
Thème : Causalités, perception
près le magnifique cap franchi lors de la quarantième édition des joutes et son franc succès, nous vous proposons pour cette nouvelle session un petit retour aux sources ! À savoir, une limite de taille plus basse pour les textes et un sujet dans l’esprit des thèmes ouverts des précédentes éditions. Une joute signée Demiandre et Owyn.
C’est donc dans une limite de 5 pages (environ 4000 mots) et comme toujours dans le registre des genres de l’imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction) que nous vous invitons à réfléchir au thème : causalités, perception.
Des perceptions erronées peuvent influer sur le cours des événements… En manipulant nos sens, notre esprit par leurs mensonges, substances et comploteurs nous font avancer sur le fil du destin qu’ils ont tissé pour nous. Et certains événements dont nous sommes spectateurs, par leur étrangeté, leur onirisme, leur décalage, nous plongent parfois dans un hermétisme qui échappe à nos sens et à notre compréhension… Nous vous proposons d’explorer les liens entre causalités et perceptions de toutes les manières que vous souhaitez, avec pour seule limite votre imagination.
Vous avez jusqu’au 20 juillet pour poster votre texte ICI.
À vos plumes, et que l’inspiration soit avec vous.

Les textes
Bébel
Le Mage Inquisiteur d’Arguste
Un jour blafard se levait sur le Comté d’Arguste. Le soleil, pâle, peinait à percer la couche de nuages qui serrait le pays contre le sol. Au centre du paysage, le Château du Maître Noir accrochait l’attention. Il dominait de sa masse compacte la ville qui s’étendait au pied des murailles.
Un homme, posté à l’une des fenêtres du donjon, observait avec attention les ruelles qui s’éveillaient. Pensif était Maître Borfel. Couché très tard, levé très tôt, le cerveau vibrionnant, il savait que la journée s’annonçait délicate.
On toqua à la porte de sa chambre.
« Entrez ! sans se retourner.
– Si vous le souhaitez, nous sommes prêts à partir, Maître.
Il aurait bien voulu rester encore un peu réfléchir à la fenêtre. Mais, d’une voix hargneuse …
– Ce n’est pas trop tôt ! »
Borfel devait garder les apparences. Un homme comme lui qui perd sa contenance, cela se voit très vite. Il se retourna vers son interlocuteur, Armil, son valet, un jeune homme pas très futé mais consciencieux. Celui-ci, les bras le long du corps, effectua un demi-tour parfait et le précéda dans l’escalier.
Dans la cour, deux gardes les attendaient pour la tournée d’inquisition. Les quatre chevaux étaient déjà attachés à la voiture, prêts à partir, calmés par le cocher.
Alors que Borfel s’apprêtait à monter dans le véhicule, un valet apparut dans la cour du château, légèrement essoufflé :
« Maître Borfel ! Messire le Comte demande à vous voir ! »
Garder les apparences. Borfel pencha la tête comme si cet ordre le contrariait, alors qu’en réalité l’angoisse le serrait. Il suivit le valet, qui ressemblait à Armil comme deux gouttes d’eau. Dans le couloir, ils croisèrent Legois, une de ses premières prises, qui lui sourit avec révérence. Dans la grande chambre, finissant ses ablutions, l’attendait le Comte d’Arguste, ou plutôt le Maître Noir comme tout le monde l’appelait à présent. Ne pas fuir ses yeux.
« Ha ! Mon brave Borfel ! cria le comte.
– Messire …
– Tu comptais partir sans me saluer !
– Je ne savais pas que …
– Mais oui, mais oui, je sais bien !
Sous la barbe noire du comte, un sourire triomphal laissait voir la dentition forte du seigneur.
– Je voulais t’adresser mes vœux avant ton départ, Borfel. J’espère que la tournée sera prolifique. Tu as dû apprendre que je viens de tuer un magicien hier …
– Oui … (les hurlements du sage Orbias avaient envahi le château pendant deux heures)
– Il faut renouveler la marchandise ! conclut-il en un effroyable éclat de rire. »
Borfel prit congé en tâchant de rire lui aussi. Lorsqu’il s’installa dans la voiture, il avait retrouvé un air fermé.
« Où allons-nous, Maître ? s’enquit le cocher.
– Valtert. »
Le jour se levait enfin vraiment, mais les pensées du Mage Inquisiteur restaient tourmentées. Ils arrivèrent dans la cité côtière en fin de journée. Borfel et sa suite s’installèrent dans une grande chambre de l’Hostellerie du front de mer. Le valet, les gardes et le cocher s’installèrent par terre, pendant que lui ruminait tout habillé dans le grand lit.
Le lendemain, une brise légère qui venait de l’océan lui rafraîchit les idées et lui rendit une partie de sa bonne humeur. Après tout, sa perception s’était brutalement altérée, peut-être reviendrait-elle tout aussi vite, comme on guérit d’un mal de ventre.
La petite troupe rejoignit le marché, le meilleur endroit pour trouver et palper une foule. Aux yeux de ses compagnons, Maître Borfel circulait parmi les étals avec assurance et sérénité, mais en réalité le Mage Inquisiteur était en état de concentration extrême, mêlée de forte anxiété. Au milieu de tous ces visages, il cherchait désespérément une nuée magique. Il lui en fallait une.
Depuis quinze ans, Borfel servait le Maître Noir. Il avait un don : face à n’importe qui, il sentait s’il avait affaire à quelqu’un capable de manipuler la magie. Cette capacité se manifestait par l’apparition d’un halo autour de la tête, halo d’autant plus éclatant que son possesseur était avancé dans la maîtrise magique. Et ce talent, le Maître Noir avait su l’exploiter. Dans sa tentative de conquête du continent, le Comte d’Arguste se heurtait à la résistance des magiciens. L’Armée Noire d’Arguste était la plus puissante du monde connu, la plus fournie, la mieux armée, mais les pays voisins résistaient à l’invasion car ils bénéficiaient d’une aide magique. Les magiciens ennemis pouvaient soigner les blessés, aiguiser les armes, ériger des murs de protection, bloquer les flèches … Combinées, leurs capacités défensives étaient sans limites.
L’arrivée de Borfel au château avait changé beaucoup de choses. Dans les batailles, il pouvait détecter celui qui, discrètement, assistait les soldats. On concentrait les attaques sur cet homme et la victoire tombait comme un fruit mûr. Mais Borfel servait aussi de recruteur. Sur ses indications, les Soldats Noirs enlevaient les magiciens et les ramenaient au château, où ceux-ci pouvaient choisir entre une mort douloureuse et l’entrée au service du comte. Ainsi Legois, ancien Briseur de Flèches, et actuel Rigidifieur-Aiguiseur. Mais ces prises-là étaient rares, les magiciens ennemis se révélant particulièrement difficiles à capturer. Alors Borfel s’était lancé dans une autre occupation, les inquisitions. A intervalles réguliers, il parcourait le pays, à la recherche d’habitants possédant des dons magiques. Souvent les élus ignoraient leur talent. Borfel les ramenait au château où ils suivaient une formation qui leur permettait de grossir les rangs des Mages Noirs.
Mais la formation était lente et souvent peu efficace. De plus, les sujets les plus doués étaient souvent aussi les plus rétifs, et le Maître Noir n’avait pas beaucoup de patience. Il préférait tuer ceux en qui il n’aurait jamais confiance. Borfel continuait donc à parcourir le pays, et en ces temps où Arguste inspirait de plus en plus de crainte, les batailles se raréfiaient, et le comte avait tout le temps de bâtir une cohorte magique de grande ampleur.
Ce que le Maître Noir n’avait pas prévu, c’est que le défaut de cette organisation s’appelait Borfel lui-même. Au fil des années, jamais il n’avait trouvé la moindre personne possédant le même don que lui. Cette singularité avait longtemps fait sa force, car il jouissait au château d’une place unique, et donc intouchable.
