait-il ? Elle ne lui était rien… Rien.

A la nuit tombée, il quitta son poste d’observation, la laissant derrière lui. A l’entrée de son abri, il se retourna. Elle ne l’avait pas suivi. Au matin, elle serait sans doute loin. Il eut une nuit agitée.

Lorsqu’il s’éveilla, il rejoint le pic sur lequel il avait passé la journée de la veille. Il se surprit à la chercher en chemin, puis à quitter l’horizon du regard pour retrouver sa trace. Le soleil était déjà haut dans le ciel. Elle ne reviendrait pas. Au creux du ventre, quelque chose de nouveau. Un vide monstrueux et délicieux.

Puis elle fut là. Radieuse, elle tenait dans sa main un miracle.

Quelques fleurs malingres, qu’elle avait dû passer la nuit entière à collecter.

Elle s’avança, d’un pas léger et assuré, à travers les rochers. Il ne pouvait la quitter des yeux. Se hissant près de lui, elle lui prit la main. Pour la première fois depuis longtemps, il sourit. Il sentit le Pouvoir affluer à nouveau, remplissant son cœur, puis irradiant autour d’eux, s’étendant à nouveau sur la terre. Peut-être avait-il enfin expié sa faute, au crépuscule de ses jours. Peut-être que sa faute avait été de se fermer au monde. C’était fini, puisqu’elle était là, et qu’elle lui souriait en retour.

L’hiver pouvait revenir. Sans doute reviendrait-il. Au moins aurait-il connu un nouveau printemps

Keiran

Le Chant de l’Ancienne Contrée

Dans quelques instants, tout serait enfin fini. Neerin peinait à y croire. Comment une vie pouvait-elle basculer aussi brusquement sans qu’on s’en rende compte ? Doucement, elle cessa de se débattre, alors que ses paupières alourdies par la pression de l’eau, se fermaient sur les eaux sombres du lac.

Le vent était soudainement tombé lorsqu’ils avaient franchi le seuil de la clairière, et même si le froid ambiant était toujours aussi intense, celui-ci paraissait légèrement plus supportable en comparaison à l’air glacial qui régnait dans le reste de la forêt. Menant son cheval part la bride, Neerin se maudit intérieurement pour la centième fois depuis son départ. Dans la précipitation, elle était partie avec le strict minimum. De l’eau, de la nourriture, deux couvertures et quelques lainages. Tout le reste, elle pouvait s’en passer, avait-elle songé. Son erreur lui sauta aux yeux quelques heures à peine après. Il lui manquait tant de choses mais il était trop tard pour y remédier, il faudrait faire sans désormais. Ainsi, au beau milieu de la nuit, la jeune fille s’était emmitouflée dans sa veste doublée de fourrure et avait fui son village natal à dos de son hongre, dans la plus grande discrétion. Aux premières lueurs de l’aube, ils avaient atteint la lisière des bois de l’Ancienne Contrée. Des siècles auparavant, ce territoire inhospitalier avait été déserté par les hommes, la végétation ainsi que la faune y étaient devenues sauvages. Plus personne n’osait s’y aventurer. Cependant, les sages racontaient qu’il y subsistait une certaine forme de vie, des créatures étranges et malsaines qui étaient à l’origine de la déchéance de ce lieu. Depuis, il était formellement interdit à quiconque d’entrer dans les bois. Au fil des années, rares furent ceux qui bravèrent cet interdit, et encore plus rares furent ceux qui en revinrent pour le raconter. Bientôt Neerin ferait partie de ces légendaires personnages dont le courage ou la folie les avait poussés sur les chemins de l’Ancienne Contrée. Pour sa part, c’était le désespoir qui guidait ses pas et son cœur, dans lequel un sentiment grandissant lui intimait qu’elle n’avait plus sa place ailleurs que dans ces bois maudits. Au départ, ils avaient galopé de longues heures, suivant des sentiers bordés d’une végétation sauvage et inconnue, puis les arbres à l’aspect sinistre se firent de moins en moins espacés, rendant impraticable le chemin qu’ils avaient emprunté jusque-là. Neerin dut ainsi ralentir leur progression, elle avait démonté et continué en tirant doucement Khorst derrière elle. Ils devaient poursuivre avec prudence et il devenait difficile de voir vers où ils se dirigeaient. Par chance ils n’avaient encore rencontré âme qui vive. Les animaux mêmes semblaient avoir déserté les lieux. Toutefois, cela ne la rassurait pas pour autant. Tout paraissait trop calme. Seuls quelques cris d’oiseaux déchiraient le silence pesant de ce voyage vers l’inconnu. De temps en temps, une trouée parmi les frondaisons lui permettait d’apercevoir les minces rayons de soleil que ce froid mois de mars offrait. Ces brefs instants aidaient Neerin à estimer le temps qu’il lui restait avant la tombée de la nuit.

Epuisés jusqu’à la moelle, ils finirent par déboucher sur une clairière dégagée et parsemée de vieilles feuilles mortes où s’étendait un lac aux eaux noires. Alors que le soleil déclinait, la jeune fille s’autorisa enfin à ralentir et Khorst lui parut en être reconnaissant. Ils avaient besoin tous les deux de repos et d’un bon repas. En réalité, même le plus maigre aurait largement fait l’affaire. Neerin noua solidement la bride de son hongre autour d’un tronc rabougri qui tentait maladroitement de se dresser dans ce lieu abandonné. Celui-ci flanquait une petite bâtisse qui tombait en ruine et dont de nombreuses pierres s’étaient effondrées au fil des années. Et tandis que la luminosité baissait à vue d’oeil, et que les eaux du lac se mouvaient au rythme de la nuit qui tombait, la jeune fille se rendit compte qu’elle observait pour la première fois ce nouveau monde qui l’entourait. Maintenant qu’elle détaillait avec attention la clairière, Neerin apercevait la vie nocturne qui régnait en ce lieu. Sur la berge poussaient des roseaux qui ployaient sous le poids des insectes nichés sur leur extrémité, la jeune fille entendait distinctement le froissement léger de leurs feuilles entre elles. De temps à autre, la surface miroitante de l’eau était perturbée par quelques grenouilles aux couleurs étranges en quête de mets appétissants. Un hibou, ou du moins quelque chose qui s’en rapprochait, était posté sur une haute branche, ponctuant de ses ululements la nuit sombre qui s’installait petit à petit tandis que l’astre lunaire faisait son ascension. Caressant le museau moite de Khorst d’une main, Neerin plongea la deuxième dans sa besace, pour en sortir une pomme jaunie que le cheval accepta promptement, avide de ce délice. La jeune fille se surprit à penser qu’elle devrait se dépêcher si elle voulait inspecter la bâtisse pour y passer la nuit. Elle n’avait rien pour s’éclairer, ni même pour faire un feu d’ailleurs, il fallait donc simplement espérer que le toit à demi-effondré laisserait passer assez de rayons de lune. Toutefois, l’idée de passer la nuit dans cet endroit décrépit ne la rassurait guère, peut-être valait-il mieux qu’elle se blottisse contre le flanc de son cheval. Ils se tiendraient chaud mutuellement, et elle aurait plus de facilité à déterminer l’approche d’un quelconque assaillant, s’il devait y en avoir un. Chassant tous ces questionnements de sa petite tête fatiguée, Neerin souffla. Que faisait-elle aussi loin de chez elle? Durant leur course folle, elle s’était dirigée au cœur de la forêt sans même sans rendre compte, comme si un lien invisible la guidait irrémédiablement vers cet endroit, et maintenant qu’elle s’y trouvait, la jeune fille se surprenait à penser naïvement qu’une solution aurait pu être trouvée sans qu’elle soit forcée de fuir son foyer. Bien entendu, ce n’était que folie, au fond d’elle-même, la jeune fille savait qu’elle avait fait le seul choix qui lui était possible. Une larme s’écrasa sur le sol tandis qu’une autre dévalait déjà sa joue. Du revers de la main, elle essuya son visage aux traits encore si enfantins et ravalant tant bien que mal ses larmes, Neerin se fit courage, elle aurait eu toute la nuit pour s’apitoyer sur son sort, elle devait se retenir encore un peu. S’emparant de son outre vide, elle s’accroupit au bord du lac, l’eau paraissait saine et la soif la tiraillait depuis le milieu de l’après-midi, donc quoi que celle-ci puisse contenir, il fallait qu’elle boive au moins un peu, et Khorst aussi. Pendant quelques instants, elle observa son reflet ainsi que celui de la Lune qui trônait au-dessus des flots qui semblaient s’être transformés en un miroir géant. Elle observa son expression triste, ses yeux verts, bouffis par les larmes, ses cheveux d’ébène cascadant sur ses épaules et ses lèvres qui autrefois s’étiraient dans un radieux sourire. Un long soupir s’échappa de celles-ci. Ôtant le bouchon de l’outre, la jeune fille se pencha et plongea la main dans l’eau glaciale. Il était probable que le soleil ne s’attarde pas souvent sur cette étendue. Alors qu’elle entendait la poche se remplir doucement, quelque chose lui agrippa le poignet et l’entraina soudainement vers le fond du lac. La dernière chose qu’elle entendit fut Khorst hennir derrière elle. Sa chute dans l’eau froide lui coupa le souffle. Tentant de reprendre ses esprits, Neerin se débattit pour refaire surface, mais plus elle luttait, plus elle semblait s’entraver dans les multiples couches de vêtements qu’elle portait. La jeune fille voulait crier, mais il n’y avait que l’eau pour l’accueillir sa détresse. Se sentant sombrer, elle se dit qu’il était peut-être légitime que ça se termine de la sorte. Dans quelques instants, tout serait enfin fini.

