
Thème : Propositions pour un monde meilleur
Tandis que l’automne s’installe et qu’approchent les jours froids, l’heure est venue de s’enfoncer dans un fauteuil et de philosopher sur la grande question de la vie, l’univers et le reste…
Dans une limite à nouveau étendue à 8 pages, soit 6000 mots (une marge de +/- 25% est admise), nous vous invitons à écrire une nouvelle répondant au thème propositions pour un monde meilleur. Qui n’aimerait pas vivre dans une société utopique ? Mais quelle utopie, pour qui et quels sont les idéaux qui la portent ? Dans l’univers de votre choix, présentez-nous des personnages, des groupes, des nations qui agissent pour la construction d’un monde idéal, ou ont essayé, réussi, échoué…
Comme toujours, votre texte se devra d’appartenir aux genres de l’imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction). Vous avez jusqu’au dimanche 26 novembre pour soumettre votre texte ICI.
À vos plumes, et que l’inspiration soit avec vous.

Les Textes
Bébel
Frères humains du continent perdu
Il était si loin de chez lui. Loin de Châteaudun, loin de ses hommes, Géraud, l’intendant, et le père Lambert, son confesseur. Loin de la douce Marguerite, son épouse chérie, la mère de ses enfants, ses enfants, Henri, la petite Françoise.
Les pensées du comte Henri de Châteaudun battaient la campagne.
Sous ses yeux, un immonde champ de bataille couvert de morts et de chevaux agonisants répandait son aura funeste. Entremêlés, les nobles chevaliers, les courageux soldats et les vils Sarrasins s’étaient rejoints dans la mort, tous unis dans une dernière souffrance, à présent délivrés.
Et le comte, rescapé une fois de plus, laissait son regard divaguer sans le laisser vraiment accrocher le charnier. La journée allait s’achever, et le soleil couchant, face à lui, le ramenait à des pensées douces. Là-bas, au-delà du soleil, Marguerite et ses enfants, et Géraud, et Bertrand l’attendaient.
Henri de Châteaudun était un bon chrétien. Cette Croisade, il s’y était lancé avec ardeur, avec foi. Le jour du départ, deux ans plus tôt, lorsque tous s’étaient réunis dans la cour du château, il avait senti cette incroyable force que tous ses proches lui transmettaient. Dès lors, ni les épreuves ni la fatigue ni la rigueur des combats n’avaient su éteindre sa flamme. Le comte de Châteaudun était resté ferme, droit, courageux, distribuant la mort sans plaisir ni remords.
Mais l’expédition avait mal tourné. Les chevaliers avaient perdu de rudes batailles, ils avaient perdu des villes, certains s’étaient enfuis, et après plusieurs mois dans le sable et la poussière, après de trop longues semaines à combattre la soif et panser leurs plaies, les chevaliers s’étaient réunis, et avaient convenu qu’ils n’avaient plus d’espoir de remporter cette guerre trop dure. Alors, meurtris mais vivants, vaincus mais intègres, ils avaient décidé de rentrer chez eux.
A côté du comte, le jeune Vincent de Charny, petit-fils de Géraud, nettoyait l’épée de son maître. L’écuyer avait beaucoup souffert aux premiers temps de l’expédition, pas préparé à la fureur des batailles. Sans doute, dans l’innocence de sa jeunesse, pensait-il que les combattants d’une cause juste remporteraient la victoire, et que leurs ennemis, éblouis par le prodige, reconnaîtraient leurs erreurs. Il avait vu dans ces combats qu’il n’était plus question de noblesse, mais de lutte, de lutte primale, et qu’il n’était plus question d’épargner qui que ce soit, et surtout pas ceux qui venaient de massacrer leurs compagnons. Vincent s’était endurci. A lui, les charniers ne faisaient plus rien. Ceux-là qui le faisaient vomir au début, il les considérait à présent d’un œil froid. Ils n’étaient qu’un épisode devenu normal en deux ans de guerre, le lot quotidien. Vincent s’était réfugié dans son rôle d’écuyer qu’il tenait avec méthode et conscience. Le vent se levait. Les guerriers reprirent leur route, et peu de temps après, établirent leur camp à l’abri d’une cuvette. La nuit tomba, tant bien que mal, sous les sifflements d’une nature hargneuse.
Au matin, le camp était battu par les vents, balayé de poussière, et Henri sortit de sa tente avec difficulté. Dehors, la nuit des hommes avait été difficile. Le sable et la poussière voilaient le soleil naissant, et non loin des nuages noirs s’approchaient. « Qu’est-ce que c’est que ce temps de fin de journée ? s’interrogea le comte.
- Messire, avez-vous bien dormi ? s’exclama Vincent, le visage tendu.
- Il est bien temps que nous quittions ces lieux, déclara Henri, désabusé.
Son regard errait vers ce ciel noir, et s’arrêta sur une colline ornée d’étranges protubérances. - Vincent ! As-tu vu ces pierres, là-bas ?
L’écuyer mit sa main en visière, et opina. Henri retourna prendre son épée dans la tente. - J’ai bien envie d’aller voir ce que c’est. Je trouve curieux de ne pas les avoir remarquées hier soir. »
Vincent n’osa pas lui faire remarquer que le temps devenait franchement menaçant, et qu’ils auraient pu attendre qu’il se calmât avant de s’aventurer dans la tempête. Les pierres en question formaient un cercle. Elles ressemblaient à d’autres formations que l’on retrouvait en France, parfois, sous les broussailles. Le chevalier et son écuyer entrèrent à l’intérieur du cercle, cherchant une explication, une trace quelconque.
Un éclair bleu frappa la colline voisine en un bruit phénoménal. Les cheveux des deux hommes se dressèrent sur leur tête. Vincent avait très peur. « Messire, il faut vraiment … » Il n’acheva pas sa phrase. Un autre éclair bleu frappa la plus haute des pierres, et se propagea sur tout le cercle de pierres, ceinturant les deux imprudents. Le tourbillon de sable et de lumière empêchait de voir au-delà, le paysage, le camp avaient disparu. Après de trop longs instants, la tempête se calma, les cheveux des deux hommes se rabattirent en désordre, et le paysage réapparut. Des plantes gigantesques, des fougères, ils avaient quitté le désert. Au milieu de cette nature luxuriante, un dragon leur faisait face.
La bête était aussi haute que deux hommes. Sa mâchoire était allongée telle celle d’un crocodile, et n’était-ce son absence d’ailes, … un dragon.
La stupeur les avait paralysés. Si l’animal avait voulu les attaquer, ils auraient été déchiquetés sur place. A la place, il tourna la tête sans leur accorder le moindre regard, et s’en alla, laissant les deux hommes pantelants.
Une fois la bête hors de vue, prudemment, Henri de Châteaudun et son écuyer sortirent du cercle de pierres. C’étaient bien les mêmes pierres, mais tout autour d’eux, plus rien n’était semblable. Ils étaient seuls, hormis quelques bestioles bizarres qui couraient dans des fourrés que le comte n’avait jamais vus. L’atmosphère était calme, et au-dessus de leur tête le soleil semblait être le seul élément familier de leur entourage.
« Messire … commença Vincent. Mais il ne voyait pas comment finir sa phrase. - Je ne comprends pas, Vincent, je ne comprends pas.