Mais, quelques semaines plus tôt, s’était produit un phénomène terrible et inattendu : Borfel avait totalement perdu sa perception. C’était arrivé d’un seul coup, sans aucun signe avant-coureur. Un matin, Legois, un des Mages Formateurs, croisé dans un escalier, avait perdu son halo. Borfel en avait sursauté, et avait failli le faire savoir immédiatement à son maître, pensant bien sûr que c’était Legois qui avait un problème. Mais Farlid, Jousque et le deuxième Legois, eux non plus n’étaient plus nimbés de lumière.
Lorsqu’il eut compris son infortune, Borfel essaya de conserver la tête froide. Il se mit légèrement en retrait, passa plus de temps dans ses appartements, évita le contact avec les apprentis, et reporta les tournées prévues. Mais le temps passait, et aucune étincelle dans les yeux, aucun halo sur les têtes. Il ne pouvait se dérober plus longtemps, et devait reprendre ses inquisitions, sous peine d’éveiller les soupçons.
C’est ainsi qu’il s’était retrouvé à Valtert.
C’est ainsi qu’il se tenait là, au cœur du marché de Valtert, écarquillant les yeux en implorant le retour du don. A ses côtés, Armil et les gardes le veillaient discrètement en feignant de s’intéresser aux marchandises exposées.
Ses pas le portèrent dans un coin de la place, où des jongleurs attiraient les badauds par leurs tours agiles. L’un d’eux enflammait des torches et les lançait à tour de rôle, les récupérait, les relançait, très vite, sans rien laisser tomber. C’était impressionnant, et les gens applaudissaient. Grâce à ce numéro, les jongleurs pouvaient espérer une bonne journée.
Un assistant apporta un seau rempli de sable, et le jongleur rata successivement les trois torches qui tombèrent dedans une à une, s’éteignant dans le sable. C’était un effet très réussi, qui obtint un joli succès. Les jongleurs saluèrent, et l’assistant ramassa les instruments.
C’est là qu’un détail sauta aux yeux de Maître Borfel. Une des trois torches n’était pas complètement éteinte. Le jeune homme qui la ramassait, dos au public, posa subrepticement la main dessus, et le feu s’éteignit aussitôt. Puis il finit de tout ramasser comme si de rien n’était.
Borfel était pétrifié. L’assistant venait de déployer un talent magique devant tout le monde, et il avait eu la chance incroyable d’en être témoin ! Il fallait en être sûr. Il sortit deux pièces d’or de sa bourse et les jeta sur la scène, sous l’œil ébahi de ses compagnons de voyage : « Encore ! Encore ! »
Les jongleurs se regardèrent, interloqués, puis saluèrent ce riche spectateur, et celui qui avait lancé les torches se tourna vers son assistant, lui demandant de les préparer à nouveau. Borfel était attentif à l’extrême. Le jeune homme prit les torches et très vite, toujours dos au public, posa la main sur la première torche, pendant que sa deuxième main faisait semblant de manipuler un briquet. La torche s’enflamma, et il l’apporta au jongleur. La conviction de Borfel était faite. Il était en présence d’un magicien Manipulateur de Feu, une catégorie très rare, et très recherchée par le comte.
Le Mage Inquisiteur n’en revenait pas de sa chance. Le numéro fini, il n’eut pas besoin de simuler la joie pour applaudir les artistes ambulants. Poursuivant sa route, il prit les deux gardes à part et les informa de leur mission : ramener à l’Hostellerie le jeune assistant des jongleurs. Algid et Mountel n’eurent pas besoin de longues explications : ils savaient ce qu’ils avaient à faire.
La nuit était encore jeune lorsqu’Algid revint frapper à la porte de la chambre de son maître. « Ça y est, Maître, nous avons ce que vous vouliez.
– Où est-il ?
– Dans l’écurie. Mountel le garde dans la voiture.
– Ligoté, bâillonné ?
– Oui, Maître.
– Retourne avec eux. Vous vous relaierez pour veiller à ses côtés. Il serait imprudent de lui laisser la moindre liberté.
– Les chevaux sont prêts, Maître, si vous le désirez, suggéra le garde.
– Non, non, répliqua le Mage. Inutile de prendre des risques. Nous partirons demain matin à la première heure. »
Borfel se coucha dans un état d’excitation avancé. Cet événement inattendu lui offrait un sursis qu’il n’osait plus espérer.
Ils partirent aux premières lueurs de l’aube. Face au mage, dans la voiture, le prisonnier avait été couché sur le côté, toujours emmailloté. Au bout d’une heure, ils arrivèrent en vue d’un bosquet, et Borfel jugea qu’il était temps de faire une pause.
« Donnez-lui à boire, lança-t-il à ses hommes qui desserraient les liens du prisonnier.
Celui-ci était dans un sale état. Il avait une trace rouge sur le front, et cela faisait une dizaine d’heures qu’il était resté saucissonné et bâillonné.
– Qui êtes-vous ? demanda-t-il d’une voix faible.
– Allons, tu ne me reconnais pas ? fit le mage d’un ton doucereux. Je suis le Mage Inquisiteur du Château d’Arguste. Et toi, comment t’appelles-tu ?
– Yan. Yan Toush.
– Ha, ha, un Solirien, hum ? Tu es loin de ton pays, mon ami.
– Je suis parti de chez moi il y a longtemps, messire. J’ai offert mes services à cette troupe d’acrobates. Je … je cherche juste à gagner ma vie, messire. Je ne suis pas un homme riche.
– Ah, ah ! Tu te trompes ! Nous ne sommes pas des bandits ! Je te dis que je suis le Mage Inquisiteur du Maître Noir, tu ne sais pas ce que cela signifie ?
– Je vous fais confiance, messire, articula le jeune homme sans aucune assurance.
– J’ai repéré ton potentiel magique, hier, mon garçon. Un grand destin t’attend si tu me suis au château.
Yan Toush restait à le regarder. Il semblait se remettre peu à peu.
– Le Comte d’Arguste recherche des gens comme toi pour l’assister dans la gouvernance du pays. Tu vas nous suivre au château et tu suivras une formation pour te permettre de devenir un Magicien à part entière.
– Mais je ne fais pas de magie ! se récria le jeune homme.
– En es-tu si sûr ? Vois-tu, j’ai la perception de ce genre de choses.
Il faillit lui rappeler l’épisode des torches, mais il s’abstint.
– Tu ne dois pas avoir peur de nous. Si tu te montres coopératif, une belle carrière t’attend au château.
– Mais pourquoi m’avoir traité ainsi ?
Il montrait son front abîmé.
– Nous ne pouvions pas nous permettre un refus. Vois-tu, nous ne voulons pas qu’un jeune homme si prometteur se retrouve en de mauvaises mains.
Yan Toush ne répondit rien.
– Et tu comprendras que nous devons te garder les mains attachées pour l’instant. La route n’est pas longue. Lorsque nous serons arrivés, tu auras tout le temps de montrer ta bonne coopération, et viendra le temps du confort. »
Borfel jubilait. Il avait repris le contrôle, il avait retrouvé ce petit discours qu’il sortait avec assurance aux prisonniers. Il avait retrouvé son rôle.
Ils arrivèrent au château en début de soirée. Pour la première fois depuis de longues semaines, cette nuit-là, le Mage Inquisiteur allait bien dormir.
Dès le lendemain, Yan Toush fut conduit devant son instructeur, Jousque, Mage Formateur. Borfel était présent, très satisfait de lui.
« Comment était son halo, Maître ? s’enquit Jousque.
Borfel repensa à l’allumage de la torche, un petit feu sûr et vite lancé.
– Bon halo, Jousque. Ce n’est qu’un garçon des rues, il y aura du travail, mais le potentiel est intéressant.
– C’est ce que nous allons voir. »
Le ton du Formateur s’était asséché, et Borfel savait que le petit Solirien allait souffrir pendant au moins quelques jours.
Une semaine passa, durant laquelle le Mage Inquisiteur se contenta de revoir ses registres et de travailler à une bonne répartition stratégique des forces magiques. Le contingent des Mages était un vrai souci pour le Maître Noir, qui attendait avec impatience que celui-ci fût assez important pour lancer une offensive décisive sur les pays voisins.