Deux bras puissants la tirèrent avec force hors des profondeurs noires, et soudain elle sentit toute l’eau qu’elle avait ingurgitée, ressortir par flots de sa bouche. Neerin toussa douloureusement, encore étourdie elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Quand ses yeux y virent un peu plus clair, elle distingua, penché sur elle, l’homme qui venait de la sauver. Ses yeux couleur ciel d’hiver la scrutaient pour savoir comment elle allait, tandis que ses cheveux clairs et trempés lui collaient au visage, ruisselant sur son torse nu. Neerin s’aperçut alors qu’il l’avait enveloppée dans ses propres vêtements pour la réchauffer.

-J’ai bien cru que c’en était fini, lui dit-il d’une voix grave et essoufflée. Doucement, il la souleva et la déposa près du hongre qui paraissait s’être calmé. Un million de questions se bousculaient dans sa tête, mais elle ne savait pas par quoi commencer. Bredouillant un faible merci, elle le laissa continuer, la jeune fille était encore trop secouée pour parler. Revêtant sa chemise, il lui raconta comment il l’avait sentie à travers les bois, sans quoi il n’aurait jamais pu arriver à temps. Pourtant Neerin ne comprenait toujours pas. Il fit alors allusion à un certain pouvoir qu’elle dégageait, et la jeune fille se raidit aussitôt. Hésitante, elle extirpa l’une de ses mains de l’épais veston qui la recouvrait et la présenta au jeune homme. Les extrémités de celle-ci brillaient d’une étrange lueur bleutée, comme si des volutes d’énergie dansaient autour de ses doigts fins. Elle ferma les yeux, honteuse. Tout ce qu’elle avait tant désiré cacher, était finalement exposé aux yeux du Monde. Sans la moindre crainte, il prit sa main entre les siennes et la referma délicatement.

-Je sais, fut son unique commentaire, sa voix était douce et réconfortante. Ici tu n’auras pas besoin de te cacher.
Toutes les peurs de Neerin volèrent en éclat à cet instant précis. Elle ignorait quel lot d’inquiétudes le lendemain lui apporterait, un nouveau sentiment prenait racine dans son cœur meurtri. Une lueur d’espoir venait de naitre tel un printemps tardif.

Aramina

Nouveau printemps

Marie respirait avec peine lorsqu’ils arrivèrent au bord du lac. Elle sentait les gouttes de sueur glisser le long de son cou et son corps reposait lourdement sur le bras galamment offert par Mathieu. Celui-ci avait l’élégance de feindre de ne rien sentir ; pourtant elle lisait dans ses traits combien le trajet l’avait éprouvé. Cela faisait tant d’années qu’ils se connaissaient…
En silence ils s’assirent sur les troncs installés en larges cercles par les jeunes couples du village. Parler après un tel effort ne leur aurait pas été possible, mais les mots ne leur étaient plus nécessaires pour se comprendre. Petit à petit les troncs se remplirent, toujours sans un bruit, par fatigue, excitation ou par peur de briser la magie de cette soirée.
Marie glissa sa main dans la main de Mathieu qui, comme toujours, la serra légèrement. C’est aussi pour ces petites habitudes rassurantes qu’elle l’aimait tant. Elle déposa sa tête contre son torse et, des larmes de joie dans les yeux, elle regarda le soleil lentement décliner. Lorsque les derniers rayons disparurent derrière l’horizon des bruissements se firent entendre dans la forêt proche.
« Ça va commencer » chuchota-t-elle tant pour Mathieu que pour elle même.

Effectivement les premières créatures sortirent d’entre les arbres pour approcher du lac. Leur corps de cheval luisait de milles flammes dans le crépuscule tandis que leur buste humain se dressait fièrement offrant leur majestueuse nudité. Personne ne savait d’où ils venaient et personne ne se seraient risqué à les suivre de peur de faire fuir définitivement ces visiteurs du printemps.
Car tous les ans, depuis aussi longtemps que les habitants se souvenaient, le même rituel se reproduisait. La dernière nuit de l’hiver ces êtres se réunissaient près du lac et offraient à tous un nouveau printemps.
Marie frissonna. Toute sa vie ne tournait plus qu’autour de cette soirée. Elle supportait les douleurs et les difficultés de l’année uniquement grâce à l’attente de ce soir là. Mathieu en était bien conscient, elle s’effaçait de plus en plus, s’éloignait de la vie elle-même. Mais ce soir là ses yeux s’illuminaient, ses joues reprenaient des couleurs et il retrouvait sur son visage ce sourire qu’il aimait tant.

Douze printaniers, comme les nommaient les gens dans la confidence, faisaient maintenant face au lac. Aucun d’entre eux n’avaient jamais ne serait-ce que jeté un regard aux villageois. Ils semblaient totalement inconscients de la présence des humains autour d’eux ou ne les jugeaient pas plus digne d’attention que les branches et pierres qu’ils croisaient. Flancs contre flancs, tournés vers les eaux, d’une seule voix ils se mirent à chanter et la magie opéra.
Dès les premières notes une brise légère se leva et apporta une nouvelle vie au monde qui les entourait. Marie soupira de soulagement, ils étaient venus et le charme agissait toujours. Ils ne leur avaient jamais fait défaut mais plus les années passaient et plus elle redoutait que leur voix laisse leurs espérances sans réponse. Mais le souffle venant des cieux avaient bien répondu dès les premières notes et ses effets étaient déjà visibles sur la nature. Les dernières traces de l’hiver s’effaçaient, de jeunes pousses couvraient déjà le sol et les premiers bourgeons apparaissaient sur les branches. Marie se retourna vers Mathieu :
« Regarde-moi ».
Mathieu s’exécuta et lui sourit tendrement.
« Que veux-tu faire ce soir » lui demanda-t-il par jeu. Il connaissait très bien la réponse, la même tous les ans.
« Je veux danser toute la nuit ». Et il lui tendit une main pour la guider jusqu’au centre du cercle.

Marie riait aux éclats, virevoltant, ses pieds touchant à peine terre. Toute sa fatigue était oubliée. Elle chavirait dans les bras de Mathieu sur des rythmes lents, ils tourbillonnaient sur les chants entraînant et elle ondulait ses fines courbes devant lui lorsqu’il s’asseyait quelques minutes pour mieux la contempler. Ses cheveux dans les yeux, débordante de bonheur, elle traversa la nuit comme une étoile filante au centre de la piste.
Au petit matin elle s’arrêta face à Mathieu et lui dit d’un ton solennel :
« Je veux me voir ».
Ils se dirigèrent alors au bord du lac et s’accroupirent au bord du rivage. Inconsciente de l’humidité qui gorgeait sa robe elle contempla son reflet dans les eaux claires du rivage. Ses cheveux blonds cascadaient sur ses épaules, encadrant son visage doux et harmonieux. Sa bouche dessinait un sourire mutin qui avait fait tourner bien des têtes. Mais ce que tous remarquaient en premier en découvrant Marie était ses grands yeux bleus striés d’or. Mathieu répétait inlassablement que ses yeux ressemblaient tant au ciel qu’ils avait réussi à piéger le soleil.
Sans quitter son image des yeux elle se releva lentement et dénoua les lacets de sa robe. Elle laissa glisser celle-ci dans un bruissement de tissu et pu observer tout son corps dans ce miroir aquatique. Sans la moindre pensée pour les villageois présents aux alentours, elle laissa ses doigts caresser sa peau blanche et ferme, ses seins rebondis et sa taille dessinée.
« Regarde-moi » demanda-t-elle pour la seconde fois à Mathieu. Ce fut bien inutile car pas une seconde il n’avait détaché son regard de sa femme, fasciné par l’aura qu’elle dégageait.

Mais le ciel déjà blanchissait et les étoiles s’éteignaient une à une dans le ciel. Les premières lueurs de l’aube repoussaient l’invitation de la nuit du printemps.
Mathieu enlaça Marie et lui murmura :
« Le jour se lève ma belle. Ils vont partir. Si nous ne rentrons pas maintenant le retour va être difficile »
Elle lui répondit dans une nostalgie déjà naissante « je veux rester jusqu’au bout. Chaque seconde de cette soirée vaut bien tous les tourments du monde ». Et elle retourna à son image, remplissant son âme de sa perfection que lui renvoyait la surface du lac.
Lorsque les premiers rayons du soleil transpercèrent le ciel, le chant des printaniers s’évanouit sur un dernier accord et la brise retomba. Lentement ils firent demi tour et regagnèrent le couvert des bois. Le charme était brisé, le temps et la nature reprirent leurs droits. Marie ne pu que regarder impuissante ses cheveux blanchir et se raréfier, sa silhouette se voûter et les rides estomper les charmes de son beau visage. Son 82ème printemps la quittait pour laisser place à l’hiver de sa vie. Mathieu remonta doucement sa robe sur ses épaules et lui pris le bras pour la guider sur le chemin du retour. Le trajet qui leur semblait si court dans leur jeunesse leur prendrait bien une heure à leur âge, à peiner entre les pierres et les fougères.