Vaincu par l’émotion, le jeune écuyer s’assit sur une pierre. Henri devait réagir ; il avait déjà connu des situations critiques, même si celle-ci dépassait en étrangeté toutes ses références. - Allons, relève-toi, compagnon. Nous allons marcher un peu, et trouver un abri. Si cette bête revient, ou une autre, nous ne devons pas rester à découvert. »
Ils se mirent en route. Le comte avait sorti son épée, et il regrettait amèrement son armure, qui n’aurait pas été de trop dans cet environnement possiblement hostile. Ils avançaient comme dans un rêve, subjugués par cette végétation inconnue et gigantesque, beaucoup de fougères et d’herbes aux senteurs déroutantes. Les animaux, voilà ce qu’il y avait de plus surprenant. Beaucoup ressemblaient à des insectes géants, ils voyaient courir quelques rongeurs, et de loin en loin, ce qui ressemblait à des lézards, ou bien des dragons abâtardis, petits, inoffensifs, peureux.
Les deux hommes s’installèrent sur un petit promontoire, dos à un rocher, et patiemment Vincent alluma un feu. Le comte avait tué ce qui ressemblait à un marcassin, et les deux hommes entreprirent de le manger. Pendant que la viande cuisait, le comte tâchait de comprendre ce qui était arrivé. Ils avaient voyagé. Tout en restant sur place. C’était inconcevable. Il semblait que c’était le monde entier qui avait disparu, et qu’il avait été remplacé par un autre monde, une autre Création.
A présent qu’ils avaient trouvé un repaire acceptable, les deux hommes n’avaient plus intérêt à poursuivre leur exploration. Avec l’épée du comte et le couteau de Vincent, ils découpèrent quelques branchages, quelques feuilles géantes, et se fabriquèrent un modeste abri. La nuit vint. Le comte prit le premier tour de garde pendant que son compagnon tentait tant bien que mal de trouver le sommeil. Il se leva, vit apparaître les premières étoiles dans le ciel, et cela lui fit du bien. Il reconnaissait les étoiles, les constellations aussi. Dieu était sûrement là aussi, caché dans ce firmament. Avait-il quelque chose à voir avec cette aventure ? Le comte lui adressa ses prières les plus ferventes, et au milieu d’elles, flottait le visage de son soutien de toujours, sa femme Marguerite.
Le comte tarda à réveiller son compagnon, qui avait trouvé un sommeil serein. Il fouillait l’obscurité, à la recherche d’un indice, inquiet de certains bruits et de silhouettes bien trop grandes. C’est à ce moment qu’il détecta une lueur. C’était un point fragile, intermittent, comme un feu semblable au leur, un feu de branches humides, trop fumeux. Ce n’était pas un dragon qui avait fait ça, ni une misérable bestiole. Un feu, c’est un homme.
Henri écarquillait les yeux dans le noir pour fixer en lui la destination de cet espoir ; il traça au sol des lignes qui pointaient vers ce feu et réveilla Vincent. Le jeune homme accueillit avec bonheur cette nouvelle, et semblait prêt à partir vers la lumière, mais le comte avait bien besoin de repos, et il ne servait à rien de partir ainsi de nuit, même pour une courte distance. Aussitôt couché, contre toute attente, le comte s’endormit.
Le matin vint, et avec lui l’espoir. Ils n’avaient pas été attaqués, et une promesse s’étalait jusqu’à la colline voisine, au pied de laquelle ils avaient repéré ce feu.
La marche était malaisée, la végétation était dense et il était difficile de garder un cap, sans point de repère. Les deux hommes, malgré leur expérience et tout leur courage, n’étaient pas rassurés ; chaque bruit était une menace. Soudain Vincent poussa un cri : un dragon venait d’apparaître au détour du sentier. Il était plus gros que celui de la veille, et se montra instantanément hostile, dévoilant des dents à faire rougir un crocodile. Son museau était encore barbouillé du sang de sa dernière victime. Il cria comme un gros coq et se jeta sur ces deux nouvelles proies. Henri brandit son épée et s’écarta brusquement lorsque la bête plongea sur lui. Le coup qu’il lui porta sur le flanc n’entra pas profondément dans la chair, mais suffit à décupler la fureur du dragon. Vincent avait plongé dans un trou, espérant disparaître aux yeux du prédateur. L’animal en voulait à Henri ; il fit volte-face avec une rapidité sidérante et lança une nouvelle fois sa gueule vers le pauvre chevalier qui hachait l’air avec son épée, dérisoire tentative d’échapper à son destin. Cette fois-ci, il évita encore les dents tranchantes, mais une griffe lacéra son épaule et il lâcha son épée sans avoir eu le temps de porter un second coup. Il lui restait ses jambes, mais son adversaire était bien trop rapide. A peine avait-il esquissé un saut derrière un arbre que cette incarnation du Démon lui avait saisi la cheville avec une de ses pattes. Après l’épaule, un nouveau flot de douleur lui parcourut le corps, et il se laissa tomber, vaincu. Puis le dragon poussa un cri terrible, un cri de douleur : venant de nulle part, un pieu noir lui avait transpercé le flanc, puis un second, et ce fut au tour du dragon de chercher à fuir. Claudiquant, soudain très lourd, il s’enfuit par les fourrés sans cesser ses cris de coq, une trace sanglante dans son sillage.
Henri tâcha de se redresser, s’assit, et vit arriver autour de lui un gros groupe d’hommes. Car, oui ! c’étaient bien des hommes. La peur, la douleur, l’émotion, le comte réprima une envie de pleurer. Vincent accourut vers lui : « Pardon, pardon, … » Le comte eut un geste de mansuétude : comment reprocher à son écuyer de s’être enfui ? Contre un tel adversaire, il n’y avait rien à faire. Cette fois, le comte lâcha ses pleurs, et serra contre lui le brave garçon. Il se reprit vite pour accueillir les valeureux guerriers qui les avaient sauvés. Ceux-ci étaient vêtus de peaux animales, et armés de pieux, de lances. Leurs visages étaient amicaux, presque rieurs. Leurs traits étaient fins, tout à fait semblables à ceux que le comte et son écuyer avaient laissés derrière eux ; leur peau était bronzée, mais de divers degrés selon chacun. C’étaient des hommes, étonnants de normalité. Ceux-là le regardaient comme un des leurs, et s’empressaient autour de lui pour regarder sa blessure. Ils s’exprimaient en mots bien détachés : « Ni-ha », plusieurs fois, « Oussi », pas de longues phrases, des injonctions brèves que le chevalier ne pouvait traduire mais qui reflétaient le langage militaire qu’il connaissait bien.
Un des hommes sortit un onguent de sa sacoche, et entreprit de lui en badigeonner l’épaule et la cheville, pendant que deux assistants déroulaient une bande végétale pour lui serrer les deux plaies.
Le groupe était très bien organisé. Chacun semblait savoir ce qu’il avait à faire. Quatre hommes, armés d’espèces de faucilles en pierre, s’attelaient à découper des grosses plantes pour les assembler en brancard. Un groupe important avait formé un large cercle autour des autres et montait la garde dans toutes les directions.
Quelques instants plus tard, le comte avait repris ses esprits. L’onguent faisait-il déjà son effet ? La douleur lui paraissait supportable. L’un des hommes, qui avait ramassé des cailloux, les disposa en cercle devant le chevalier. On aurait dit une miniature du cercle de pierres qui les avait amenés ici. Devant l’air interrogateur de son sauveur, Henri acquiesça : oui, il venait bien de là. L’homme désigna sa poitrine, puis tous ses compagnons, et montra le cercle de pierre, et lui aussi hocha la tête : tous les présents étaient arrivés de la même façon que Vincent et lui. L’homme refit un geste vers sa poitrine, et dit « Akka ». Henri sourit : « Henri, Vincent ». Les autres répétèrent, sourire aux lèvres : « ha-i, vin-sa ».