Les Mages Noirs étaient moins puissants que leurs adversaires, ils devaient compenser par le nombre et par une plus grande aptitude au combat. C’est aussi pourquoi l’engagement de Yan Toush était une bonne nouvelle, car si tout se passait bien il allait bientôt pouvoir déchaîner le feu, une qualité que tous les sbires du comte d’Arguste attendaient avec impatience. Les cris des défenseurs lorsque soudain les murailles s’enflammeraient, lorsque les chevaux et les boucliers prendraient feu, Borfel en rêvait.
Mais il ne voulait pas se précipiter sur Jousque et son nouvel élève, car il n’était pas censé connaître cette particularité.
Le Maître Noir en personne allait lui fournir l’occasion d’en savoir plus sur les progrès du Solirien.
Il se fit annoncer par son valet personnel alors que la matinée prenait fin.
« Alors, Borfel, est-ce que tu t’en sors avec ces nouveaux magiciens ? lança la voix terrible et familière.
– Nous progressons, Maître. Ma tournée à Valtert n’a pas été très fournie, mais j’ai bon espoir que le jeune homme que j’ai ramené se distingue vite. Son halo était de bonne taille.
– Sera-t-il un bon combattant ? rugit le Comte. Des réparateurs de bras cassés, j’en ai assez !
– Je ne sais pas, Maître. Je n’ai pas voulu déranger Jousque dans son apprentissage.
– Eh bien, allons voir. J’en profiterai pour faire une petite inspection de nos forces. Je veux voir à quoi ressemblent ceux qui guideront nos armées. Tar ! Va prévenir les Mages Formateurs que je veux voir leurs élèves sitôt le repas achevé ! »
Pour la première fois depuis longtemps, Borfel eut l’honneur de partager le repas du Maître, après ces semaines de discrétion forcée.
« Allons, il est temps, lança le Maître Noir en vidant un dernier gobelet. Allons voir ces Apprentis.
Tout le monde dans la cour était au garde-à-vous. Farlid, Jousque, les deux Legois, les Mages Formateurs étaient tous là, sérieux et concentrés. Derrière eux, les dix apprentis, et parmi eux, le petit Yan Toush, pâle et fatigué, comme il fallait s’y attendre après une première semaine au Château.
Farlid, le plus âgé depuis le décès d’Orbias, prit la parole.
– Noble Seigneur ! Nous avons l’honneur …
– Jousque ! cria le Comte. Montre-moi le Solirien !
– Bien, Maître. Il est encore un peu sauvage. Avance-toi, Toush !
Yan Toush s’avança sans enthousiasme. Il était manifestement affaibli, et semblait peu coopératif. Borfel était anxieux. Il risquait de ramener encore peu d’Apprentis ; si ceux-ci n’étaient pas bons, cela n’allait pas dans ses affaires.
– Que sait-il faire ? intervint-il sans ménagement.
Jousque hésita. Le regard noir du Comte l’incita à répondre.
– Il … il a montré des dispositions dans les mouvements d’air. Pour l’instant, il semble se diriger vers un emploi de Pousseur de Bateau. C’est un poste dans lequel nous n’aurons jamais assez …
– Quoi ? coupa le Mage Inquisiteur, désarçonné.
– Eh bien, Borfel ? interrogea le Maître Noir. Je te sens bien nerveux.
Lui même n’était pas très serein. Encore un Pousseur de Bateau ! Il voulait des Lanceurs de Feu, des Jeteurs de Pierre ! Mais l’agacement manifeste de Borfel et sa nervosité flagrante surprenaient.
– C’est-à-dire … commença Borfel. Jousque ! Tu as testé son attitude face au feu ?
– Evidemment, Maître Borfel. Il s’est brûlé dans le réchaud. Toush ! Montre tes doigts !
Inexplicablement, Yan Toush garda les bras le long du corps. Il regardait fixement face à lui.
– Toush ! Ce n’est pas un piège ! Tu peux montrer tes doigts, s’impatienta son instructeur.
Alors Yan Toush avança les deux mains, paumes au ciel. Ses doigts étaient intacts, aussi nets que ceux d’une jeune fille.
Mais personne n’eut le temps de manifester sa surprise. Dans la seconde qui suivit, il les recourba et deux flammes rondes naquirent au creux de ses mains. Les deux gardes qui encadraient le Maître Noir bondirent, mais il était trop tard : le jeune Apprenti étendit ses bras vers le Comte d’Arguste, et deux torrents de flammes se déversèrent sur le monarque. Le Maître Noir était en train de se consumer sous les yeux effarés des Mages et de leurs Apprentis. Les deux gardes se précipitèrent sur l’assassin, épée levée, protégés par leur armure ; mais les deux épées se volatilisèrent, et les deux hommes ne purent faire un pas de plus, menacés par les flammes.
Dans le même temps, le Maître Noir s’était recroquevillé de douleur, s’agitant avec désespoir dans la fumée noirâtre.
Tout s’était déclenché si vite que personne d’autre n’avait bougé, sauf Legois, qui maintenait sa main en l’air. Alors Borfel comprit : c’était le Mage Formateur qui avait disloqué les armes des soldats.
– Legois ! Qu’est-ce que tu as fait ?
Legois ne lui répondit pas. Il s’était rapproché de Yan Toush et, avec ses deux mains, dessinait une coque de protection.
Lorsqu’il vit que le Comte était mort, le jeune Solirien suspendit ses torrents de feu. Il se tourna vers Borfel. Son visage était transformé. Plus mûr, plus sûr, il affichait à présent un air triomphal.
– Borfel ! cria-t-il d’une voix forte en désignant les deux soldats qui essayaient de ramper vers lui. Rappelez ces hommes si vous ne voulez pas qu’ils périssent à leur tour !
Une flammèche à son index concrétisa sa menace.
– Arrêtez-vous, ordonna le Mage d’une voix lasse. Qui êtes-vous ? tenta-t-il, vaincu. Il avait bien compris que c’était à Yan Toush qu’il fallait parler, pas à Legois, qui restait concentré sur son sort défensif.
– Vous m’avez posé la même question, il n’y a pas si longtemps, Maître Borfel, souvenez-vous. Pourquoi changerais-je ma réponse ? Je m’appelle Yan Toush, et je suis Solirien. Mais je crois, ajouta-t-il à l’adresse de Legois qui ne put s’empêcher de sourire, que Maître Borfel comprendrait mieux ce qu’il se passe si vous leviez votre sort.
Alors Legois, gardant une main sur sa coque, fit un geste horizontal, et pour Borfel tout s’éclaircit. Farlid, Legois, Jousque, les Apprentis, tous retrouvèrent leur halo. Cependant aucune de ces nuées n’atteignait la moitié de l’intensité de celle qui nimbait Yan Toush. Le Solirien éclata de rire.
– Est-ce que vous me voyez mieux, à présent, Maître Borfel ?
– Comment … comment est-ce possible ?
– Ne comprends-tu pas ? intervint Legois. Yan Toush est un des Mages les plus puissants du monde. Il a développé un art de Lanceur de Feu que l’on pensait jusqu’alors incontrôlable.
– Et c’est toi, Legois, qui a permis sa venue ?
L’évidence lui crevait le cœur.
– Je n’ai jamais cessé de travailler à développer mes talents, Borfel. Et je guettais ce moment depuis des années. Toi et ton maître, vous n’avez jamais réussi à me mettre dans votre camp.
Borfel était dévasté. Il comprenait qu’il avait été l’instrument de la machination.
– Un jour, j’ai réussi à bloquer ton pouvoir. C’était le signal.
– Mais comment as-tu fait ?
– Quelle importance ? Ton art est de voir les flèches magiques qui émanent des magiciens. J’ai brisé ces flèches.
– Une fois le paravent défait, il fallait encore s’approcher du Comte, intervint Toush. J’ai profité de votre tournée à Valtert pour monter ce petit stratagème, et ma fausse imprudence sur les torches.
– Mais j’aurais pu ne rien voir !
– Nous aurions trouvé une autre occasion. Je serais venu à l’auberge …
– Mais comment saviez-vous que je viendrais à Valtert ?
En guise de réponse, Yan Toush se contenta de sourire, mais Borfel comprit aussitôt, alors que le visage d’Armil, son valet trop consciencieux, s’imposait à lui.