Le silence du retour ne ressemblait en rien à celui de l’attente du début de soirée. Mathieu voyait les larmes qui coulaient le longs des joues de sa compagne. Il s’arrêta et ce fût à son tour de lui dire :
« Regarde-moi »
Elle tourna son visage vers le sien, le regard baissé, honteuse de l’image qu’elle a présent à lui offrir.
« Je te vois comme au premier jour. Mon cœur te montre toujours aussi belle, pour moi tu n’as jamais changé. Et tes yeux… ils ressemblent tant au ciel qu’ils ont piégé le soleil. »
Ces mots lui arrachèrent un maigre sourire. Mais ses yeux restaient assombris et il pleuvait sur les joues de Marie. Jusqu’au prochain nouveau printemps.

Elora

Psyché

Une fois encore, ce n’est pas cette année que la créature pourra se transformer. La saison chaude a été rapide. Les jours raccourcissent et le froid se fait déjà sentir. La plaine a revêtu ses teintes grises et bleues, assorties au ciel pâle annonciateur de neige. Le vent du nord chasse les dernières feuilles des arbres et fait fuir les derniers animaux vers un climat plus tendre.

La créature déguste sa dernière proie. Elle sait qu’il va falloir attendre le printemps avant de gouter à une âme fraiche. Avec un peu de chance, la prochaine saison chaude durera un peu plus longtemps et des proies plus grandes viendront à elle. Cette dernière a cessé de s’agiter. Un peu de nectar de vie s’échappe encore, que la créature s’empresse d’aspirer. Envahie des dernières bouffées de plaisir, elle rampe vers l’antre creusée dans la terre encore chaude, sa demeure pour l’hiver. Au loin, la proie, les yeux grands ouverts, semble fixer le ciel avec anxiété. Le vent agite ses poils. Un battement de paupière vient apaiser pour un temps la brulure du froid sur ses yeux.
Le vent s’est arrêté et a fait place à la neige qui tombe en silence. Dans son antre, la créature est déjà en sommeil. Son cœur se ralenti, le sang se fige dans ses veines, le souffle s’arrête. Le temps est suspendu.

Un battement. Puis deux. La créature frémit. Les sens reviennent peu à peu, l’odorat en premier, puis l’ouïe. L’obscurité profonde fait place à la lumière qui parvient de l’ouverture de l’antre. Il est encore trop tôt pour sortir mais la faim commence à tirailler ses entrailles.
Dehors, un soleil éclatant ébloui la plaine. Elle aussi sort de son hibernation. La neige commence à fondre ici et là, creusant des sillons qui s’enfuient vers l’horizon. Déjà, la végétation a repris ses droits, quelques touches de couleur parsèment la plaine. Enfin la faune se fait entendre et le ballet de la nature recommence.
La créature est sortie. La lumière lui blesse encore les yeux, lui laissant ainsi le temps d’humer l’air à la recherche de proies potentielles. La créature est ravie. Une famille d’animaux a établi sa résidence à quelques pas d’elle. Oui cette année, elle va pouvoir se métamorphoser. Elle le sait. Elle le sent. Lentement, elle se met en mouvement, encore invisible aux yeux de ses proies.

Il est temps. Son corps le lui dit. Son dernier repas a comblé ce qui lui manquait. Elle regagne alors son antre et la transformation peut enfin commencer. Avec précaution, elle tisse son cocon protecteur. Son corps se décompose pour mieux se recomposer. Le temps semble de nouveau suspendu.

Après plusieurs jours, le cocon se fendille. Un corps aux couleurs indécises se précise. Doucement, la créature prend conscience de sa nouvelle enveloppe corporelle. Une aile se déplie, puis une autre. La créature se redresse. Elle fait maintenant cinq pieds de haut. Levant les yeux au ciel, la créature gémit de plaisir. La brise légère fait onduler ses ailes aux reflets mouvants.
Curieux, un animal approche. Son regard se pose sur ses ailes. Il n’arrive plus à s’en détacher, il est comme paralysé. Elle avance vers lui, continuant à faire onduler ses ailes. Ses serres attrapent alors l’animal et amène son visage à hauteur du sien. Ses yeux sont exorbités, il sait ce qui lui arrive mais ne peut rien y faire. Une langue épaisse et rugueuse se déplie et s’enfonce dans sa gorge. Le premier festin commence. Petit à petit l’âme et l’esprit de l’animal sont aspirés goulument par la créature. Quand il ne reste à plus rien, la créature jette l’animal à quelques pas d’elle. Les yeux toujours ouverts, il la voit alors prendre majestueusement son envol en poussant un cri strident.

Le vol se prolonge un long moment. La créature savoure cet instant qu’elle a désiré inconsciemment pendant tant d’années. Elle est enfin complète, aboutie, adulte.
En dessous d’elle, la plaine défile. La neige a complètement disparue à présent. Dégradés de verts et tâches brunes se succèdent et se mélangent sous ses yeux.

La faim la rappelle à l’ordre. L’animal n’était qu’un amuse-gueule peu savoureux. Elle se met alors à guetter des proies de sa taille. Rapidement elle aperçoit des bipèdes regroupés autour d’amas rocheux géométriques. Ralentissant, elle vole en cercle pendant un moment, le temps de repérer sa première proie. Le vent lui charrie des voix dénaturées par la distance. La créature est au comble de l’excitation. Elle ne peut plus se retenir. Elle plonge.

Galain

Le printemps d’Ishtinara

Chant des Archéontes – XII, 7 : le printemps d’Ishtinara et la mort d’Elebïus qui l’aime

“Ishtinara souffle à travers la plaine, soulève les herbes, gagne en force à mesure des heures, grandit sous la nuit d’Alinïor et les lunes bleues, fait autour d’elle fleurir des vents furieux et écrase sous son poids d’air les montagnes et les tours ; son temps n’est plus le mien, il est perdu au-devant de moi et je suis déjà loin, loin au-delà des vents et des herbes, au-delà même de la nuit tombée et brisée par la furieuse consistance des lunes, je suis quelque part avant et après elle, toujours et à jamais tournée loin de ce qui est ce que j’aime, ce que je pressens sans jamais embrasser, ce que je voudrais cueillir en lieu et place des glaces rondes et ombreuses qui me servent de clos, d’horizon et d’étreinte.

Ishtinara sera nouvelle encore, bientôt, encore, elle sera là où je suis, et ouvrira mes plaies douloureusement closes, y fera de nouveaux vrombir des torrents d’eaux, couvrira mes neiges de pétales de fleurs, de bourgeons et d’étoiles anciennes et pourtant renouvelées. Un pas encore, un jour peut-être, un nuit passée et voilée par la brume, et je serais encore et encore oublié de ceux qui me crurent à jamais posé sur les yeux du mondes, sur les pupilles vacillantes du soleil. Je sais mourir, moi qui n’est à jamais été qu’une longue agonie, mais j’attends toujours de précipiter mon souffle jusqu’à celui que j’aime et qui n’est jamais loin, Ishtinara, celle qui n’est jamais miennes, celle qui s’étiole vivace alors que je me meurs, celle dont les fruits ne mûrissent jamais sous mon règne, je l’attend et subitement mon cœur sombre de froid, se corrompt de chaleur, vibre et frémi encore légèrement, éclate aux premières lueurs d’Ourdin, de l’Orient et des sables presque tièdes. Le matin découvrira mon cadavre, bientôt, posé sur la terre, meuble encore de mes eaux déglacées, et tous riront de me voir ainsi tombé dans le gouffre que j’avais moi-même creusé, abandonné dans mes déserts, glissant sourdement jusqu’aux tréfonds d’un globe que j’avais tâché, souillé, caressé de mes mains fumeuses et violentes.

Ishtinara. Ishtinara. Aimer ce que je fais mourir, chérir ce qui avec mes yeux clos va naître, ne connaître de ce que j’attends que l’absence et s’ouvrir quand son absence voile le monde. Si j’oubliais de partir. Si j’oubliais ma mort. Si, demain, d’Aldin en Ourdin tout restait cerclé par une gangue de pierre d’eau, si je n’ouvrais mes veines à rien, si j’attendais pour mourir qu’enfin d’elle je sente la présence, alors, je le sais, rien d’elle ne serait et à jamais, encore et encore, ce serait mon hivers, et à jamais, encore et encore, elle ne pourrait venir, où alors en cadavre, morte elle-même, posé dans les nuages, entre les deux lunes, absentes éternellement, tué par mon amour, tué par mon poids posé sur sa nuque, tué parce que mort, seulement, je peux la laisser vivre, elle, elle, tiède et impossible Ishtinara, gravée dans les étoiles et les lunes, vibrant en cantilène sur ma mort jusqu’au falaises d’Alinïor, deuil verdoyant de ce qu’elle vient de perdre, Ishtinara n’est que ce que je n’arrive plus à être, essoufflé d’amour, à jamais dans mes glaces, sans visage pour ceux qui, de partout, l’attendent, elle, comme moi qui l’attend.Ishtinara, le penser, le souffler, oublier soudain et tenir entre deux interminables bras d’or ce que d’elle je pense pouvoir saisir.

Demain, mon Ishtinara, encore tu seras nouvelle et demain, encore et encore, à jamais dans la terre, je laisserais l’empreinte de mes lèvres de pierres, gelées encore, dans la terre qui est tienne.”