Le brancard était prêt, on y allongea Henri. Les hommes de garde se mirent en file, les autres les suivirent, chacun avait pris un air soucieux, et ils partirent.
Ils marchèrent toute la journée. Vincent s’était intégré au groupe, on lui avait prêté une arme et il portait une sacoche en sus. Le jeune homme avait retrouvé de l’assurance, il cherchait à discuter avec ses camarades, mais Akka lui fit signe de se taire, et d’un geste éloquent désigna la nature autour de lui. Le danger suintait de chaque interstice.
Ils marchèrent tout le reste de la journée. A la pause méridienne, Henri tenta de mettre pied à terre, mais sa blessure l’en empêcha. Allons ! se dit-il, je n’ai pas à me plaindre, considérant les petits fruits secs que ses compagnons lui avaient donné pour repas. Vincent vint le voir : « Avez-vous compris, messire, ce qui nous était arrivé ? - Et toi, Vincent, qu’en penses-tu ?
Il avait en effet une hypothèse en tête, mais redoutait qu’elle fût vraie. - Je n’en sais rien, messire. Ces hommes ont l’air braves et dignes de confiance. Je ne sais quoi dire de plus.
- Je me demande si nous – il cherchait ses mots – n’avons pas été victimes de cette tempête, Vincent. Peut-être que l’éclair nous a foudroyés.
- Je ne comprends pas.
- Peut-être avons nous péri, Vincent. Peut-être sommes-nous quelque part, dans un monde que le Seigneur réserve aux gens morts.
- Nous avons atteint le Paradis ?
Le comte se rembrunit. - Je ne vois pas là les promesses dont on m’a tant parlé. Le Royaume des Cieux serait bien misérable s’il était peuplé de monstres et d’hommes sauvages. Ce n’est sûrement pas l’Enfer non plus. Un autre monde, intermédiaire. J’ai peur que le Seigneur nous inflige cette épreuve pour la vie que nous avons menée.
- Mais ?!
Vincent était désemparé. Il ne savait pas quoi répliquer. - Nous pensons faire ce qui est juste, Vincent. Mais qui peut vraiment savoir ?”
Il s’interrompit, car les quatre hommes qui le portaient venaient le chercher, et la troupe reprit sa marche.
Ils arrivèrent au but en fin de journée. Cachée derrière une colline, ce fut une véritable ville qui apparut sous leurs yeux ébahis. Elle était formée de quelques centaines de huttes, au bas mot, et ceinturée de murailles végétales bardées de pieux menaçants. Au sommet de ces murailles, des dizaines de guetteurs en armes.
Voilà l’îlot d’humanité en ce monde, pensa Henri. On leur ouvrit les portes. Aussitôt, une foule se pressa vers eux. « Algou » disaient les gens en montrant le brancard et l’écuyer. Il y avait des femmes, beaucoup d’enfants, des vieillards, et tous les hommes étaient armés, tous vêtus de peaux. Vincent était stupéfait de voir tant de visages accueillants. Souvent, il avait pénétré dans des villages au cours de son long voyage, et jamais on ne l’avait accueilli avec autant d’enthousiasme. Recroquevillés dans un abri qui, tout imposant qu’il fût, restait bien modeste au regard de la taille du monde entier, ces hommes offraient le visage d’une seule et belle famille, réunie là par un destin sans nom.
On s’installa, les hommes étaient épuisés, on remettrait à plus tard les présentations. Vincent et Henri furent conduits dans une hutte où les attendaient quelques fruits frais et de l’eau. Ils burent, mangèrent, et s’endormirent sur des paillasses qui pour leur corps abîmés valaient tous les lits des rois.
Henri dormit très longtemps. Les blessures du dragon lui tiraient son énergie vitale, seul le repos en viendrait à bout. De temps en temps, il se réveillait, sentait une présence auprès de lui, une main douce sur son front, un parfum féminin. Etait-ce un rêve ? Il se rendormait.
Pendant ce temps, Vincent tâchait de s’habituer à sa nouvelle vie. Après deux jours, il était déjà volontaire pour partir en expédition de vivres. Les hommes ici n’étaient pas agriculteurs. Vincent avait cru comprendre que les bêtes ne se laissaient pas domestiquer, et puis le gibier abondait, les bons fruits aussi. Les expéditions étaient fréquentes, car il fallait nourrir une population nombreuse, que le jeune homme, dans sa science des nombres, estimait à peut-être trois mille personnes. Aidé de ses gestes, Vincent discutait avec les hommes. Il les interrogeait sur toutes les plantes qu’ils rencontraient, sur les rares animaux qu’ils croisaient et qui détalaient bien vite. Les autres s’en amusaient, ils lui montraient les plantes comestibles, les mauvaises. Vincent avait à cœur de leur montrer qu’il était lui aussi un bon chasseur. Son modeste couteau faisait l’admiration de tous.
Au bout de quatre jours, Vincent et son escouade revinrent à la ville, et ils trouvèrent le chevalier sur ses jambes. Henri en avait vu d’autres, il avait « bon sang », et l’onguent avait sans doute ses mérites. A ses côtés, se tenait la jeune fille qui l’avait veillé, Malia. Elle avait un sourire très doux, et salua les guerriers-collecteurs de retour.
Henri se remit peu à peu de ses blessures. Quelques semaines passèrent, et il retrouva sa pleine santé. Il était plus ou moins désœuvré, et se promenait dans la cité, mais aussi sur les remparts. La vue dont on jouissait était incroyable. Il comprit que toute cette faune bizarre était bien plus variée qu’il ne l’avait imaginé. Cette bête qu’il avait appelée « dragon », n’était qu’une bête parmi tant d’autres que l’on voyait passer, au loin, certaines carnivores, d’autres beaucoup plus paisibles, énormes herbivores dont la placidité n’avait d’égale que la taille. Il semblait au comte qu’on aurait pu creuser un palais dans la carcasse de ces géants. Ses compagnons comprenaient sa stupeur, et il n’était pas certain qu’eux-mêmes soient habitués à ces visions oniriques.
Le chevalier avait en partie compris ce qui était arrivé à ces frères humains. Un à un, ils avaient eux aussi traversé le mystérieux passage. Combien d’entre eux étaient morts rapidement sous la dent de quelque créature ? Quels prodiges avait dû déployer le premier survivant de ce continent perdu ? Car Henri en était persuadé à présent. Ce monde ressemblait trop au sien, ces hommes lui étaient trop proches (et combien il s’en réjouissait !). Il n’était pas mort (sa blessure ressemblait bigrement à une de celles qu’il avait déjà connues), il était en voyage. Où ? Il n’en saurait sans doute jamais rien. Il fallait se résoudre à parler d’un continent perdu, au-delà des mers. Une force inexplicable avait dû les y projeter, son écuyer et lui-même. Cette hypothèse ne disait pas pourquoi les pierres étaient les mêmes à l’arrivée, ni surtout qui avait bien pu les installer, qui avait inventé ce voyage, mais c’était la seule qui lui était venue, après qu’il eut refusé sa mort.