– Je pensais m’installer tranquillement au château et guetter le bon moment pour passer à l’action. L’impatience du Comte a accéléré les choses, je crois.
Le tas de cendres au milieu de la cour pouvait en témoigner. Des cris lointains leur parvenaient. Legois manifesta son impatience.
– Bien, je crois que le moment des adieux est venu, conclut Yan Toush. Rassurez-vous, cependant, vous entendrez bientôt parler de nous. Bon courage pour ces heures difficiles qui s’annoncent. »
Sur ces mots, Armil sortit de l’ombre avec trois chevaux. Les deux mages et le valet montèrent en selle, puis Yan Toush avança les deux mains et détruisit la porte du château dans les flammes. Les trois cavaliers partirent au galop au moment où les Soldats Noirs pénétraient dans la cour.
Immobile au milieu du branle-bas, Maître Borfel contemplait la carcasse fumante de celui qui avait été son maître vénéré. Il avait retrouvé sa perception, mais à cet instant précis, la seule chose qu’il voyait, c’était l’imminence d’une ère de ténèbres sur le Comté d’Arguste.
Elren Ayara
( note de Cosma : texte disparus)
Mélisande
La grotte des esprits et l’enfant qui y est entrée
Le vingt-quatrième jour de la neuvième lune de la douzième année de N’Tembua, une étoile tomba du ciel. Bien sûr, elle ne la vit pas tomber. Il faisait nuit à ce moment-là et tous les enfants du village dormaient. Elle n’apprit ce qui c’était passé que le lendemain, et seulement parce que les adultes ignoraient complètement sa présence et celle des autres enfants qui comme elle avaient les cheveux tressés et couverts d’argile séchée ainsi que de beurre de karité en signe de reconnaissance. Dans sa tribu, on les nommait kokolos. Ils seraient bientôt initiés mais pour le moment n’existaient pas vraiment aux yeux des autres. Les enfants plus jeunes et plus vieux que N’Tembua, eux, étaient chassés avec agacement. Il y avait des avantages à être traitée comme si elle était invisible.
Seuls les anciens du village qui montaient la garde la nuit précédente avaient vu l’étoile. Selon eux, elle était énorme, en feu et était tombée au nord sans brûler la forêt. Après avoir entendu ça, N’Tembua courut jusqu’à la case du roi. Elle saisit le chaume à pleines mains, pris pied sur le mur de banco et grimpa. Elle était fort heureusement petite et le toit solide, mais elle ne pourrait plus faire de telles acrobaties très longtemps. Il y eut bien un vieillard pour froncer les sourcils en la regardant faire mais il détourna le regard sans rien dire. D’ailleurs, qui pouvait se plaindre ? Le roi était mort.
Du haut de la case, on voyait tout le sud de la forêt et sa partie est jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par la savane. Mais au nord, on ne voyait que la canopée et les montagnes plus loin. Où que regarde N’Tembua, on ne voyait cependant pas la moindre trace de feu ou d’étoile. Elle était déçue, elle aurait bien voulu savoir à quoi pouvait bien ressembler une étoile. Était-ce un genre d’esprit ?
L’enfant sauta en bas de la case et courut hors de la concession royale. Il y avait des attroupements d’adultes un peu partout alentour, interrogeant les anciens ou discutant avec véhémence. N’Tembua en vit quelques uns qui pleuraient, d’autres qui criaient. Peu restaient calmes, mais tous reconnaissaient que l’étoile était un signe.
-Un signe de quoi ?, demanda N’Tembua en tapant sur le bras d’un jeune guerrier qui se disputait avec deux tisserandes.
Il ne lui répondit pas et les trois adultes restèrent silencieux jusqu’à son départ. Elle n’était pas censée parler à d’autres personnes que ses camarades qui subissaient aussi l’initiation. C’était frustrant désormais d’être invisible. Il lui tardait que son initiation soit finie. Elle perdrait la liberté totale qu’on lui laissait en ce moment, mais elle serait considérée comme un membre de la tribu même si elle serait toujours une enfant.
A défaut de pouvoir poser des questions, N’Tembua passa donc de groupe en groupe pour écouter. Chacun y allait de sa théorie. L’étoile voulait dire qu’un grand malheur allait s’abattre sur eux. Elle signifiait qu’ils devaient choisir un nouveau souverain. Qu’il fallait partir en guerre. Qu’il fallait abattre les troupeaux pour éviter une épidémie, ou pour se préparer à une famine. Certains accusaient l’ancien roi d’être responsable de leurs malheurs et avec lui tous ceux qui l’avaient choisi. La moitié des adultes disait que les ancêtres les avertissaient pour les sauver, l’autre qu’ils leur signifiaient sans regret leur anéantissement prochain. Tous étaient d’accord pour dire que les ancêtres et les esprits étaient très, très en colère.
N’Tembua finit par trouver ennuyantes ces conversations sans fin. Elle s’éloigna d’un groupe d’anciens qui s’accusaient presque les uns les autres d’être à l’origine de la ruine de la tribu pour rejoindre la case des initiés, à la limite du village. La grande pièce était bien occupée.Quelques autres enfants du même âge s’y trouvaient réunis et la plus vieille des anciens, la Grand-Mère avait visiblement choisi les nattes des enfants pour une petite sieste. Elle n’était pas censée être là, mais personne n’aurait osé aller le lui dire. D’ailleurs, elle n’aurait pas écouté.
La plupart des enfants jouaient bruyamment au centre de la pièce ou se goinfraient de la nourriture que les adultes y avaient déposé. Le fait que dans quelques jours ils seraient initiés et accueillis proprement dans la tribu ne les intéressait pas beaucoup ; le sort de la tribu et l’étoile, encore moins. Il y en avait quelques uns, heureusement, qui réalisaient que bientôt ils commenceraient leur route vers l’âge adulte et s’étaient réunis dans un coin pour discuter. N’Tembua s’assit parmi ceux-là et libéra sa frustration, interrompant la conversation.
-Ils ne savent rien ! Même les conseillers du roi, même les anciens. Ils sont censés être sages. Ils sont censés prendre des décisions pour toute la tribu et ils se disputent comme moi avec les enfants du forgeron !
-C’est peut être ce qu’on est censé comprendre avant d’être initiés, nota Makolo, le fils d’un guerrier. Les adultes ne savent pas tout. Les anciens ne savent pas tout. Seuls les ancêtres et les esprits sont capable de nous guider.
-Alors pourquoi ne les interrogent-ils pas ?
-Je ne sais pas. Peut-être qu’ils refusent de répondre. Ma mère dit qu’ils sont en colère contre nous, que c’est pour ça que le roi et ses fils et ses filles sont morts.
Si les ancêtres laissaient mourir les membres de la tribu pour faire passer un message, ils étaient stupides, décida N’Tembua en croisant les bras et en fusillant du regard Makolo. Pour celui-ci, tout guerrier mort au combat était un homme qui avait mérité la colère des ancêtres. Il ne penserait pas la même chose si c’était son père qui n’était pas rentré de la dernière guerre au lieu de celui de N’Tembua. Elle se retint de se lever pour le frapper au visage. Elle était censée valoir mieux que cela maintenant.
-C’est stupide, se contenta-t-elle de dire. Nos ancêtres nous protègent. Ils peuvent en vouloir à une personne, mais la tribu, c’est leur descendance. La famille est plus important que tout pour eux, ils nous aideront.
Makolo ricana et quelques enfants de guerriers avec lui.
-Tu veux décider du futur de la tribu ? Tu te prends pour une adulte parce qu’à la prochaine lune, tu seras une grande. Qu’est-ce que tu veux de plus ? Interroger les ancêtres toi-même ?
Piquée au vif, N’Tembua sauta sur ses pieds.
-Peut-être que je le ferais. Ça vaudrait toujours mieux que de faire comme toi. Moi je ne resterais pas assise à parler, parler, parler sans jamais essayer de faire changer les choses.