Baalgor

Irran Etteyah

À la fois lente et empressée, se mouvant avec toute la délicatesse exigée entre les lits de pierre semblables à des monuments funéraires mais, cependant, emplie d’un intense sentiment d’urgence, Gwyr exulte d’avoir été choisie. Son peuple rencontrera le vingt-troisième printemps de son histoire. Cela fait une vingtaine de minutes qu’elle se dépêche autant qu’elle l’ose en ces lieux cérémonieux, soulevant un nuage de poussière en cette crypte froide et sèche. Son peuple qui repose sur ces lits, entre de hautes colonnades de pierre brute, est lui aussi couvert de poussière. Par endroits, un pied ou une main, parfois encore intact, parfois en grande partie décomposé, dépasse d’un amas de gravats. Là, filtre une pâle lueur blanchâtre de l’extérieur, portant avec elle un souffle à peine moins glacial qu’au plus fort de l’hiver, mais frais, rendant évidente l’atmosphère étouffante à l’odeur putride du lieu. Gwyr remarque cela sans y penser, sans même y prêter d’autre attention que celle exigée par ses sens : elle ne s’écarte pas d’un pas de sa voie, où tant les morts que les vivants semblent se dresser en haie d’honneur ; elle ne le peut car elle a été choisie et car grâce à elle, son peuple pourra renaître.
Eyir, toujours enfant et toujours sage, attend aux côtés d’Eorah, toujours vieillissante et toujours jeune. Ils attendent depuis plusieurs dizaines de cycles, sans âges, comme ils l’ont déjà fait à vingt-trois reprises. Eyir, dont l’avènement fut le signe que l’Irran Etteyah devait débuter, naquit bien après Eorah, qui fut elle-même annonciatrice de la venue prochaine de l’être qui lui est complémentaire, car ils sont Eyirah, légende des chants. Le premier pas de la cérémonie fut la construction de ce gigantesque monument, tombeau destiné à des vivants prêts à accomplir leur devoir envers l’Arrisha, et à montrer leur dévouement, car leur être et leur esprit lui sont dédiés, plus encore qu’aux chants. Tous deux attendent, plus patiemment que jamais, car ils savent le moment venu. Une a été choisie, signe que l’Irran Etteyah, étroite union entre ceux qui n’ont pas failli et le monde, prend fin. Le peuple pourra peut-être à nouveau être jugé fidèle, digne de vivre et perdurer.
S’abritant des torrents de boues dus au dégel sous une pierre saillante, un survivant psalmodie un chant honorant l’Arrisha, esprit de la forêt, du monde, monde lui-même. Ses paroles en sont atrocement modifiées, n’importe quel membre de son clan aurait demandé son sang pour ces mots ; n’importe quel clan rival aurait entamé une guerre jusqu’à annihilation complète de ceux ayant donné jour à telle engeance. Mais que lui importe ! Que lui importent Arrisha, déférence, clan, sang, sève et peuple. Ils sont tous morts dans leur folie, ils se sont abandonnés aux mains des Messagers. Lui seul n’est pas fou. Il n’est pas fou et n’a rien d’une erreur de la nature ; ce sont ces deux êtres infâmes qu’a aveuglément suivi son clan et tant d’autres qui le sont. Lui a résisté, résisté à leur influence et au venin caché dans de suaves paroles de ces imbéciles de Messagers. Oh oui, imbéciles ; mais aussi manipulateurs, trompeurs, sans âme, prêts à sacrifier les leurs sur le bûcher de leur folie brûlante ! Lui ne les a pas suivi. Il ne les a pas suivi, ainsi que d’autres, en un nombre qui l’a lui-même surpris. De son clan ou d’autres -certains chefs ont refusé de soumettre les leurs à de telles inepties-, il n’eut jamais cru cela possible, mais ils s’unirent contre la folie du plus grand nombre. Mais ils étaient impuissants, ils ne pouvaient les sauver, ils ne pouvaient rien faire ! Juste fuir, pour le salut des leurs, pour la survie du sang. Mais qu’importent les sensés aussi. Ils sont tous morts maintenant. Trop peu nombreux, trop de dissensions, trop longtemps sans chef, trop nombreux à avoir regretté et à vouloir se joindre à l’Irran Etteyah -une place les attendra, disaient les faibles. Trop longtemps sans nouveau sang, incapables qu’ils étaient de procréer à cause d’il ne sait quelle malédiction, trop longtemps à vivre, finalement trop vieux et trop faibles. Lui-même est vieux et faible, mais suffisamment fort encore pour punir et venger. Il a tué ceux dont l’honneur et la volonté a fléchi, il a aussi tué les autres : ils allaient eux aussi plier un jour, c’est certain ! Il les a tous tués, les faibles avec l’aide des forts, puis les forts dans leur sommeil avant qu’eux-même ne faiblissent. Tous sauf son aimée. Trop longtemps aussi qu’elle ne parle plus, il en a même oublié son nom. Il essaie de réchauffer les os froids, psalmodie pour le salut de son aimée. Le survivant ramasse son couteau d’os, ébréché, écourté, au manche presque disparu, et se tranche la gorge avant de se transpercer le cœur, essayant de répandre autant de sang que faire se peut sur son aimée. Peut-être la vie rouge, chaude, réchauffera les os blancs, froids ; peut-être la sève précieuse fera-t-elle renaître la chair disparue. Il l’espère. Non, il y croit ; il le sait.
Gwyr pose le pied sur la première dalle de pierre taillée d’une salle circulaire, à la bordure de laquelle sont installés seize des vingt-trois chefs de guerre ainsi que les vingt-trois messagers. Au centre se trouve une sculpture de bois haute comme trois hommes, effleurant le plafond, taillé de volutes de fleurs, annonciatrices du printemps où renaîtra son peuple. La statue représente une jeune femme, nue, tenant en sa main droite un bol d’eau, de sa main gauche effleurant la surface de l’onde cristalline. Comment l’eau a-t-elle pu y stagner, pure, depuis -combien de temps a donc duré la Cérémonie?- si longtemps, sans que son niveau ait changé et sans que le bois du bol ait pourri, elle ne le sait. Frissonnant de dégoût en se rendant compte de ce qu’elle faisait, elle se détourne vivement, non sans noter que de la sève fraîche luisait sur l’intérieur des jambes de la jeune femme. Travailler le bois est interdit par tous les préceptes de l’Arrisha, ainsi que, naturellement, par l’existence et la nature même de son peuple ; c’est un acte puni encore plus durement que le meurtre : on peut tuer pour la justice, en réponse à une offense ou lorsqu’un chef ou un Messager le demande. Mais on ne peut à aucun prix travailler le bois. Ceci fut fait à la demande d’Eyirah, et son achèvement marqua le début de la Cérémonie. L’Irran Etteyah… Se morigénant vivement pour ses sottes rêveries lui faisant perdre de vue chose si importante, Gwyr reprend son chemin, plus rapidement qu’auparavant, s’efforçant de ne pas regarder la sculpture. On avait été obligé de tuer ceux qui y avaient travaillé -ceux qui se sont sacrifiés avec joie, sang et sève séchés maculant encore l’œuvre. Elle s’autorise un unique écart de son chemin, pour s’assurer que son père, chef de guerre du dix-septième clan, a survécu et pour déposer un léger baiser sur son front. Comme tous les autres dans cette salle à la solide voûte de pierre taillée, il vit, bien qu’au ralenti, le fluide pulsant lentement dans son corps. Les hommes présents ici sont les plus forts, ceux que les chants n’oublieront pas : eux au moins vivront pour faire honneur à leurs serments. Une fois cela fait, nécessaire car elle veut s’assurer que son père assistera à son triomphe et à l’honneur qu’elle recevra, Gwyr reprend son chemin et franchit un passage derrière l’horrifiante sculpture. Là se trouve une salle obscure comme une nuit sans lune, où elle rencontrera Eyirah et devra prouver que son peuple est digne de l’Arrisha.