Le soir descendait, une rêverie l’envahit. Ces hommes, ces femmes perdus au-delà de toute imagination, qui trouvaient la force de s’organiser dans cet environnement cauchemardesque, qui trouvaient le courage de faire des enfants et de rebâtir les prémices d’une civilisation, en mélangeant leurs talents, leurs langues, leurs connaissances. Ces hommes, ces femmes qui (depuis combien de générations ?) avaient dû surmonter des drames terribles, des attaques effroyables, et qui avaient survécu, au prix d’une organisation sans faille, d’une vigilance et d’une abnégation sans relâche.
Ces frères humains qui plus jamais ne connaîtraient la guerre, tous tournés vers leur survie propre et la survivance de cette espèce dont ils étaient les fragiles représentants … et qui se retrouvaient, le soir, pour chanter, danser, se raconter des légendes de l’Ancien Monde …
Henri regagna sa hutte empli de cette rêverie profonde. Il laissait peu à peu le sommeil s’emparer de lui, lorsqu’une forme vint se serrer contre lui. C’était la jolie Malia. Dans la pénombre, il devina le sourire qu’arborait la douce jeune femme. Très simplement, elle lui proposait de partager sa couche pour la nuit. Il lui caressa la joue avec bienveillance, et la repoussa gentiment. Il ne pouvait pas, il ne voulait pas accepter cette offrande. Sa femme était plus loin que tout, à présent, plus loin que ce qu’il était possible d’imaginer, et peut-être qu’un tel écart, dans ces circonstances extraordinaires, lui serait pardonné. Mais Henri s’était tant imprégné de l’image de sa femme qu’il ne pouvait s’en défaire. Marguerite l’avait protégé de toutes les tentations, là où d’autres étaient tombés et s’étaient perdus. Marguerite était la figure de l’espoir, elle était une promesse, la promesse du retour. Accepter Malia, c’était oublier Marguerite, c’était abandonner tout espoir de retour, c’était se résigner.
Au matin, sa décision était prise. Marguerite l’attendait, il devait la rejoindre. Il serait fou d’achever définitivement son existence sans avoir tout tenté pour la retrouver. Il alla voir Akka. Les deux hommes se comprenaient de mieux en mieux. Henri lui expliqua qu’il devait rejoindre le cercle de pierres. Pourquoi ? Je dois revenir chez moi. J’ai une femme, Marguerite. « Maguitt ? » Merci pour tout. Vincent et moi repartons, nous retournons au cercle de pierres, et nous attendons la tempête. Non, non. Je veux rentrer. Vous n’irez pas seuls. Je te comprends. Tu auras une escouade. Je fais venir les hommes. Combien ? Si vous êtes dix, ça ne changera rien, vous n’irez pas loin. Si vous êtes cent, c’est une expédition trop lourde.
Les mains d’Akka s’agitaient sur le sol, il parlait mi-mots, mi-dessins, le tout accompagné de force gestes.
Vous croisez un groupe de dragons. Sept hommes pour tuer un dragon : la tête, les quatre membres, deux derrière, on se relaie. Jamais les dragons ne vont par plus de cinq. Cinq groupes, et un sixième pour remplacer les morts. Quarante-deux hommes pour traverser le terrain et survivre.
Combien d’hommes faut-il pour survivre en ce monde ? La réponse est : quarante-deux.
Henri redressa la tête. Akka venait de lui donner les clés de sa stratégie. Il lui donnait les moyens de rentrer chez lui. Il lui serra les deux mains avec affection.
Ils partirent le lendemain. Les adieux furent brefs. Ce que ces deux nouveaux colons allaient tenter, personne ne l’avait fait avant eux. Personne n’avait eu, depuis très longtemps, de raisons aussi fortes de quitter le continent perdu. Qui parmi eux avait compris les motivations de leurs hôtes ? Henri avait tâché de se justifier, car il éprouvait quelque remords à mobiliser une escouade entière pour leurs seules personnes. Il n’avait pas les mots.
Vincent suivait, toujours aussi fidèle et déterminé. C’était aussi pour lui, pour ses espoirs de jeune homme, qu’il devait rentrer, pour lui offrir ce retour qu’il avait mille fois mérité.
Le cercle n’était pas loin. Une journée de marche suffit à les y mener. Les hommes avaient pris des réserves de nourriture. Ils s’installèrent du mieux possible autour des blocs, et l’attente commença. Elle fut longue, pénible, le pire moment de toute l’aventure, pire que leur arrivée, qui n’avait duré que quelques instants délirants. Le danger était de retour, et plusieurs fois il leur fallut repousser les attaques de dragons, de différentes sortes, certains petits et hargneux comme des chiens sauvages et qui emportèrent un malheureux camarade. Henri et Vincent attendaient l’orage. Tous les signaux du ciel, tous les nuages noirs, les bourrasques fréquentes, les pluies froides, les voyaient rejoindre le centre du cercle, en espérant un éclair bleu. Plusieurs semaines s’écoulèrent ainsi. Le découragement qui les ceinturait ne semblait pas avoir de prise sur leurs compagnons, qui semblaient animés d’une flamme éternelle. Pour leurs amis, Henri et Vincent tinrent bon, résistant à l’envie de revenir, de rejoindre le village, qui était si peu éloigné, le confort, Malia.
Qui peut dire ce qu’est le destin d’un homme ? Celui d’Henri était-il de rentrer chez lui ? Les prières qui reliaient le comte à sa femme étaient-elles aussi invincibles que le disent les légendes ?
Un matin, le vent se leva, fort, de lourds nuages apparurent enfin, très vite, et l’on entendit le bruit terrifiant de la foudre. Henri de Châteaudun et le fidèle Vincent de Charny, écuyer, s’installèrent au centre du cercle de pierres. Ils n’avaient pas peur. Leurs compagnons les saluèrent une dernière fois et se mirent à couvert. Le vent forcit. Plusieurs éclairs bleus claquèrent autour d’eux, leurs cheveux se dressèrent sur leur tête, puis une lumière intense parcourut le cercle de pierres, en fit un tourbillon …
Henri se laissa tomber sur le sol. C’était du sable.
On entendait des voix au loin. Des cris, des cliquetis d’armes, des bruits sourds de cavalcades : encore une fois, des hommes se battaient entre eux. Henri sut alors qu’il était revenu chez lui.
Aramina
Roan l’ingénieux
Roan referma la lourde porte derrière eux et se retourna vers une Shana toute essoufflée après leur folle course à travers le château. Il n’avait pas besoin de mots pour la comprendre, il connaissait son corps et son langage par cœur. En cet instant, il lui hurlait son désir. Sa peur aussi.