Elle s’éloigna d’un pas furieux, suivie par les éclats de rire des autres enfants et le regard curieux de la Grand-Mère. On l’appelait ainsi car elle avait vu grandir et mourir quatre générations d’enfants du village. Elle était aussi sorcière, et les gens se méfiaient d’elle. N’Tembua ne savait pas pourquoi, mais les adultes refusaient de l’écouter alors qu’elle était la plus vieille de tous les anciens. Certains lui jetaient même des pierres quand elle s’approchait, mais la plupart se comportaient en sa présence comme si elle n’était pas là. Ils la rendaient invisible, comme si elle était une kokolo.
En voyant la Grand-Mère la regarder fixement, N’Tembua eut un frisson de peur. Il ne fallait pas forcément craindre les sorciers, lui avait toujours dit sa mère, mais celle-là pouvait être très dangereuse. Elle allait partout, puisqu’elle était invisible, y compris dans la case des initiés ou celle du roi. Elle connaissait tous les secrets du village. Bien sûr, N’Tembua était trop jeune pour en avoir, mais ce n’était pas une raison pour laisser la sorcière s’intéresser à elle.Mieux valait échapper à son regard, décida-t-elle avant de courir pour sortir de la case.
Elle dépassa les limites du village sans qu’on ne l’en empêche et s’enfonça dans les collines qui entouraient le village. Même si elle n’avait pas été une kokolo, les adultes étaient encore trop pris dans leurs discussions pour s’apercevoir de ce qu’elle faisait. Il n’y aurait en ce jour ni chasse, ni pêche, ni travail d’aucune sorte.
La forêt était silencieuse. Peut être que singe, serpent et gecko avaient eux aussi compris que l’heure était grave. Peut-être se réunissaient-ils sous les arbres pour discuter du problème sans jamais prendre de décision. L’idée fit pouffer N’Tembua.
Elle s’arrêta finalement sous un jeune arbre fromager et grimpa le long de son tronc en s’agrippant aux lianes qu’y avaient accroché les villageois pour s’en servir de poste de guet. Elle ne voulait tout de même pas trop s’éloigner du village car elle ne connaissait pas encore les signes des chasseurs pour retrouver leur route.
De là haut, elle pouvait voir presque tout le village et sa trentaine de concessions avec leurs cases et leurs greniers. Le forgeron ou la potière n’étaient plus que des silhouettes indistinctes et les kokoro étaient indiscernables des autres enfants. N’Tembua ne savait pas où était sa place parmi eux. Son père était mort dans une guerre dont elle ne savait pas grand chose, sa mère était captive d’ennemis dont elle ne savait rien. Ils ne lui avaient rien laissés hormis une case vide dans la concession des serviteurs du roi. Dans trois jours, elle cesserait d’être une petite enfant et deviendrait une grande jusqu’à son premier sang de femme. Elle allait vraiment naître comme membre de la tribu et elle ne savait pas quelle place y tenir pour la servir. Bouleversée par sa propre ignorance, N’Tembua se recroquevilla et serra les poings. Elle refusait de pleurer.
Un coup de canne sur sa cheville la ramena à l’instant présent. La Grand-Mère se tenait sous l’arbre. Elle s’appuya sur sa canne et intima à N’Tembua de la suivre. Il était difficile de refuser d’obéir à une sorcière, même pour une kokolo qui pouvait faire ce qu’elle voulait.
La vieille femme la guida jusqu’à une clairière sombre. N’Tembua n’était jamais allé jusque là et avait l’impression d’avoir marché des heures. Ici, les arbres étaient trop hauts pour deviner l’heure. Entre les plus grands d’entre eux, une grotte s’ouvrait sous une colline rocheuse.
-Avance.
N’Tembua obéit à contrecœur, terrorisée. La grotte était étroite et sombre. Seul le bruit de la canne de la sorcière juste derrière elle la rassura suffisamment pour la convaincre d’avancer. Elle fit un pas mais fut immédiatement arrêtée par la canne placée sur son chemin.
-Tu as du courage, c’est bien, mais ça ne suffit pas. Tu veux interroger les esprits ? Cela ne se fait pas comme ça, mais tu es un peu jeune pour le savoir.
N’Tembua se laissa entraîner au centre de la clairière et s’assit sur l’herbe en face de la vieille femme. Elle écouta attentivement tout ce qu’elle avait à dire, les yeux écarquillés. Le monde des esprits était plus compliqué qu’elle ne l’avait imaginé. Il y avait des dizaines et des dizaines de règles. Il y avait une manière de s’adresser à chaque esprit et à chaque ancêtre, des pièges à connaître, des questions à ne pas poser, des ordres auquel obéir et d’autres qu’il fallait refuser.
-Questionner un ancêtre ne suffira pas, affirma la Grand-Mère sans justifier son affirmation. Tu dois parler à plus puissant mais ton esprit n’en ressortirait pas intact.
N’Tembua opina et suivit chaque ordre de la Grand Mère. Elle ôta son pagne et enduit sa peau sombre d’une poudre blanche. Elle mit des bracelets de bois à ses poignets pour désorienter les esprits et mâcha la racine que lui tendit la Grand-Mère sans cesser de l’écouter. Tout en mâchant, elle s’efforça de retenir toutes ces connaissances nouvelles. En même temps, elle ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi la Grand-Mère l’avait prise au mot. Il devait bien y avoir des adultes convaincus de la nécessité d’interroger les esprits. N’Tembua n’osait pas demander à la Grand-Mère la raison de son choix mais elle ne paniquait plus. Devait-elle s’en inquiéter ? Elle se sentait très calme devant la situation où elle se trouvait.
La voix de la sorcière parvint jusqu’à ses oreilles, comme étouffée par une longue distance. N’Tembua obéit à cette voix et se leva pour pénétrer dans la grotte. Elle n’avait pas peur. Elle devait le faire. Seulement, elle ne savait plus si elle voulait le faire.
Dès qu’elle fut dans la grotte, tout devint noir. Elle ne se retourna pas, la sorcière le lui avait interdit, mais il y aurait du y avoir un peu de lumière venue de l’extérieur. N’Tembua n’avait jamais eu peur du noir mais elle se sentit oppressée. Une voix la rassura, très loin et très proche à la fois, qu’elle ne parvenait plus à identifier. Elle continua à avancer et sentit la terre bouger et se refermer derrière elle. Un grondement retentit devant elle et la terre s’écarta.
Elle ne savait soudain plus où elle se tenait ni qui elle était. Se tenait-elle sur du sable, de la terre ou de la roche ? Sentait-elle le soleil sur sa peau ou bien était-elle en train de brûler ? A chaque pas, elle avait l’impression que sa peau partait en lambeaux. Les parois de la grotte la griffaient et la mordaient, cherchaient à la retenir. La bouche de l’enfant était pâteuse. Elle avait l’impression que la racine qu’elle continuait à mâcher avec application l’anesthésiait. Elle aurait dû avoir peur.
Elle aurait dû avoir peur oui, mais des mains ridées et crevassées la tenaient fermement par les épaules et la forçaient à avancer. L’enfant ne savait pas si elle imaginait ces mains ou si elles étaient véritablement posées sur ses épaules comme deux paumes griffues.
Quelque chose de froid frôla sa jambe en sifflant et trois doigts écailleux se posèrent sur sa poitrine.
-Que veut-tu ?, l’interrogea une voix rocailleuse qui semblait venir des profondeurs de la terre. Il est rare que quelqu’un de si jeune vienne m’interroger, même accompagné d’un guide.
L’enfant resta figée, incapable de répondre. On lui avait dit quoi faire, quoi dire, mais elle ne savait plus rien. Il fallait être préparé pour un premier voyage parmi les esprits. Elle ne l’était pas. Elle réalisa soudain qu’elle allait mourir. L’esprit n’allait pas tolérer son intrusion. Elle devait répondre pour ne pas l’insulter davantage et prolonger son supplice.
-Grand ancêtre, grand esprit, réussit-elle à marmotter d’une voix pâteuse, je…
Quelqu’un soupira derrière elle et N’Tembua se sentit violemment rejetée sur le côté. Elle n’avait jamais eu aussi mal de sa vie.
-Grand esprit, je te salue toi et ta force et ton intelligence.