Près de la moitié n’ont pas survécu. Trop faibles pour endurer tant de cycles d’intense communion avec l’esprit de la forêt, pour la plupart. Cependant, près de douze milliers se tiennent là, attendant, sous le couvert du plus grand et magnifique monde, aux sous-bois luxuriants et aux majestueux arbres aux multiples couleurs et formes de feuilles ou d’épines, couronnés d’un vert éclatant digne de la plus pure émeraude ou d’un délicat vert jaunâtre, à l’écorce tirant sur le noir ou claire comme un nuage d’été. Certaines essences bourgeonnent toujours, malgré l’arrivée d’un printemps fulgurant. Au gré des combes, ruisseaux, ravins, collines et clairières vogue ce parfait ensemble de sereines couleurs et vie bruissante, que la forêt soit dense ou clairsemée, dominée par quelques géants de bois. Dans les plus grands se tiennent de plus certains membres du peuple, afin de mieux voir les trente-neuf chefs et messagers, Eyir et Eorah, ainsi que Gwyr, debouts sur un piton rocheux, abrupt et au couvert plat seulement garni de quelques fougères et plantes à fleurs, lieu ancestral de réunions et d’annonces.
De là où elle se trouve, fière et droite sur une pierre dressée aux immémoriales gravures aujourd’hui érodées, Gwyr peut contempler l’immensité de la forêt, ainsi que les milliers de paires d’yeux la dévisageant dans l’expectative. Elle tire son courage de la végétation sous ses yeux autant que du doux ronronnement de l’Océan sur les abruptes falaises de roche noire, non loin sur sa droite. Cela au moins est immuable : beaucoup de choses ont changé par rapport à ses souvenirs, mais sont paradoxalement semblables à ce qu’elles furent et seront toujours, grâce à l’esprit de la forêt. Elle est à sa place, et son peuple aussi. Elle n’ose regarder Eyirah, ces deux êtres lui donnant encore plus de frissons que la statue du sanctuaire, et dont chaque parole, quelques jours plus tôt dans cette salle sombre, raisonnent encore dans son esprit. Elle sait ce qu’elle a à faire, et entonne, de sa voix magnifiée par la grâce de l’Arrisha, le plus beau des chants : celui qui salue la vie, le sacrifice et la mort, la gloire de faire partie du peuple autant le plus beau que le plus puissant dans ce monde, de ceux qui eurent le courage d’affronter leur devoir et s’y plièrent avec honneur. Elle entreprend ce chant, qui se prolongera jusqu’au coucher des soleils et jusqu’à celui du jour suivant, alors que la rosée du matin n’a pas encore tout-à-fait quitté son corps. Les siens l’auront imitée, les chants de milliers de gorges s’entrelaçant en son honneur à elle, celle qui fut choisie, la plus grande de toutes en ces temps. Lorsqu’enfin les soleils se coucheront pour la seconde fois, elle criera, un cri de victoire et de joie, le salut de la liberté retrouvée.
Ces chants, ancrés dans leur mémoire, définissent son peuple. Ils sont une part aussi importante de chaque être que le corps ou l’esprit. Cependant, alors qu’ils sont le fondement même de leur culture et leur civilisation autant que de chaque être, ils évoluent, leurs racines dans l’ère d’avant le premier Irran Etteyah, et bientôt plus un ne se souvient des chants tels qu’ils étaient étaient. Mais à chaque Irran Etteyah, celle qui est choisie retrouve en son être les chants ancestraux, vouée à les transmettre à son peuple afin qu’il n’oublie pas, et se rende compte du chemin parcouru autant que du chemin encore à parcourir. Ce sera le don de l’esprit de Gwyr. Une fois son premier chant fini, elle pourra, avec délicatesse et légèreté, écarter les branchages de son corps -elle le ferait d’un geste lent et voluptueux pour que nul ne l’oublie-, puis, avec force et détermination, elle arrachera les lianes de son abdomen et avec elles la chair de ses entrailles, pour enfin offrir à la fois un nouveau chant -victoire, gloire et souffrance- et un cœur encore pulsant. Alors Eyir et Eorah pourront se fondre en un être unique, avec comme liant ce cœur, don de Gwyr à l’Arrisha, ainsi que de l’esprit de la forêt à celle qui fut choisie. Ainsi naîtra celui qui sera le premier d’une nouvelle lignée, celle du vingt-quatrième clan. Ce sera le don de son corps.
Au milieu de son chant, Gwyr commence à rire d’un son cristallin, le premier son si pur à résonner ici depuis bien longtemps, rit à n’en plus pouvoir : la souffrance terminée, elle sera belle à en croire les fleurs de son propre printemps courant déjà sur ses bras, et surtout, elle sera incroyablement puissante, grande parmi son peuple qui est grand tant parmi les êtres du sang que parmi ceux de la sève.

Demiandre

Réveil

De son balcon, Shelanna observait comme chaque jour la faible lueur de l’aube poindre derrière les montagnes à l’est du village, pensive. Encore plusieurs heures avant que le soleil ne dépasse le pic gigantesque qui masquait l’orient.
En contrebas, les habitants commençaient à s’activer. Le Palais trônait à l’ouest, des lumières s’allumaient dans les tours et les bâtiments. Des gens commençaient à sortir dans les rues. La vie reprenait lentement après la nuit. Un halo blanc nimbait maintenant la montagne, lumière familière qui apparaissait un peu avant le soleil.
Lorsque la luminosité fut satisfaisante, après avoir pris le temps de se préparer, Shelanna sortit de chez elle pour se rendre sur la grande place. Les larges rues de la cité, habillées d’arbres, laissaient passer la lumière jalousement gardée par la montagne, faisant rayonner les pavés de la ville. Et quand le soleil dépassait la cime, ses rayons baignaient la cité entière. Des gens souriants mais à l’air soucieux croisèrent son chemin, portants châles et étoles ou capes pour contrer le frisson de l’air encore frais. Elle croisa des Agents Municipaux, de noir vêtus, avec leurs longues capuches tombantes. Ils étaient très facilement reconnaissables, avec leurs mines inébranlables mais imprégnées de tristesse. Derrière eux était tractées des chariots fermés par des bœufs massifs. Une coutumière mélancolie la frappât en les regardant passer.
Ces Agents, assez étranges, étaient chargés de trouver et d’évacuer les dernières victimes de la nuit. C’étaient principalement des personnes âgées ou des jeunes enfants. Les fossoyeurs étaient – depuis quelque temps – de plus en plus présents en ville. De plus en plus tard…

Résignée, Shelanna repris le chemin de la grande place. Au fil des rues traversées, de plus en plus de monde peuplait les rues, grouillant maintenant de gens et de bruits en se rapprochant du point névralgique de la cité. Beaucoup se rendaient au Palais, écouter les derniers relevés des Grands Citoyens. Shelanna les avait écoutés au début, mais de longues années de désillusion l’avait amenée à chercher l’alternative. Tandis que le Palais palabrait sur l’arrivée prochaine du Réveil et le bon augure des relevés, l’Ante-palatium cherchait un moyen d’arrêter cette spirale infernale de mort et de peur. De plus en plus de monde s’interrogeait sur l’avenir, et ceux qui regardaient à long terme comprenaient le manque d’espoir que reflétait la politique du Palais.
La journée se déroula comme de nombreuses autres. Shelanna écoutait les principaux membres expliquer leurs solutions. De temps en temps, comme aujourd’hui, des groupes de réflexions étaient formées après les discussions sommaires pour débattre des idées, de façon à trouver la seule façon de résoudre tout ceci. Shelanna menait un de ces groupes. Elle participait à ces réunions secrètes depuis deux ans déjà, mais jamais un compromis n’avait été atteint. Trop de choses étaient en jeu pour se lancer éperdument vers l’échec. Ils étaient de plus en plus nombreux, mais leur nombre seul ne suffirait pas à sauver leur peuple.
A la fin de la journée, Shelanna rentra chez elle et, comme chaque soir, réfléchissait à la seule solution qu’elle avait trouvée. Un semblant de compromis avait été trouvé avec son groupe de réflexions. Bientôt, d’autres trouveront un compromis et un nouveau débat d’idée sera formé, pour promouvoir la meilleure option et la meilleure mise en application pour garantir la survie du plus grand nombre. Mais elle ne pouvait s’empêcher de songer à l’urgence. Les signes étaient là. Peu de temps restait avant qu’ils ne sombrent tous, emportés par la mort. Elle était tourmentée par ces pensées toute la nuit.
Le lendemain, en se levant, Shelanna fit comme chaque jour. Elle restait postée sur le balcon, observant la couleur du ciel changer au fur et à mesure que l’astre mouvait dans le ciel. Soudain, cependant, elle sentit une étrange sensation entre ses épaules. Une sensation… qu’elle n’avait pas ressentie depuis tellement de temps qu’elle n’était pas sûre que ce soit la même… Elle sentit la réalité trembler. Faner à ses yeux. Puis le noir total.

Son corps tremblait spasmodiquement, le cœur se remettant à battre plus violemment. Ses muscles courbaturés se remettaient en fonction. Ses yeux s’ouvrirent, mais ne virent rien. Les avoir gardés si longtemps fermé avait atrophié ses sens. Au bout de plusieurs heures, elle put enfin se redresser, chancelante. Tout lui revenait peu à peu. Les fonctions vitales, les sens, les muscles. Quand elle fut en état de bouger, elle se déplaça, dans une salle creusée à même la pierre, nimbée de la même couleur que la montagne au petit matin. La lumière venait d’un étrange piédestal qui ne devrait pas tenir en équilibre. Une boule bleutée flottant dans les airs supportait un cube rougeoyant, lui-même surmonté d’un tétraèdre parfait de couleur chamois. L’onde créée, blanche, illuminait des cristaux dans la roche telle une nuit étoilée.
Elle se dirigea vers la sortie. Elle connaissait le chemin. Ses vêtements ressemblaient à des chiffons après tant de temps passé ici. Sa tête tournait encore, et la vive lumière qui émanait de l’accès vers l’extérieur lui brulait la rétine. Elle avança nonobstant, un pas après l’autre. Lentement. En atteignant l’extrémité de la galerie, ses yeux s’étaient habitués à la lumière. Le bas de la montagne était parsemé de petites tâches vertes, là où les touffes d’herbes recommençaient à pousser. De-ci de-là, des buissons reprenaient des couleurs. Un peu plus loin, les rues de la cité semblaient luire de la même couleur que l’artefact de la grotte, dans un entrecroisement filé qui semblait se rejoindre au Palais, trônant plein Ouest.
Elle se reposait désormais au soleil, sur la verte prairie en contrebas de la montagne. Des racines et des rongeurs lui servirent de repas, redonnant à son estomac l’occasion de travailler. Elle regarda l’entrée de la grotte, et décida de retourner en ville. Elle avait pris sa décision. L’hibernation n’était plus une option. Chaque année, l’hiver devenait de plus en plus froid.