Il se précipita vers elle et prit son visage dans ses mains pour l’embrasser. Il écarta ses doigts fins qui cherchaient à défaire les lacets de sa robe. Jusqu’à la fin, déshabiller la reine resterait l’apanage du roi. Ils n’avaient plus de temps, mais il se l’accorda quand même. Les fines cordes de cuir dénouées laissèrent la lourde robe glisser à terre. Shana était nue sous sa tenue, Roan recula d’un pas pour mieux l’admirer. Sa peau blanche était parfaite et la mettait bien plus en valeur que n’importe quelle étoffe. Elle ne se parfumait pas, Roan aimait son odeur naturelle. Il cachait toujours son visage dans sa nuque pour l’emporter avant de quitter le château. Ses seins se soulevaient rapidement au rythme de sa respiration. Il laissa ses doigts effleurer sa peau, partant de la naissance de son cou. Il avait appris chaque centimètre de son corps, l’avait vu évoluer au fil des années, pouvait évoquer l’apparition du moindre grain de beauté. Roan ressentait le corps de Shana comme un seigneur ressent ses terres. Intimement. Presque viscéralement. Ses doigts continuèrent de descendre, passèrent le creux de sa poitrine, réveillant des frissons sur son ventre pour finir par s’aventurer bien plus bas que la vertu ne le tolère. Roan sentait son regard sur lui. Il le devinait perçant et intense alors qu’il n’avait d’yeux que pour ses hanches. Shana avait toujours aimé sentir le désir qu’elle suscitait chez lui. Sur ce point il ne l’avait jamais déçue.
Il était tombé amoureux d’elle dès leur première rencontre. Roan donnait souvent des réceptions où tous les grands seigneurs amenaient leurs filles dans l’espoir qu’elles y trouvent les faveurs du roi. Shana ne venait pas d’une famille puissante, bien que sa maison fût tout à fait respectable. Il l’avait de suite repérée parmi ses consœurs, déesse callipyge qui dégageait une grâce et une sensualité à chacun de ses mouvements. Roan était le roi le plus érudit que Toriam ait connu. Les jeunes filles se succédaient à ses côtés pour démontrer leurs propres connaissances. Certaines récitaient des vers qu’il avait déjà entendu, d’autres décrivaient des pays qu’il avait déjà visité. Quelques rares s’essayaient à la philosophie avec des questions qu’il avait déjà explorées. Mais pas Shana. Shana riait aux éclats pour des détails, elle goûtait, sentait, écoutait comme si elle découvrait tout pour la première fois. Elle vivait l’instant présent entièrement et vous entraînait avec elle. Et surtout elle bougeait comme si l’espace était à elle, comme s’il s’inclinait devant elle. Elle était venue avec ses propres armes et toutes les connaissances de Roan n’avaient pas suffit pour faire bouclier contre elles. Alors il avait fait la seule chose à faire, lui succomber au grand soulagement de sa famille. Shana avait bien reçu une éducation de base, mais elle avait rapidement renoncé à ses cours. Elle voulait devenir danseuse. Ce qui aurait été une grande honte pour leur nom ne serait plus qu’une lubie prêtant à sourire une fois devenue reine.
Roan sentait la chaleur de sa peau, son souffle à ses oreilles, son cœur qui accélérait. Dans un mouvement large il envoya voler les cartes et parchemins qui jonchaient la table. Tout cela n’avait plus d’importance maintenant. Seuls comptaient leurs deux corps, ces instants volés, et la petite fiole posée sur la cheminée pour lorsque le moment viendrait. Elle était fine, délicate et semblait sublimer chaque parcelle de lumière qui osait se poser sur elle, à l’image de Shana. Il allongea délicatement sa femme sur le bois tiède pour une étreinte d’abord douce et délicate. Shana fermait les yeux, toute à l’écoute de ses sensations. Roan les devinait. Il se fit plus rapide et plus intense. De dehors, les clameurs lui tordaient les tripes et les cloches du temple lui transperçaient l’âme. Il ne voulait plus qu’entendre ses gémissements, oublier tout le reste, se perdre définitivement en elle. Pour la première fois de sa vie il renonçait à réfléchir, il rejetait la logique et voulait cueillir l’instant et ce qu’il avait à lui offrir. Il aurait dû le faire dès le commencement.
Au grand étonnement de leur entourage ils avaient formé un couple heureux à chaque instant de leur mariage. Ils vivaient dans deux mondes différents mais ils s’étaient retrouvés pour former leur univers. Roan étudiait, Shana vivait. Roan pouvait enseigner des heures sur les étoiles, Shana les regardait briller en s’émerveillant. Le soir il aimait la voir danser pour lui, bien qu’il la soupçonnât de ne danser que pour elle-même. Elle était aussi légère et éclatante que les bulles de ce vin pétillant ramené de son dernier périple. Ils n’attendaient rien l’un de l’autre, de la même manière que le cœur n’attend rien de l’esprit. Ils formaient un tout, indissociable, quelle que soit la distance entre eux.
Roan partait souvent en voyage. Dès qu’il entendait parler d’une nouvelle bibliothèque, d’un nouvel enseignement, il faisait ses bagages. Maintes fois il s’était promis qu’il en savait assez, que sa vie était au château maintenant, mais l’appel était plus fort. Parfois Shana l’accompagnait, le plus souvent elle restait à Toriam. Il ne lui serait pas plus venu à l’idée de lui demander de renoncer que de lui ordonner d’arrêter de respirer. Il revenait des semaines, parfois des mois après avec de nouvelles techniques pour maîtriser l’eau ou des schémas complexes assortis de toutes petites annotations. Il lui en parlait d’un ton passionné et elle lui faisait gouter du raisin ou écouter un nouvel air de musique, comme si l’importance en était la même. C’est elle qui avait raison, il aurait du y avoir plus de raisin et de musique.
Shana se redressa et il la porta contre l’immense bibliothèque. Ses jambes fines enserraient sa taille tandis que ses longs cheveux se perdaient sur leurs visages. Les yeux fermés, la respiration saccadée, elle s’accrochait à lui comme un naufragé à sa planche, lui griffant le dos et lui mordant les épaules. Elle avait souvent dit qu’il était son phare, et qu’importe les tempêtes elle n’avait qu’à regarder vers lui pour garder le cap. Il l’avait au contraire égarée avec lui. C’est par sa faute qu’ils mourraient tous les deux. La fiole irisée accrocha son regard et Roan s’abîma de plus belle en Shana pour oublier tout ce qui les entourait.
Toriam était devenu un royaume prospère. Roan ne croyait pas en la fatalité, uniquement aux problèmes à résoudre. La science apportait une solution à tous ceux qui voulaient bien la chercher. Les récoltes s’amélioraient d’année en année, les maladies trouvaient un traitement. Les enfants mangeaient à leur faim et les parents leur enseignaient ce qu’eux même avait appris. Roan ne se contentait pas de son bonheur, il voulait celui de tous. Il métamorphosa son royaume et la vie de ses sujets. C’était un roi aimé et respecté. Roan l’ingénieux l’appelaient-ils. Alors quand il eu l’impression de ne plus rien avoir à apporter de plus à son peuple, il se rappela d’un voyage en Phylie, de ses déserts et de sa misère. Au lieu de vivre de son bonheur chez lui, il voulu leur apporter leur part à eux aussi. Ils auraient pu aider le monde entier.
Il était allé au contact de ces hommes pour écouter leur désespoir. En retour il leur avait appris comment choisir les graines et apporter l’eau, comment éloigner les épidémies et soigner les bêtes. Ça aurait pu marcher. Ça aurait du marcher. Il y avait bien assez de ressources sur la planète pour que tous vivent heureux et sereins. Personne n’avait a souffrir inutilement, du moins était-ce qu’il croyait. Mais un peuple qui mange à sa faim est un peuple qui pense. N’ayant plus à lutter pour survivre ils pouvaient lire, poser des questions et attendre des réponses. Les oligarches Phylisiens l’avaient compris bien avant Roan et sentirent leur toute puissance vaciller. Ils l’accusèrent de vouloir prendre la place des dieux. Ils savaient que c’était faux, Roan aussi, mais les paysans le crurent. Partout son nom fût sali et les Toriamiens furent chassés du pays. Les machines et manuscrits qu’il avait apporté dans les villages furent brûlés et des prêtres de toutes les divinités exercèrent des purifications des terres des jours durant. Jamais la Phylie n’avait connu d’aussi grande régression. Afin de prouver qu’ils respectaient les dieux les paysans renoncèrent à toute technologie, y compris celles qu’ils maîtrisaient précédemment. La nourriture manqua et la fièvre emporta nombre d’entre eux. Partout il se disait que c’était bien la preuve que Roan avait contrarié leurs divinités.