C’était sa voix qui s’exprimait, sortant de sa bouche mais ce n’était pas N’Tembua qui parlait. Elle ouvrit les yeux et se vit elle-même. La première chose qu’elle remarqua fut que les yeux qui occupaient son visage n’étaient pas les siens. Ils étaient opaques et presque blancs. C’était ceux de la Grand-Mère. Son corps était maigre et, même si elle était grande pour son âge, elle était minuscule à côté de l’esprit qui la surplombait. Il ressemblait aux masques que portaient les anciens au village lors des cérémonies, mais sa peau ressemblait à celle des geckos et des serpents qui pullulaient dans la forêt et du feu était visible entre ses écailles. Ce devait être l’esprit qui habitait la grotte. N’Tembua ne savait pas qu’un esprit aussi grand et puissant vivait si près de chez elle. Cela devait faire partie des choses qu’on cachait aux non-initiés. L’esprit éclata de rire et la terre trembla. N’Tembua se recroquevilla, terrorisée.
-Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu de tes nouvelles Yubya. Je croyais que tu n’oserais plus jamais venir devant moi. N’ai-je pas juré de te manger si tu le faisais ?
-Oui tu l’as juré grand esprit. Mais je ne me présente pas dans mon corps. Tueras-tu l’enfant que j’habite sans être sûr d’atteindre mon âme ?
-Tu es plus vile que jamais, gronda l’esprit en éructant du feu par ses narines. Et je ne doute pas que tu sois encore et toujours persuadée d’agir pour le bonheur de ta tribu. Il me semble que ton roi avait juré de t’attacher dans la savane et de laisser les lions te manger si tu continuais tes manigances.
-Les menaces du roi ne veulent plus rien dire. Il est mort, et ce n’est pas de mon fait.
-Je n’en doute pas. Mes serpents m’ont raconté que les tiens croient qu’une étoile est tombée du ciel. Que diraient-ils s’ils savaient que tu as abusé de leur crédulité, une fois de plus ? Le jour de ta mort, tu deviendras un mauvais esprits pour les tiens. Jamais ils n’invoqueront ton nom en protection.
N’Tembua n’était plus qu’une ombre flottant près du plafond mais elle eut l’impression que son sang se figeait dans ses veines. Elle essaya de hurler son horreur et sa colère à la sorcière mais n’y arriva pas. Elle comprenait maintenant seulement à quel point elle avait été stupide de lui faire confiance, stupide de parler en sa présence à ses camarades, stupide de croire qu’elle comprenait mieux que les adultes ce qu’il fallait faire.
-Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, répondit Yubya. Je ne cherche pas leur reconnaissance. Je veux qu’ils prospèrent, voilà tout. C’est la seule récompense dont j’ai besoin.
Voilà, songea N’Tembua. C’était cela qu’elle voulait être, juste une aide pour sa tribu, un instrument à son service. Pourquoi fallait-il que la Grand-Mère pervertisse à ce point son souhait.
-A ta guise vieille femme. Je ne répéterai qu’une fois ma question. Que veut-tu ?
-Rien pour moi, tout pour cette enfant.
L’esprit jaugea le corps de N’Tembua de haut en bas avant de fixer son regard sur son âme qui tentait vainement de se cacher dans les ombres de la caverne. Elle essaya de soutenir son regard, malgré sa peur.
-Elle a quelque chose qui manque à tous ces imbéciles au village, expliqua la vieille femme. Ils contemplent depuis des années leur déchéance et la disparition de nos terres face à des tribus plus agressives. A ma naissance, nous dominions tout l’ouest de la forêt et une partie de la savane. Nous ne vivions pas dans deux ou trois villages mais dans une multitude. Ces geignards préfèrent soupirer et accuser les esprits plutôt que de se redresser et d’exiger de l’aide de la part des ancêtres. Celle-là est jeune, mais elle a ce feu qui manque aux autres. Donne-lui l’inspiration. Qu’elle soit capable de convaincre les autres d’agir plutôt que de se lamenter.
L’esprit saisit l’âme de N’Tembua et l’instant d’après, elle le contemplait avec ses vrais yeux. Elle pouvait sentir l’air entrer dans ses poumons et le sang battre dans ses veines. La racine qu’elle avait longuement mâché fit à nouveau effet sur son esprit. Elle peinait soudain à se rappeler son nom et ce qui se passait. L’esprit devant elle n’avait plus rien de terrifiant ; elle aurait été incapable de le décrire. Dès qu’elle fermait les yeux ou détournait le regard, il ne restait plus de sa présence qu’une vague sensation de grandeur et de puissance. L’esprit lui ordonna de la regarder et N’Tembua ne put refuser. Elle vit du feu et des ténèbres dans ses orbites, sentit un souffle ardent sur son visage et perdit conscience de ce qui se passait.
Quand elle revint à elle, N’Tembua se retrouva étendue au centre d’un trou qui méritait à peine le nom de grotte. La lumière du matin y pénétrait à flots. L’enfant tituba pour en sortir et leva les yeux pour s’orienter. Le soleil était encore bas à l’est et elle se dirigea vers l’ouest, espérant trouver des lieux plus familiers pour retrouver le village. Elle marcha un long moment sans que sa tête s’éclaircisse. Elle se souvenait s’être disputée avec d’autres kokolos. Elle avait rencontré quelqu’un, mais tout le reste de sa journée lui échappait complètement. Sa gorge et sa langue étaient irritées, ses jambes et bras couverts de griffures.
Finalement, N’Tembua reconnut un arbre fromager puis deux irokos et le village apparut avec ses cases rondes familières et ses tours de guet. Une jeune femme poussa un cri d’alarme en la voyant. On se précipita vers elle alors qu’elle allait tomber, vaincue par une faim et une fatigue qu’elle ignorait ressentir jusque là. On la releva pour l’entraîner vers une case et la nettoyer de la poudre blanche collée à son corps par la sueur et de l’argile rouge qui recouvrait ses tresses. Les femmes qui la lavaient lui expliquèrent que la nouvelle lune s’était levée et qu’elle avait finit son initiation de kokolo. Elles tressèrent ses cheveux comme ceux d’une grande fille et y accrochèrent des perles avant de lui enfiler un nouveau pagne et de lui donner à boire et à manger. N’Tembua se laissa faire en silence, encore hébétée par ce qu’elle avait vécu. Des détails lui revenaient avant de lui échapper à nouveau l’instant suivant. Un masque géant éclairé par des flammes, des yeux blancs qui la fixaient avec indifférence. Elle avait quelque chose à dire, un avertissement à transmettre, mais serrait les lèvres jusqu’à saigner.
On la fit sortir pour la présenter aux villageois réunis et N’Tembua réalisa qu’elle avait manqué la cérémonie d’initiation. Personne ne semblait s’en faire pourtant. Les anciens étaient tous là et la Grand-Mère parmi eux. N’Tembua devait protester et dénoncer le sacrilège de la vieille femme, mais elle était incapable de se rappeler quel était ce sacrilège. Il fallait qu’elle dise à la tribu qu’on essayait de la manipuler. Elle ouvrit la bouche et s’interrompit. Elle avait autre chose à dire, de plus important, quelque chose qu’elle voulait dire depuis qu’elle avait perdu ses parents et son roi et qu’elle voyait le village se déliter progressivement. Soudain, elle se sentait capable de le dire.
-J’ai vu les esprits, déclara-t-elle en se sentant comme enrobée d’un souffle ardent. Ils m’ont parlé en leur demeure. Ils ont envoyé l’étoile qui est tombée au nord du village, mais pas en signe de leur courroux. Ils veulent nous sauver de nos ennemis et de notre propre indifférence face à nos faiblesses et à nos défaites. Cessons de combattre des tribus qui nous anéantiront par leur nombre et leur armement. L’étoile nous demande de la suivre. Quittons ces forêts qui ne nous protègent plus et cherchons un autre lieu pour abriter la tribu. Au nord est notre salut. Nos ancêtres et nos esprits m’ont promis de nous suivre et de nous protéger. J’ai entendu les esprits et je pars. Les écouterez-vous ?