Sur le chemin, son corps subit le froid encore vif de ce début de printemps. Un léger vent soufflait sur la cité. Son corps fut parcouru de frisson tout le long du trajet jusqu’à chez elle. En entrant dans sa maison, elle retrouva celle-ci comme après chaque hiver. Poussiéreux, sale, endommagé à certains endroits, et surtout, vide. Comme dans toute la ville, très peu de nourriture pouvait être conservé pendant le grand froid. Même les impérissables n’étaient plus bon. Mais l’été dernier, elle et d’autres membres de l’Ante-palatium avaient eu une idée. Elle souleva le tapis du salon, et ouvrit une trappe qui donnait sur un trou dans le sol, et une échelle permettant de descendre. Elle récupéra en plusieurs fois tout le matériel et les provisions de la profonde cache. Quelques minutes après, deux hommes entrèrent chez elle. Des adeptes de l’Ante-palatium de son groupe de réflexion. Ces deux-là avaient toujours été de son avis. Fuir le plus loin possible au sud avant le prochain hiver. Eux non plus ne voulaient plus subir les tourments de l’artefact triptyque, et cette vie imaginaire créée de toute pièce. Comment, personne n’en savait rien, mais les résidents de la grotte étaient connectés entre eux dans une réplique parfaite de la ville, plongés dans un profond sommeil, le corps fonctionnant au ralenti. Ce renouveau était l’occasion pour eux d’échapper au calvaire de la solution du Palais. L’artefact ne faisait que retarder l’inéluctable. Ils se mirent donc en chemin, croisant des personnes encore hagardes des contrecoups du Réveil se rendant chez eux. Ses compères avaient amené une charrette tirée par des chevaux, pour transporter les nombreux sacs nécessaire à leur survie pendant les 9 mois à venir. Ils ne savaient pas s’ils parviendraient à un lieu sûr, où s’ils pourraient vivre pleinement. S’ils réussissaient, leur seul et unique vrai rêve s’en trouverait concrétisé. Vivre au rythme des saisons. Un nouveau printemps s’ouvrait à eux. Shelanna sourit pleinement et vraiment à cette perspective, se remettant en marche avec entrain

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Printemps nouveau

La place commune du village était à la fête. La veillée avait durant plus longtemps que d’ordinaire. C’était la tradition, pour marquer la fin des Rigueurs. Et comme le voulait la tradition, on avait festoyé grassement et pour l’heure, on chantait, dansait, riait et profitait pleinement de l’évènement. Dans un coin, adossé contre le mur et légèrement tapis dans l’ombre, le ménestrel divertissait les enfants de ses histoires. Les aventures des héros et héroïnes de légende faisaient toujours merveilles sur un public jeune.

À l’écart, un Apôtre s’avançait en clopinant dans l’une des rues secondaires du village, s’aidant de son bâton. La sagesse irradiait de tout son être, une sagesse illuminée par les premières lueurs de l’aube. Il marchait en direction d’un tertre adossé contre le mur d’enceinte de pierre.

Alors que le ménestrel terminait son histoire, les enfants criaient : “une autre ! Une autre !” Et le vieil homme de sourire, son visage débonnaire rayonnant de plaisir. “Pas avant que je me sois rincé la gorge, les petits, répondit-il en se levant. Je vous raconterai le voyage de Tarik Lorata vers le monde des puissances, comment il brisa l’Arbre-Roi à son retour, comment il défit les géants, comment…” Sa voix se perdit dans l’atmosphère de fête des adultes. Citare, tambours et flûtes jouaient sans discontinuer, passant d’une chanson à une autre, imposant leur rythme aux danseurs et danseuses.

L’Apôtre laissa la porte ouverte derrière lui, laissant pénétrer un léger courant d’air. Le tertre sentait le renfermé et l’odeur d’un sommeil lourd. Il avança aussi silencieusement que possible en quête des fenêtres. Il fallait être prudent. L’occupant du tertre avait mauvais caractère.

“Aubergiste, vous sauveriez un vieillard assoifé en remplissant ce verre, demanda le ménestrel au comptoir.
_Allons, Menerik, depuis combien de temps ne m’avez-vous pas appelé “Aubergiste”, répondit la femme en napperon.
_Vingt ans. Au moins. Quand les premières neiges m’ont surpris sur la route de Falan et que j’ai eu le choix entre geler sur place ou trouver refuge dans votre taudis. Vous parlez d’un choix.
_Ça ne vous a pas empêché de revenir l’année suivante passer les Rigueurs chez nous. Et l’année d’après et toutes celles qui ont suivie depuis.
_Et sinon, Aerma, vous pensez que c’est l’Apôtre qui va me le remplir, mon verre ? Il me semble qu’il a autre chose à faire aujourd’hui.
_Voila, voila, ça vient. De l’eau, comme d’habitude, sussura l’aubergiste.
_Ne m’insultez pas, rouspetta Menerik.

Cette année, ce serait pire. Les Rigueurs avaient duré plus longtemps que d’ordinaire. Beaucoup plus longtemps. On avait fait des provisions conséquentes en prévision de ce jour et un festin était déjà prêt, attendant que le dormeur se réveille. L’Apôtre avait peur que cette année, ce ne soit pas suffisant. Le dormeur avait toujours faim en sortant de son sommeil et plus longtemps il dormait, pire au réveil il était.

Avec la grâce consommée par un petit coup dans le nez, le ménestrel évita danseurs et serveurs pour retourner auprès de son auditoire, celui-ci piafant déjà d’impatience. Menerik s’installa confortablement, but quelques gorgées les yeux fermés et s’imprégna du conte qu’il allait entamer.

C’est pour cela que le commun des mortels fêtait le réveil avant le réveil.

“Entendez l’Histoire des Hommes et du premier Gardien, Taric Lorata, chuchota le ménestrel, plein de respect. Au commencement, les hommes vivaient en harmonie avec la nature. Ce sont des temps oubliés, depuis longtemps passés et qu’il ne faut pas évoquer à haute voix car les puissances en prendraient ombrage, comme elles ont prit ombrage à l’époque.

Tout en ouvrant fenêtre après fenêtre, en traversant les pièces du tertre, l’Apôtre songeait à l’Equilibre. La nature et le dormeur étaient toujours de mauvaise humeur à leur réveil. Les pensées de l’Apôtre dérivèrent sur le Mensonge Originel, comme à chaque fois que son esprit évoquait la nature.

“Elles ont relâché leur prise sur la nature, continua Menerik, et ce qui autrefois était vivant mais inoffensif se transoforma en danger mortel. Les bêtes, les oiseaux, toutes les créatures avec ou sans pattes, les arbres et même les plantes les plus inoffensives devinrent des menaces terribles pour l’homme.

Tout ça parce qu’une fois, les Apôtres avaient commis une erreur. Une toute petite erreur. Mais avec de terribles conséquences.

“Dans les premières années, on se tourna vers les Apôtres, mais leur magie s’avéra inefficace contre le déchainement de la nature.
“La Terreur des hommes dura des décennies, détruisant les plus puissantes cités, condamnant les survivants à l’errance. Quand il fut évident pour tout le monde que la fin était proche, les Apôtres choisirent un homme au coeur pur du nom de Tarik Lorata et lui insufflèrent toute la magie qu’ils pûrent réunir. L’homme devait être envoyé dans le monde des puissances et implorer la paix, mais pour survivre au voyage, il lui fallait être protégé.

Tarik avait été un ivrogne trop saoul pour répondre quoi que ce soit quand il avait été désigné comme porteur d’offrandes. Une fonction peu enviable, terrifiante, que personne ne voulait jamais occuper. Mais une fois dans le monde des Dieux, au lieu de se comporter comme un esclave devant ses maîtres, il fut prit d’une de ces colères de pilier de comptoir et l’impensable s’était produit. Il avait tué les Dieux.
L’Apôtre s’enfonça un peu plus dans le tertre. L’odeur devenait plus forte. À présent, le soleil pointait largement à l’horizon et l’Apôtre entreprenait d’orienter les miroirs des pièces secondaires pour diriger les rayons de lumière vers l’intérieur, vers la chambre principale. La chambre du dormeur.

“Quand Tarik revint parmi les hommes, le monde avait changé. Les hommes s’étaient éparpillés en petits villages, les saisons étaient plus marquées, les forêts plus denses et la nature plus hostile qu’elle ne l’avait jamais été. Alors Tarik fit son voyage vers l’Arbre-Roi pour le supplier de cesser ses attaques…

Pas étonnant alors que le monde ait changé. Sans les Dieux, il n’y avait plus personne pour diriger la barque. La nature était devenue folle, les animaux meurtriers, le climat devenu rude durant n’importe quelle saison. Une chance, car sans cela, la nature ne se serait pas assoupie pendant l’hiver.
L’Apôtre approchait maintenant des claustras obturés de la chambre principale. Aucun bruit ne filtrait de l’intérieur. L’atmosphère semblait pesante, confortable, chaude comme un matin sous les couvertures. Un sentiment de bien-être baignait dans la faible clarté.

“…et Tarik se senti fatigué. Protéger son village pendant les Rigueurs était inutile, car la nature s’endort pendant cette saison, offrant un peu de répis aux hommes. Alors il s’endormit, comme s’endorment depuis tout les Gardiens, pour ne se réveiller qu’à la fin de la saison, reposés et prêts à reprendre leur bataille.

L’Apôtre ouvrit doucement le dernier claustra et s’empressa ensuite de sortir, grognant contre le poids de l’âge. Dans la chambre principale, un homme remua dans son lit. D’un mouvement lent, il repoussa couvertures et draps et posa les pieds par terre. Il fit jouer ses muscles en s’étirant. Les traces de son long sommeil étaient vivaces, mais la faim lui creusa l’estomac avec force. L’homme se leva et se dirigea d’un pas lourd vers la porte de la chambre. Un orteil heurta durement quelque chose.
Le ménestrel continuait de conter les aventures du premier Gardien avec un luxe de détails, son auditoire captivé, quand les murs de l’auberge fûrent violement secoués par un rugissement indigné, emprunt de douleur, faisant sursauter tout le monde dans la salle, interrompant musique, danses et rires.