Malgré le vacarme des combats une impression de douloureux silence se fit. Quelque chose brillait par son absence. Roan mit quelques secondes à comprendre : Les cloches du temple s’était tues. Ce n’était pas juste. Il pensa à Jalion qui les avait marié, à sa douceur et à son écoute. Ses vieilles mains caleuses avaient tiré sur les cordes aussi longtemps qu’il avait pu pour que les habitants sachent jusqu’à leur dernier souffle qu’ils n’étaient pas seuls, que leurs dieux étaient à leurs côtés. Il devait être mort à présent. Il espérait que ce fut rapide. Il avait voulu amener la lumière autour de lui et c’est son royaume qui serait soufflé comme une bougie. Toutes ces années il avait voulu apprendre pour faire un monde plus juste et équitable, la seule chose qu’il n’avait pas étudié était comment faire la guerre. Il n’avait pas vu l’intérêt à l’époque, il pensait qu’en améliorant la vie de tous la violence disparaîtrait. Il avait été ridicule. Il posa son regard sur Shana et vit qu’elle paniquait. Elle avait compris elle aussi, ils étaient bien plus avancés qu’ils ne l’auraient cru. Il ne restait plus qu’un cercle de remparts et ils seraient dans les murs du château. Roan l’entraîna sur le balcon arrière et poussa la porte fenêtre. Sur le sol de larges peaux les protégeaient du froid lorsqu’ils s’y attardaient le soir. Ils avaient passé des heures à contempler le ciel, à rire et à s’aimer, leurs corps tant enlacés qu’ils n’en formaient plus qu’un. Comment protège t’on ceux qu’on aime de la peur de la mort ? Y avait-il un livre qui parlait de ça ? En contre bas la Garrice déversait ses eaux tumultueuses. Son bruit camouflait en partie le chaos de la bataille. D’ici peu elle emporterait aussi leurs corps. Roan ne savait que trop bien ce qu’ils feraient de Shana s’ils les capturaient. Un poison aussi rapide qu’indolore leur servirait de porte de sortie. Mais même sans vie il ne voulait pas leur laisser sa femme en pâture. Derrière la porte Johan attendait le signal. Il devait bouillir intérieurement de ne pas être avec les troupes. Ce rude combattant avait été son plus fidèle ami, son confident, son protecteur. Compagnon de voyage, il lui devait de nombreuses vies et Johan aurait donné la sienne pour son roi sans la moindre hésitation. Aujourd’hui il mènerait une dernière mission : Confier leurs deux corps à la Garrice. En lui confiant cette tâche Roan paierait une partie de sa dette envers lui. En roi prévoyant il avait aménagé des couloirs secrets afin de sortir du château. Derrière la bibliothèque un passage menait à une première salle recelant tenues civiles, or et sacs de vivre. De quoi repartir pour une nouvelle vie. Mais qu’aurait-il pu proposer à la reine ? De courir la campagne pour trouver de petits travaux et vivre dans la misère ? Ils mourraient sur leurs terres, mais Johan pourrait tenter sa chance. Il lui devait bien ça.
Forts de la nouvelle ferveur d’un peuple se sentant coupable, les Phylisiens ne se contentèrent pas de resserrer la main mise sur leur pays. Ils attaquèrent les peuples voisins pour leurs hérésies et les aider à vivre dans la règle des dieux. Pour cela ils confisquait les terres et tuaient ceux qui tentaient de négocier. Mais ces victoires ne leur avait pas suffit. Ils fallait qu’ils se mettent à l’abri de Roan et de ses idées nouvelles. Eux avaient étudié les tactiques et les armes, ajouté à leurs convictions il ne fallut pas longtemps aux guerriers pour mettre le pays à feu et à sang. Défaites après embuscades ils avaient avancé jusqu’à se retrouver aux portes du château royal. L’attaque avait commencé ce matin, aux premières lueurs de l’aube.
Roan s’allongea dans le dos de Shana. Ils aimaient cette position qui permettait à ses mains d’avoir accès à tout son corps. Mais ce matin son esprit n’était pas à leur communion. Il avait voulu lui accorder pleinement leurs derniers instants, lui permettre de s’évader de cette réalité pour que l’attente soit moins insoutenable. Peut être auraient-ils pu fuir vers la mer, trouver un bateau et chercher une nouvelle vie sur un nouveau continent. Mais il ne pouvait pas l’imaginer sans argent, les mains abîmées et tentant de gagner tout juste de quoi manger et dormir sous un toit. La peau de Shana était chaude et douce sous ses doigts. Tellement pleine de vie. Elle ne réagissait pas comme habituellement, son corps était tendu, il n’avait pas ses mouvements souples qu’il aimait tant. Il tourna son visage vers lui pour lui chuchoter des mots rassurants. Elle pleurait en silence. Elle ne pouvait pas mourir.
Roan se releva précipitamment. Shana chercha du regard avec angoisse ce qui avait alerté son mari. il la drapa d’une peau afin de préserver une pudeur dérisoire en ces moments et l’entraîna vers le passage secret. Une manipulation rapide dans les livres et le couloir sombre se dévoila.
« Cours devant et prépare toi »
Il avait des connaissances, des ressources, des solutions. Il pouvait y arriver. Pas forcement lui offrir une grande vie, mais une vie quand même, peut être même heureuse. Il couru complètement nu vers la porte, il n’oublierait pas son ami. Il ne fallut pas une seconde pour que Johan comprenne ce qu’il se passait. La porte ouverte, l’absence de Shana. C’était un guerrier aguerri qui analysait rapidement les situations. Il entra dans la pièce et pris quelques secondes pour placer la lourde barre qui leur offrirait quelques minutes supplémentaires. Roan avait déjà fait demi tour. Au passage il attrapa la petite fiole. Il y aurait peut être un dernier moment, mais pas de suite. Shana devait les attendre déjà habillée. Chaque pas les rapprochait de la sortie, de la mer, d’une nouvelle vie. Tout en dévalant le couloir, ses pieds nus martelant le sol glacé au son des bottes de Johan qui le rattrapait, Roan résolvait déjà l’équation qui garderait Shana en vie.
BradPriwin (Aka saidor)
Eioptu
Ah, la proposition pour un monde meilleur… Est-ce seulement possible ? Peut-on concevoir un univers crédible où l’entièreté de la population serait libre, épanouie et sereine ? C’est une question ardue pour laquelle moult réponses peuvent être formulées. Autant avouer d’emblée qu’il s’agit surtout d’une construction de l’esprit et non d’une véritable possibilité. Réfugions-nous donc dans l’imaginaire ! Qu’est-ce que l’on risque, après tout ? L’erreur provoque moins de dégâts.