C’était ce qui c’était passé. Ce n’était pas ce qui c’était passé. C’était ce qu’elle voulait dire. Ce n’était pas ce qu’elle voulait dire. Au final, cela importait peu, chaque membre de la tribu criait son accord avec enthousiasme. Certains se précipitaient déjà pour réunir leurs biens les plus précieux, emportés par la même ardeur qui avait saisit N’Tembua. D’autres l’entourèrent pour lui demander quel chemin emprunter.
Elle avait envie de protester, de leur expliquer qu’ils se trompaient, qu’ils étaient trompés. Le sourire satisfait de la Grand-Mère lui serrait le cœur sans qu’elle sache pourquoi. Elle choisit d’ignorer ce sentiment. Les esprits lui avaient parlé, lui avait donné un moyen de sauver sa tribu. Il était temps de se mettre à l’ouvrage.
Sordon
Une déstinée, plus grande
IAHHHHHHRRRRRRRRRRHHhh
–
–
–
Sur ma peau, je sens mes poils se dresser.
Ces derniers piégés dans l’instant, tentent de se libérer du frisson qui, naquit de ce son, semble essayer de s’opposer au figement qui m’est infligé.
Soumit à une subtile secousse, mon esprit soudain semble s’ouvrir aux sensations, certes peu sophistiquées, que mon corps, captifs de quelque compulsion, continue de créer confusément.
Face à une situation qui fatalement signifierait la fin subite de mon financement, je remise dans quelque recoin de mon cortex, l’avalanche superflue d’avertissements que mes sens affolés suscitent aveuglement.
Tandis que tout autour de moi, tout trahit la stupeur. Telle une tour au cœur de la tempête, très droite, je déploie ma démarche de dirigeante.
« Mais qu’est-ce que vous attendez ? Débranchez-le !
Sortez-moi les diagrammes de son activité cérébrale et vérifiez l’équipement. »
Tel un voile Legé, l’onde se mêle à l’air pour fluidifier l’affolement qui flotte fébrilement dans l’atmosphère.
Libérés des ligatures les liants aux limbes de leurs esprits, mes compagnons épris par mes paroles combattent les émotions qui du tréfonds de leurs corps tentent de les contraindre à l’inaction.
Tandis qu’au loin les ultimes échos du cri rivent vivement les vivants vaquant candidement à leurs labeurs, mon cœur soudain s’anime d’une sensation assurément sombre et oppressante.
L’impression d’une pression s’immisce sournoisement au sein de mes sens.
Mon souffle soudain s’accélère. Simultanément sur la surface de ma peau, un manteau de perles scintillantes sourde. Sourd envers mon esprit, mon corps me trahit.
Ma vision vivement se voile lorsque survint le choc. Concrets, les carreaux me crient que quelque coup que je leurs donnent, indéfectiblement, ils demeureront durs et déterminés.
L’air tel un bloc, cogne mes cordes vocales. Quelque cri crée, coincé dans ma cavité buccale, un collet qui me suffoque.
Noir,
L’instant d’une éternité, le présent semble m’échapper.
Une paire d’escarpin, d’un rouge carmin.
Une ombre inclinée, et une peinée à l’air sombre.
L’assemblée derrière mon assistante, hésitante attend d’être rassurée.
« Madame ? Tout va bien ? »
Quelqu’un m’appuie contre quelque cloison. Quelque part dans mes pensées, ces paroles produisent un effet fascinant.
La pression m’oppressant me quitte précipitamment. La brume qui m’engourdissait l’esprit, se dissipe et me laisse apprécier la situation.
Mon assistante, angoissée, me fixe avec un air anxieux.
« Oui ; oui, ça va. Ne vous en faites pas, retournez donc à vos tâches.
Qu’en est-il du sujet ?
— En vie. Mais il ne nous servira plus à rien. Son cerveau est grillé. Comme les autres…
— Hmfffff. C’est contrariant. La simulation était pourtant prometteuse.
— Vous êtes sûre que tout va bien madame ? La directrice sera contrariée…
— Hhh, oui. Laissez-moi donc me charger de la directrice et préparez une nouvelle simulation.
Et disséquez-moi son cerveau. Peut-être y a-t-il du nouveau cette fois. Après tout, nous avons radicalement changé depuis le dernier.
— Très bien. Je vous amène le dossier et les analyses. »
L’accolade de ma collègue est chaude. La douceur de la chose met du baume sur mes frayeurs.
Je suis mon amie du regard. Et je prépare mon âme pour l’entreprise que symbolise une entremise entre la direction et ma division.
Combattant l’angoisse je guide mes pas vers son palace. A la pensée de cette femme rapace, ignoble et ignare, mes organes grognent.
J’étouffe un grondement qui grimpe le long de ma gorge.
A l’approche de la pièce renfermant la vielle grièche, J’arbore un sourire grinçant.
Ravalant mes griefs, je persuade les papillons qui pulsent puisement par-delà les parois de mon estomac.
Arborant un sourire grinçant, j’aborde la subordonnée débordée d’une direction débilitante.
« Bonjour mademoiselle. La directrice m’attend.
— En effet.
Laissez-moi vous dire que madame est des plus désappointée.
Vous pouvez entrer.
—Merci. »
L’effort qu’il me faut fournir pour ne pas effacer le sourire de cette face pince-sans-rire, me contraint un brin à relâcher de leur écrin les grouillant grincheux qui grondent au creux de mes seins.
Une dignité toute précaire retrouvée, je m’approche du porche du palais de la principale.
La femme, enfoncée dans son fauteuil, me fixe de son regard, telle une chouette en chasse, tandis que je me laisse choir sur une chaise.
La vision de ma supérieure, nonchalamment installée et de son visage rieur, fait ressortir toutes mes aigreurs.
« Ah vous voilà !
Il semblerait que vous ayez terrorisé tout un étage de l’institut. J’espère pour vous que vous m’apportez de bonne nouvelles ?
—Oui! ; Et non… Nous avons franchi une étape majeure du projet. Désormais, nous comprenons à la perfection la propagation des ions potassiums lors de la réception spinaire. Et le module de transcription des données pour un affichage est…
—Non ? Je n’ai pas tout comprit à vos explications, mais… je suis sûr que tout fonctionne. Mais rassurez-moi : Le prototype est fonctionnel ? Et vous n’allez pas me demander un autre sujet pour vos expérimentations. Vous savez à quel point, il m’est difficile de répondre aux besoins ; particuliers ; de votre département ?
—Heuu, oui, oui. Le prototype est fonctionnel. Nous parvenons à transmettre les données sensorielles. Toutefois, il reste un léger détail.
—Comme ce cri glaçant ?
—Heuuuu, noooon, enfin oui. Pas directement. Voyez-vous, il semblerait que bien que les protéines de transfert et les structures synaptiques soient similaires, le schéma de propagation mnémo-sentoriel de chaque individu est…
—Oh excusez-moi, je ne suis pas tout. Vous pourriez faire… plus simple ?
—Ah ! heuuuu, plus simple, bien sûr, heu, voyons voir : Il semblerais que chaque cerveau «encode » différemment les information sensorielles. Du coup, il est très difficile pour un individu de recevoir des données d’une autre personne. Mais, cela fonctionne, nous parvenons à envoyer les données ! ha, han.
Il ne reste que quelques tout petits problèmes de réception…
—Hum ! Je ne comprends pas, vous dites que vous pouvez envoyer les données et vous dites en même temps qu’elles sont difficiles à recevoir… Est-ce que la transmission de pensée de cerveau à cerveau fonctionne ?
—Oui, oui, c’est ce que je vous dis, cela fonction. Ce n’est pas que la réception soit techniquement un problème. C’est plutôt leur effet qui est difficile.
Je vous explique : voyez-vous le vin dans votre verre, il est rouge n’est-ce pas ? Vous le voyez rouge, et moi aussi. Nous savons toutes les deux que cette couleur est : le rouge. Car nous l’avons appris. Mais en réalité la couleur est complètement différente pour vous et moi. En faite peut-être verriez-vous du bleu si je vous envoyais l’information de mon cerveau. Enfin, je dis du bleu, mais il faudrait que j’analyse votre système neuronal pour savoir précisément. Héhé, héhé
—Je m’en passerai merci.