” Que le trou pourri des puissances maudisse cette immonde vomissure de table !”

La bordée de jurons résonna dans le silence soudain. Plusieurs vitres s’étaient brisées, la majorité des verres gisaient au sol, cabossés ou brisés. Les visages des convives reflêtaient la peur, le soulagement, mais en grande majorité, l’incrédulité.
“Ah, nota Menerik le barde, le printemps nouveau est arrivé.

Melcrist

L’échappée belle

La révolte gronde dans un royaume gouverné par un tyran. Lui est l’une des principales figures de la rébellion. Elle, a quitté les rangs des partisans pour d’obscurs motifs. A eux deux, ils représentent le dernier espoir des rebelles, la dernière chance de voir éclore un nouveau printemps pour leur peuple.

L’homme ruminait dans sa cellule, plein de rancœur et de colère pour celle qui les avait trahis. Comment avait-elle pu ? Ils lui avaient fait confiance et maintenant… Maintenant, il était à la merci de leur pire ennemi et allait mourir sans pouvoir prévenir ses camarades du serpent qui les rongeait de l’intérieur. L’humidité qui suintait des murs de sa geôle avait réveillé la douleur de son épaule, souvenir d’une blessure qu’il avait reçue en la protégeant, elle. S’il avait su alors, il l’aurait laissée se faire tuer. Il n’entendit pas les pas feutrés qui approchaient de sa cellule. Un éclair de surprise apparut sur son visage qui se déforma rapidement en une grimace de rage et de haine en apercevant le visage de la traîtresse honnie. Les flammes vertes de la colère embrasaient les prunelles du prisonnier. Elle était toute drapée de soieries, d’une beauté éclatante dans ses habits de cour.

— Que vient faire ici la putain du despote ? Grinça-t-il d’une voix sourde.

Elle ignora l’insulte et répondit d’un ton glacé :

— Comte Laranis, je savais les princes de ce monde fiers, arrogants et ingrats mais pas aussi stupides.

Il émit un grondement de rage en se jetant sur les barreaux de sa cage et tenta de la prendre à la gorge mais ne réussit qu’à atteindre son poignet. Il tira vers lui et serra aussi fort qu’il le put mais elle ne bougea pas d’un pouce, ne grimaçant même pas sous la douleur terrible qui irradiait de son bras. Ils s’affrontèrent du regard sans qu’aucun d’eux ne cille ni ne détourne les yeux. Il fut surpris de ne lire aucune malveillance ni aucune satisfaction dans ses prunelles. Peut-être… Un doute naquit en lui.

— Pourquoi la trahison, Nevhilim ? finit-il par demander, essayant de dominer son écœurement.

— Pour payer une dette, une vie pour une vie. Maintenant, lâche-moi si tu veux garder la tienne et sortir d’ici. Je n’ai pas beaucoup de temps avant que le garde revienne.
Il relâcha lentement sa prise et recula prudemment en continuant de la dévisager d’un air suspicieux. Pouvait-il lui faire confiance ou l’entraînait-elle vers un nouveau piège ? D’un autre côté, avait-il vraiment le choix ? Il fallait à tout prix qu’il tente de rejoindre ses camarades, les informations qu’il avait réunies ne devaient pas attendre. Le sort de la révolte en dépendait.

Elle remonta ses jupes, attrapa un fin crochet et entreprit de forcer la serrure. Son front se plissa sous la concentration. Le mécanisme n’était pas compliqué mais la douleur lancinante dans son poignet rendait ses doigts gourds. Au bout d’une longue minute d’efforts, elle en vint à bout. La serrure émit un cliquetis satisfaisant.
Ils sortirent discrètement du couloir et gravirent les escaliers. Ils enfilèrent corridor sur corridor en évitant les gardes et les serviteurs. Les torches balisaient leur chemin et l’odeur du suif qu’elles dégageaient empuantissait l’air.

Soudain, les échos d’une troupe de courtisans particulièrement avinés leur parvinrent. Ils tentèrent de revenir sur leurs pas mais le bruit métallique d’un détachement de gardes résonnait dans l’autre sens. Affolés, ils regardèrent le couloir. Pas une alcôve pour les dissimuler, pas même une tenture. Ils aperçurent alors une porte renfoncée sous une arche. Sans perdre une seconde, ils se précipitèrent et s’y engouffrèrent. Ils refermèrent prestement la porte derrière eux et la barrèrent, retenant leur souffle, alors que les pas se rapprochaient. Une fois l’alerte passée, ils examinèrent la pièce où ils se trouvaient. Une large porte-fenêtre laissait entrer la clarté blafarde de la lune illuminant péniblement l’obscurité du lieu. Un reflet argenté attira leur regard. Laranis avança jusqu’à un bureau et se saisit de l’objet, un coupe-papier. Il glissait ce dernier à sa ceinture quand sa compagne poussa un cri étouffé. Un parchemin à la main, elle se tenait devant la fenêtre. Malgré la pénombre, Laranis put la voir pâlir à mesure qu’elle lisait.

— Qu’est-ce que c’est ? chuchota-t-il en s’approchant.

— Notre arrêt de mort à tous si nous ne sortons pas d’ici.

Elle lui tendit la missive.

— Le roi va envoyer ses troupes droit sur nos partisans.

A ce moment précis, quelqu’un tenta d’entrer. Laranis entraîna Nevhilim à sa suite sur le balcon. Les coups redoublèrent à la porte. Acculés, ils cherchèrent désespérément un moyen de s’échapper. La brise printanière portait un parfum entêtant qui assaillit Nevhilim. Elle se tourna vers l’aile est et empoigna une branche de l’énorme arbuste grimpant qui envahissait les murs du château. Elle testa sa solidité et avertit son compagnon. L’étage inférieur éclairé les dissuada de tenter une descente. Laranis aida la courtisane à se hisser sur la balustrade. Celle-ci entama son ascension, bientôt suivie de son complice. Très vite, elle atteignit le balcon de la bibliothèque. Sachant que nul ne s’y trouvait jamais à cet instant, elle s’y engagea. Laranis lui emboîta le pas. Au moment où elle entrouvrit la porte, deux gardes s’apprêtaient à descendre les escaliers. L’écho de leur conversation résonnait encore après qu’ils aient disparu. L’alerte avait été donnée. Les soldats ratissaient les étages inférieurs à la recherche du fugitif.

— Il faut monter, dit Laranis.

Arrivés aux remparts, des gardes sur les talons, ils se ruèrent vers la tour la plus proche. D’autres soldats en débouchèrent, le Conseiller du roi à leur suite. Ils étaient cernés de toutes parts.

— Toi ! Traîtresse ! hurla le ministre en reconnaissant la courtisane.

Alors qu’il allait ordonner leur arrestation, un page fendit la foule des gardes.

— Monseigneur ! Le roi est mort ! cria-t-il de sa voix fluette.

Une clameur embrasa l’assistance. Le Conseiller tenta désespérément de se faire entendre, en vain. Son compagnon en profita pour glisser à l’oreille de Nevhilim :

— Ton œuvre ?

— Du poison dans le vin, lui sourit-elle.

— Quelle mort banale pour un tyran de son espèce, se désola-t-il.

Dans l’affolement général, ils profitèrent du désordre ambiant pour s’éclipser discrètement.

***********

La mort du souverain laissa place à un tel chaos que les opposants n’eurent aucun mal à s’emparer du pouvoir. Quant à Laranis et Nevhilim, une fois le calme revenu, ils disparurent de la scène politique. Ils étaient enfin libres, libres de choisir pour eux-mêmes. Ce nouveau printemps était porteur de tant de possibilités.