Bien des penseurs conjecturèrent à l’idée de combattre les maux, qu’ils fussent brillants ou acratopèges. Leurs idées restèrent calfeutrées dans leurs vétustes ouvrages tant leurs applications dans la vie réelle s’avérèrent limitées. Et pour cause : ils avaient beau imaginer le système le plus juste qui fût, rien ne pouvait entièrement réparer d’incurables souffrances. Voilà comment la théorie et les faits divergeaient, se courbaient dans l’espace et le temps pour se séparer nettement. Tout était inscrit dans notre histoire même, et le constat était similaire pour celles issues de notre propre imagination, puisque même les utopies fictives revêtaient une apparence malsaine derrière leur prétendu bonheur éternel et universel. L’utopie… ou un miroir pour dénoncer les travers de notre propre système ?
Ce sera dans nos têtes que la quête du bien-être ultime se déroulera. Il faudra donc réfléchir à notre façon de penser, à notre rapport aux autres. Nous apporterons chacun notre pierre dans l’enchevêtrement de briques ciselées composant nos terres, où les ravages des massacres antérieurs se poursuivront inlassablement, jusqu’à la lassitude ou l’extinction totale. Dans l’aube s’écoulera le sang des décédés et les larmes des survivants qui s’efforceront de les ravaler afin de mieux construire l’avenir. La question résidera donc, pendant au bout de leur langue effacée par le dégoût de s’exprimer : comment honoreront-ils les sacrifiés ? Eux-mêmes ne le sauront peut-être jamais.
Diverses perspectives s’établiraient sous les efforts soutenus de tout un chacun. On en reviendrait aux fondamentaux : à quoi ressemblerait une civilisation où chaque habitant affirmerait être heureux sans équivoque. Chaque femme, chaque homme, chaque enfant, quelle que serait leur origine, quelle que serait leur condition sociale, tous accèderaient au même droit, le fondamental, celui du bonheur absolu. Tous mèneraient l’existence dont ils auraient toujours rêvé ! Oui, mais… quand bien même cela existerait, cette société serait-elle stable et immuable ? Une société figée dans le temps… Cela dépasserait nos conceptions.
Et le concret dans ces considérations abstraites ? La définition même de la plénitude est subjective. N’affirme-t-on pas que le bonheur des uns engendre le malheur des autres ? Songeons donc à une société libérée de ses problèmes. Plus de famine, plus de guerres, plus de pollution, plus de discrimination, plus d’inégalité, plus de maladie. Cependant, une personne ne souffrant d’aucun de ses malheurs ne sera pas forcément prospère. La solution se révèle bien moins évidente… Les bonheurs personnel et collectif doivent concilier. D’accord, mais par quelle manière ?
Franchement, pas facile d’y croire ! Il suffit de zieuter notre monde occidental pour s’y convaincre. Ça prône l’individualisme et le matérialisme à tout va. La pub leur sert d’arme et la télé fait office de bouclier ! Mais on s’y plait bien en quelque sorte, non ? Quand on se gave de succulents plats, quand on vide des binouzes entre potes, quand on se dépense en sports ou jeux vidéo, quand on se motte dans notre piaule… Quand on se fout des problèmes du globe, quand on s’indigne trois jours des bombardements et des guerres avant d’oublier… Parce qu’on s’en cogne des autres, on veut juste se détendre, écarter les catastrophes de nos pensées, s’amuser jusqu’à la fin. Le même sort nous attend tous : on crèvera et on sera enterré six pieds sous terre, bouffés par des insectes.
Gardons-nous cependant de glorifier notre passé. Il est aisé d’idéaliser des civilisations que nous ne connaissons uniquement par le biais de peintures, d’écrits surannés voire de photographies grisâtres. Moult aspects négatifs les gangrénaient et même les plus positifs dissimulaient de sombres desseins. Réfléchissons-y… Aurions-nous voulu vivre lorsque le taux de mortalité infantile était élevé ? Lorsque l’espérance de vie était faible ? Pouvons-nous nous estimer chanceux d’avoir grandi dans une société débarrassée d’une partie de ses maux grâce aux progrès médicaux et technologiques ? Le problème principal résiste, toutefois… Nous.
Hélas, peu importe le lieu, peu importe l’époque, l’humanité a été sa propre ennemie dès qu’elle s’est développée. N’est-il point malheureux de constater que notre imagination a créé tant de moyens pour ôter des vies ? Des bâtons aux lances, des épées aux haches, des poisons aux bombes, des fusils aux canons, ces petits miracles ont parfois emporté plus de personnes que la nature elle-même. Faut-il blâmer leurs créateurs ou leurs utilisateurs ? Une question délicate dont la réponse n’influe guère le résultat. Les dépouilles jonchaient toujours les rues froides autour de bâtiments eux-mêmes fruit du savoir humain.
Intéressante est donc notre espèce… Nous disposons des outils pour aider notre prochain mais ils compensent surtout notre soif de destruction. Formidable, grâce aux progrès technologiques, nous avons la possibilité de nous autodétruire ! La grande civilisation qui rêve de coloniser l’univers risque de finir en cendres et poussières bien avant ! Comme si un compte à rebours flottait au-dessus de chacune de ses têtes et que les mains dirigeantes s’efforçaient de le retarder au maximum… Pendant combien de temps ? La dystopie semble parfois plus proche que l’utopie.
Je vis. Je me perds, Je m’égare. Je me bats, je lutte, je persiste. Je souffre, je me blesse, Je me rate, j’échoue. J’abandonne, je pleure, je m’effondre, je m’étale, j’agonise. J’anhèle, je cligne, je rampe, je me traîne, je trime, je survis. J’observe, j’entends, je sens, je goûte, je touche, j’effleure, je perçois. J’éprouve, je remarque, je me redécouvre, je me relève, je fixe, j’explore, j’appréhende. Je boîte, je clopine, je marche, je rôde, je chemine, je trottine, j’accélère, je cours, je sprinte. J’éclaire, je guide, je mène, je conduis, je montre, j’arrive, je regarde, j’assure, j’espère, je souris.
Kyrielles d’épidémies, multitudes de guerres, moult invasions, ribambelles de génocides, avalanches de mort. Cet horizon brumeux se révèle opaque, inextirpable même. Pourtant… Un brin de lumière éclaire l’océan d’obscurité, l’éclat clignote mais persiste, rayonnant jusqu’à l’infini. L’entraide comme meilleur remède, les sourires comme meilleurs soins, la reconstruction comme meilleure sollicitude, le progrès comme meilleur route, l’union comme meilleure lueur. L’humanité s’entrevoit parfois au quotidien et souvent après s’être entretuée. Elle subsiste après les pires horreurs, panse ses incurables blessures, apprend de ses erreurs pour les répéter quelques décennies plus tard. Ainsi le cycle continue… Cependant, aussi négatif qu’il puisse être, il survit avec nous.
La définition de l’utopie paraît alors plus claire qu’auparavant, quoiqu’encore subjective. Il suffirait que l’amour émergeant des escarbilles se répande en permanence, qu’il devienne caractéristique de toute société. Les gens ne peuvent être que ravis s’ils baignent dans des sentiments positifs, n’est-ce pas ? Certes, mais un tel résultat paraît peu plausible puisqu’il ne s’est jamais produit dans l’histoire, y compris lors des périodes de stabilité. S’agirait-il d’un fantasme fictif ? On en revient au point de départ.