Sordon

Un nouveau monde

°…Finir les rapports sur l’importation, régler le problème du stock de cristaux concentrateurs puis trouver un nouveau client pour la bière d’Arendil. Bon sang, quel bordel! Il faut que je range! Ah!, oui, il y a aussi le problème de la chaîne de production n° 3. Il faut transférer le travail sur les équipes 5 et 6. Et puis aussi… ?°
“Driiiiing!, Driiiiing!, Driiiiing!”
°Ah non! Pas maintenant!°
“Driiiiing! Drr…” ” –Allo? Cohen, Compagnie Exoexport, j’écoute.”
“-Ah! Monsieur Cohen! Savez-vous ce que je viens de recevoir? “
“- Heuu, non Monsieur.”
“- Évidement! Vous êtes aussi lent d’esprit que médiocre à la tâche! J’ai reçu une plainte! Et forcément c’est de votre faute! J’ai là un rapport de l’atelier prouvant que vous avez ordonné la mise en bouteille de bière naine sur la chaîne 10. Est-ce exact Monsieur Cohen? “
“- Oui Monsieur, pour optimiser la production.”
“- Mhhh je vois… Sauf que cette chaîne sert aussi à la mise en bouteille de l’hydromel de ma famille. Nous ne saurions tolérer que cet infâme breuvage pour gnomes contamine ce sublime nectar destiné à de respectables elfes!”
“-Monsieur, je vous garantis que les normes sanitaires sont…”
” – Non! Vous allez immédiatement trouver un autre moyen! Il est hors de question que la chaîne 10 serve à autre chose que les produits de ma famille. Est-ce clair monsieur Cohen?” “– Oui Monsieur! Je trouverai une solution Monsieur.”
°petit con aux oreilles pointues! Il croit peut être que posséder 5% des actions lui donne tous les droits? Faites ceci !, faites comme ça ! Puisque il a de si bonnes idées, qu’il prenne ma place! Mais non, Mooooonsieur est chef, Mooonsieur est pépère dans son bureau!°
“- Ah oui, j’oubliais, vous me refaite encore une connerie dans ce genre et vous êtes viré! C’est clair? “
“– Oui Monsieur !”
°L’enfoiré! Utiliser la 10 pour la plus petite production et demerdez-vous! C’est un gâchis! Je comprends mieux pourquoi Jack me disait qu’il me plaignait… Et aussi pourquoi tant de personnes démissionnent de ce poste. °
…
“- Et bien alors, Albert! Tu en fais une tête! Ça ne va pas?”
“- Salut Jack…, ” “Oh làààà! Non, toi ça va pas! Qu’est-ce qu’il y a?”
” Oh…, c’est rien, c’est rien… Non! S’il te plait ne t’assied pas sur le bureau. Je… J’ai du travail Jack.”
“- Mouais, mais vu la tête que tu fais ça doit pas être “rien”. Laisse-moi deviner, c’est le boss hein? Qu’est-ce qu’il a inventé cette fois? Non, non ne dit rien, ça pourrai t’amener plus d’ennuis.
Mais… entre toi et moi, ça ne ferait pas de mal à la boîte qu’il se fasse virer.
On peut toujours rêver pas vrai?
Tu sais Albert, t’es surement le meilleur ordonnanceur qu’on a eu depuis des années, mais si tu continues à bosser comme ça, tu cours au burn-out.
Et puis… Creuse pas trop. Ça plait pas à tout le monde en haut. C’est pas pour rien que tu as eu tant de prédécesseurs!”
” –J’en ai marre Jack… J’essaie de sauver cette boîte, mais quoi que je fasse, quelqu’un trouve à râler.
Et puis, regarde dehors! Ca fait des mois que ce ciel est gris! Et ces tas de neige gris, c’est dégueulasse! J’ai envie de voir le soleil Jack! De pouvoir respirer un air pur et d’entendre les oiseaux! Mais non, tout ce qu’on croise dehors, ce sont des chiens crevés, de la saleté, du froid et de la pollution! Et si le ciel n’est pas gris, c’est qu’il neige! Mais c’est pas comme si on était en campagne, non! Ça tient plus à la précipitation du smog qu’à des flocons!”
” -Mmmh… Ecoute, ce soir après le boulot je te paye un verre. Mais là il faut qu’on retourne bosser, sinon ça va jaser. Mais je parlerai à Alfia, tu sais la nouvelle au RH l’elfe avec les grosses loches! Même toi t’as pas pu la louper. Enfin, il se trouve qu’elle me doit un service…”
” –Jack… c’est gentil, mais ne te met pas dans des embrouilles pour moi. T’es un bon gars, tu ne mérites pas d’être blâmé pour un vieux con comme moi.”
” – Mais qu’est-ce que tu racontes! Tu n’es ni vieux, ni con et je suis tout à fait capable de gérer ma vie! Un verre après le boulot, oublie pas!”

***

°Trois semaines déjà! Trois semaines qu’on m’a fait cette proposition! J’aurais dû me douter qu’il y avait quelque chose de pas normal à Exoexport! Tout était là, les achats démesurés, la diversification accélérée, les “disparitions de personnel” Et Jack! Il cachait bien son jeu! Comptable, tu parles! J’aurais peut-être mieux fait de me faire virer au final! Sauver le monde! Rien que ça. °
” –Encore en train d’rêver Monsieur Cohen? Ha! Vous les humains, on dirait qu’z-êtes toujours dans la lune! Même lorsqu’z êtes sérieux! C’est c’que j’trouve le plus incroyable chez vous! Comment faites-vous pour travailler autant alors qu’z-êtes même pas foutu de garder les pieds sur terre?”
” –Je sais pas Ilunes. On le fait c’est tout. Et puis, on n’est quand même pas toujours dans la lune!
Ce que je trouve incroyable moi, c’est que vous, les nains vous soyez de si bon techniciens, mais que vous ne soyez pas capables d’avoir des idées nouvelles! C’est vrai quoi, avec l’expérience que vous avez, vous devriez pouvoir vous passer de nous non?”
” –Ha! Surement pas… On est trop près du sol nous autres! Demande moi de te trouver un alliage particulier, j’te l’trouve, mais me d’mande surtout pas d’avoir d’l’imagination! Enfin, c’est pas pour ça qu’je v’nais. On a reçu de nouveaux rapports de Jack. Il vous fait savoir qu’vous d’vez vous démerder pour nous trouver d’autres convecteurs.
Y parait que vous manquez là-bas. Ha! Y z’arrivent plus à nous trouver des matériaux. Bon j’vous laisse, j’ai des gars qui sont pas fiche d’faire quelqu’chose si j’suis pas en train d’leur botter l’cul!”
” –Bonne chance!”
°Des convecteurs, ils en ont de bonnes! Qu’est-ce qu’il croit Jack? Si le sort du monde n’en dépendait pas, il pourrait se les mettre où je pense ses convecteurs… Bon, l’ingénieur aura peut-être une idée…°
” –Hello, dit-moi, c’est possible de se passer de convecteurs?”
” –Ha non, surement pas! On ne pourra jamais confiner le mal sans ça… “
” –Mmmhmmm. Dans ce cas, on a un problème… La livraison est annulée. On peut en fabriquer?”
” –Si on avait le matos pour… et encore, ça prendrait un temps fou. Non, il nous faut des convecteurs. Mais si on ne peut pas s’en faire livrer, alors on va devoir improviser… Tu as regardé du côté de la contrebande?”
” –Tu rigoles ou bien? On est au milieu de rien ici. Ou veux-tu que je trouve des contrebandiers? Et puis, je te rappelle que ce projet est secret. J’ai déjà bien assez de mal à faire venir les livraisons, alors si en plus je dois mettre des bandits sur le coup…”
” -Ah! Jack ne t’as pas tout dit alors… Ilunes, il était contrebandier avant… Comme la plupart des gars ici… C’aurait été trop difficile de faire venir autant de personnel “officiel”. Tu devrais voir avec lui, il pourra peut-être t’aider. “
” –Dis-moi, tu trouves pas qu’il y a quelque chose de bizarre ici? Ok, je sais, le directeur d’Exoexport m’a tout expliqué… Le retour du mal, l’hiver sans fin, les gens qui dépriment. Selon lui, ça fait partie d’un plan plus grand… Mais si c’est vraiment LE mal qui revient, pourquoi c’est un projet secret? Pourquoi c’est une compagnie privée qui fait le boulot? Les États doivent bien être au courant tu ne crois pas? On devrait recevoir de l’aide de partout.”
Et puis, ok j’y connais rien, mais comment une machine, si grande soit-elle pourrait vaincre le mal?”
” –Tu te poses trop de questions Albert… Mais, tu as au moins raison sur un point, on ne pourra pas vaincre le mal. L’installation a pour seul but de le retarder. Elle fera revenir le printemps.
C’est pour ça les convecteurs. Ça doit diriger les énergies noires vers des cristaux. On pourra alors y enfermer l’essence du mal qui s’est répandue dans le monde. Alors son influence sera diminuée, et les saisons reprendront leur cours normal. “
” –Ouais, tu dois avoir raison… je me pose trop de questions…”
…
” –Ilunes? Je voulais te poser une question.”
” –Ouais, qu’est-ce qu’y a?”
” –Tes gars ont presque fini le boulot pas vrai?”
” –Ouais! C’est des sacrés gaillards. Et tous cas quand’j’suis là pour les surveiller.”
” –Ca fait un moment que ça me travaille, mais… tu sais, les cristaux, avec le mal enfermé dedans. Y vont devenir quoi? Vous les nains, vous seriez capables de faire quoi avec un truc comme ça?”
” –Ah bennn… J’me suis jamais posé la question en fait. Mais j’suppose que l’dirlo va les cacher dans un coin. En tous cas, moi j’voudrais pas y toucher! Y a trop d’puissance dans ces trucs là… Sûr qu’on pourrait détruire le monde si on les utilisait comme y faut!” En tout cas, nous les nains, on pourrait!”
” –Ilunes, je crois pas qu’on devrait la finir. Tu crois vraiment que c’est “pour sauver le monde” qu’Exoexport fait ça? Y a un truc qui cloche dans tout ça!”
” –Albert… j’suis désolé. T’es un bon gars! Mais t’aurait pas du te poser autant de questions!”
” –Ilunes? Qu’est-ce que? Hmpffff!”

***

” –Jack? C’est Ilunes. On est prêt. Y nous manque plus qu’les derniers convecteurs et on pourra lancer la machine.”
” –Et Albert? Tu as fait ce qu’on t’avait demandé?”
” –Ouais, y posera plus jamais d’questions… Les autres non plus d’ailleurs.”
” –Alors c’est bien, faites revenir le printemps, Notre Printemps! Mouahahahaha!”

1er: “Elles” de Pin’shae

2ème: “Nouveau Printemps” d’Aramina

3ème: “Le Printemps d’Ishtinara” de Galain

4ème: “Un Nouveau Monde” de Sordon

5ème ex-aequo:
“Psyché” d’Elora
“Printemps Nouveau” de Rhav’

7ème: “Réveil” de Demiandre

8ème ex-aequo:
“Le Chant de l’Ancienne Contrée” de Keiran
“l’Echapée Belle” de Melcrist

10ème: “Irran Etteyah” de Baalgor

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