Mais un tel monde pourrait exister ! Où est le mal à en rêver ? Et pourquoi on s’en priverait ? Donc on se persuade que l’utopie existe quelque part. Or la réalité s’apparente parfois à une perception personnelle de laquelle certains s’extirpent aisément. Ni notre morale, ni notre dignité ne nous empêcheront de chercher ailleurs. Car c’est ce qu’on a toujours fait.
Nous sommes ainsi. Nous ne sommes que des humains, après tout. Avec nos qualités et nos défauts. Notre générosité contre notre autolâtrie. Notre bonté contre notre cruauté. Notre altruisme contre notre avidité. Notre violence contre notre paix. Il s’agit là de notre complexité nourrie au travers de nos épreuves. Nos sourires pour nous égayer, nos pleurs pour nous morfondre, nos douleurs pour vivre… Nous existons parce que nous souffrons.
Oh… Espérer l’utopie ne suffit point, peut-être faudrait-il, subtilement, avec du recul, en envisager plusieurs ; ce faisant, les solutions alternatives se multiplieraient, nous éblouiraient, alimenteraient notre naïveté, privilégieraient la quantité à la qualité : l’on pourrait se claquemurer entre d’incassables murs dans la commodité et le luxe, l’on pourrait s’échiner dans la litanie de l’assistance à autrui, l’on pourrait faire croire à la population que les problèmes n’existent plus, l’on pourrait tant et tout imaginer, parce que l’imagination humaine est aussi infinie que sa bêtise.
Pourquoi vouloir répandre le bonheur lorsqu’on n’est pas en paix avec soi-même ? Pourquoi vouloir lutter quand le combat semble perdu d’avance ? Pourquoi voir le pire dans le meilleur et le meilleur dans le pire ? Pourquoi oublier l’essentiel et s’attarder sur le superflu ? Pourquoi s’intéresser à tout prix au collectif quand même l’individuel est désorienté ? Pourquoi penser qu’une espèce si nombreuse, où chaque individu diffère de l’autre, puisse accéder à la prospérité suprême ? N’est-ce pas utopique de rêver l’utopie ?
Que le spectacle continue, alors ! Que le bain de sang jaillisse jusqu’à satiété ! Que les malheurs s’abattent pour empêcher de mener l’existence que l’on mérite ! Que la mort s’abatte seulement quand nous n’aurons plus de voix pour nous égosiller, quand nous n’aurons plus d’yeux pour contempler les ruines, quand nous aurons été privés de toute l’amitié et l’amour qui nous entourent. Que la foudre tueuse s’abatte dans notre cœur déjà morcelé ! Ainsi nous serons apaisés à l’idée de savourer ce repos éternel !
Rester positif. Ne pas désespérer. Profiter de ce dont nous disposons. Vivre chaque instant comme s’il s’agissait du dernier. S’immerger dans cette nature que ce fabuleux globe nous a offert. Partager ses instants d’affection, de tendresse et d’amusement avec quiconque le rendra au centuple. Utopie personnelle mais pas universelle.
Souvenir d’une vie idéalisée… Hommage à ceux qui ont bien vécu, qui n’ont rien oublié, qui se sont battus et qui ont pardonné. Vers notre destin nous allons, paupières closes, des bouffées de doute entre nos mains, chérissant les bienfaits du moment et maudissant les méfaits de l’époque. À la vie comme à la mort, de l’exploration de soi aux confins du monde, au temps qui s’écoule sans prévenir, à ses allers sans retour. Les voici. La chimère, la songe, le mythe, le mirage.
Toi… Un parmi tous. Tous parmi un. Quelle est ton opinion dans cette masse infâme de mots ? Ton avis se retrouve-t-il là-dedans ? Peu probable. Le tien vaut mieux que cela, il se développe au fil des années, il s’abreuve de ces instants mitigés, de ces moments oubliés, ceux que tu ne jugeras pas. Toi tu vivras à fond, tu connaîtras cette utopie, parce que tu te batailles pour. Tant d’opiniâtreté pour un résultat si décevant… Tu le veux, ce bonheur infini ? Ce temps figé dans cet univers sans limite, telle la goutte onctueuse dans un océan acide ? Vas-y ! Saisis-le ! Il est à ta portée, tout près ! Voilà un avenir que le présent ne rattrapera jamais.
Utopie, Eioptu, Épouti, Pietou, Ipotue, Oipoteu… On a beau l’écrire de quelque façon, ça reste un mot ! Un assemblage hasardeux de lettres qui fonctionne bien ! Jamais il ne réparera nos maux, jamais il ne guérira nos plaies, jamais il ne ressuscitera nos morts ! Qui est à blâmer… Personne et tout le monde. Stigmatiser, chercher des coupables, telles sont les techniques que nous utilisons lorsque l’affrontement s’achève. Elles rassurent à peine et ne résolvent rien. Ne pestons pas contre le mot. Songeons plutôt à sa portée.
Vous aviez su la question. Vous ignoriez la réponse. Vous avez cherché la solution. Vous peinez à l’appréhender. Vous allez fuir vers une autre. Vous n’aurez obtenu aucune satisfaction. Vous recommencerez le processus avant de réaliser l’abominable. Vous auriez dû y réfléchir avant. Vous pourriez y méditer après. Vous avez tout désiré et vous ne recevrez rien. Mais… Mais… Vous n’avez rien à vous reprocher. Vous avez juste été vous-mêmes.
Wagons à l’ouest, voitures à l’est, avions au-dessus, métros en-dessous. La pollution nous assène et est pourtant ancrée dans nos modes de vie. Et voilà que les personnes s’y opposant, celles qui osent s’exprimer, on les réprime aussitôt, pire encore, ce sont les victimes qui s’en chargent. Des fusillades par-delà l’océan, des famines par-delà la mer, des purges par-delà les terres, toutes nous rappellent que l’utopie n’est qu’une question de point de vue. Un autre problème survient dès qu’un autre est résolu !
Xénophobie, sexisme, homophobie, haine mutuelle, impérialisme, interventionnisme… Les confrontations s’avèrent inévitables pour une raison, la seule et l’unique : notre espèce a inventé la médecine, l’art, les sciences, l’architecture et la littérature, pourtant, c’est bien la même qui utilise des idéologies pour mutiler son prochain, comme si de quelconques valeurs pouvaient pardonner les plus infâmes des actions. Il n’existe qu’une façon de naître et tant de manières de mourir.
Y’a-t-il encore un espoir ? C’est une nouvelle vision. Je l’ai avancé, tu m’as soutenu, elle t’a contesté, il l’a imitée, nous nous sommes unis, vous avez douté, tous ont agréé. En réalité… Pas besoin de créer l’utopie. Nulle nécessité d’accomplir l’improbable quand l’échange et l’entraide rayonnent par fins éclats. À quoi bon ? Le mal ne règnera pas pour toujours. Le bien émergera en permanence.
Zéro chance de fabriquer l’utopie. Rêvons-en pour combler la tristesse de nos âmes. Les idéalistes s’y réfugieront. Ils verront un monde où plus personne ne se tuera, où plus personne ne sera affamé, où plus personne ne sera manipulé, où plus personne ne souffrira. Alors ces idéalistes seront les premiers heureux. Mais est-ce seulement possible ? Peut-être que oui, peut-être que non. Comment créer une société parfaite quand elle est peuplée d’êtres imparfaits ?
Classement :
1 – Aramina : Roan l’ingénieux
2 – Bébel : Frères humains du continent perdu
3 – BradPriwin : Eioptu