Je crois que je comprends, mais en quoi cela justifie-t-il le retard de votre programme ? Encodez-moi ces données comme il faut, et transmettez ! Nous somme sensé commercialiser une interface neurale avant la fin de l’année. Vous le savez n’est-ce pas ?
— Oui, oui, justement, nous aurions besoin de plus de sujet pour les tests. Je vous promets que nous y sommes presque madame. Presque.
— Plus de sujets ? Bon sang vous en avez déjà eu près de cinquante ! Cinquante hommes et femmes effacés du registre national ! Savez-vous seulement ce que cela coûte de vous trouver vos « sujets d’expérience» ? Ne me dites pas qu’ils sont morts ?
— Morts ? Non, non, à part bien sur les deux premiers. Mais heuuuuu, ils sont « inaptes aux expériences désormais »
—Je vois… C’est votre dernière chance. Vous aurez deux cobayes supplémentaires, mais si d’ici un mois vous n’avez pas fourni des résultats satisfaisant. Votre laboratoire est démantelé vous m’entendez ? Et vous et vos expérimentations, ne serez jamais venus ici. Vous n’aurez même jamais existé est-ce bien clair ? »
Maudissant mon ton mielleux et dégoulinant, je libère ma colère. Le bruit de mes pas, saccadé, scande distinctement ma détermination. Cette femme, idiote et stupide! Cette pauvre sotte ! Un mois de test ? Dans cette situation, deux sujets ne suffisent pas ! Une séquence soutenue et systématique d’analyse est nécessaire !
Toujours à critiquer, rechigner, s’opposer ! Tout cela au nom de coûts, d’éthique et de difficulté !
Un feu ardant se répand dans mes artères. Avec un air fier, je retourne à mon repère.
« Nous pouvons continuer les cobayes arrivent demain. Préparez une nouvelle simulation en corrigeant le schéma avec les informations d’aujourd’hui.
Quel était-le problème au juste ? Il me semblait pourtant que l’ouille, la vue, l’odorat et même la prémonition étaient convenablement transcrites !
—Le toucher madame. Enfin je crois, nous n’avons pas pu lui demander pour confirmer… »
Une douce félicité s’empare de mes sens. L’environnement familier mon travail et toute son essence.
La tension se libère et mes muscles se délassent.
Assise à mon bureau, je laisse flotter mes pensées. Bientôt, je serai parmi les héros. Je libérerai l’humanité du fardeau de l’individualité.
Aramina
Le joyau de Liana
Ce texte a fait l’objet d’une lecture créative :
(note de Cosma : Mais c’est trop cool ! )
Du haut de sa colline Lou observait Garianon. Les silhouettes des bâtiments de la ville disparaissaient peu à peu dans le soir pour laisser place aux premières taches de lumières chargées de chasser les ténèbres et la peur de la nuit. Entre chien et loup. Il y aurait long à philosopher sur cette expression. Mais Lou ne philosophait pas, il ne savait même pas ce qu’était la philosophie. Il fixait d’un air absent la cité pendant le que ciel se teintait d’or, de rouge puis, dans un dernier sursaut d’espoir, de blanc, avant de succomber au noir. Son cheval renâclait dans la tension ambiante mais Lou restait immobile dans ce silence parfois interrompu de cliquetis. Un silence lourd, pesant, collant, presque épais, que seul peut produire quelqu’un qui ne veut pas être entendu. Lou, lui, entendait des rires. Et parmi tous ces rires, plus fort que les autres, il y avait celui de Liana. Frais, cristallin, qui vous traversait l’âme pour vous noyer le cœur. Ces dernières semaines il l’avait entendu tous les jours et toutes les nuits, mais maintenant qu’il était de retour il le ressentait physiquement. Il aurait pu lui donner un gout, une odeur, une couleur. Mais Lou ne faisait pas ces choses-là.
Dès sa naissance ses parents avaient su que Lou serait différent. Cela avait fait fuir son papa et lui avait lié à vie sa maman. C’est elle qui l’avait prénommé Lou. Elle l’appelait aussi « mon tout doux » et lui disait souvent qu’il était soyeux comme son prénom. Elle l’avait enveloppé de son amour et porté à bout de courage pour qu’il grandisse à sa manière. Marche après marche ils gravissaient ensemble le grand escalier de la vie, Lou avec tout son enthousiasme et maman sans jamais lui lâcher la main. Il ne comprenait pas toujours tout et il avait besoin qu’on vienne à sa rencontre pour apprendre de nouvelles choses. Mais il recevait de l’amour à ne plus savoir quoi en faire et en retour il aimait tout le monde. Et celle qu’il aimait plus que tout c’était Liana.
Lou gambadait souvent dans les rues de Garianon. Il sautillait de porche en allée sur la pointe des pieds. Les gens trouvaient sa démarche bizarre mais Lou aurait pu leur expliquer son jeu de ne pas toucher les lignes des pavés si on lui avait demandé. Il était devenu très fort à ça et pouvait passer des jours sans poser le pied sur une seule. Personne n’aurait réellement voulu le prendre en apprentissage, un Lou aurait été honteux dans un corps de métier, mais il rendait de menus services à tous ceux qui en témoignaient le besoin. Il avait compensé ses difficultés par un autre trait de caractère : la ténacité. Là où les autres réussissaient facilement, Lou soufflait et souffrait, mais il n’abandonnait jamais et atteignait toujours son but. Il avait besoin d’un objectif et mettait tout son cœur pour l’atteindre. Lorsqu’il avait fini il passait à une autre mission. Vider une fosse à purin ou sculpter une délicate figurine de cheval avait la même valeur pour lui. Pas après pas, goutte de sueur après froncement de sourcil, il accomplissait des choses extraordinaires. Alors on venait le voir pour de petites tâches et de grandes réalisations car on savait qu’il prendrait son temps mais rendrait un travail parfait. Tout le monde connaissait Lou, l’enfant différent, et son enthousiasme et sa candeur débordante ne laissait personne indifférent. Tout le monde l’appréciait.
Liana aussi se baladait souvent dans les rues de Garianon. Elle pouvait se promener parce qu’elle n’avait pas besoin de travailler, tout comme ses amis. Elle faisait de tout petit pas. Lou la soupçonnait de ne pas toucher par terre parfois. Il fixait ses pieds longtemps, pour vérifier. Il finissait par avoir mal à la tête et les yeux qui piquent alors il arrêtait. Il recommençait quand même le lendemain, parce qu’on ne laisse pas tomber une idée en cours de route. Ses amis étaient beaux aussi, avec des tenues aux couleurs vives qui n’avaient appartenues à personne d’autre qu’à eux même. Les habits de Lou avaient déjà connu deux ou trois corps avant le sien. Lou s’en moquait, il pouvait y mettre de la poussière sans se faire gronder. La poussière évitait Liana, comme si elle n’était pas digne de la toucher. Lou aurait bien aimé jeter un peu de poussière son ourlet pour voir si elle s’y accrochait ou si elle s’en éloignerait comme il le soupçonnait. Il ne le faisait pas car il ne se pardonnerait jamais de la salir.
Des fois Liana lui donnait un fruit. Parfois il le mangeait, parfois il le ramenait à sa maman. Sa maman adorait les fruits même si elle ne pouvait pas s’en acheter souvent. Lou lui aimait s’approcher de Liana. Elle sentait meilleur que les fruits. Meilleur que le pain tout chaud. Et même meilleur que les fruits et le pain tout chaud réunis. Elle semblait fragile et délicate comme les bulles de savon quand maman frottait le linge, et elle rayonnait plus que le soleil lui-même. Sa maman lui disait de ne pas embêter Liana et de la laisser tranquille. Lou ne l’embêtait pas, il aidait quand elle et ses amis le demandaient, et il venait chercher son fruit quand elle l’appelait. Et il regardait ses pieds effleurer le sol.
Le soir il rentrait chez sa maman. Maman était fatiguée de son travail, mais elle restait toujours disponible pour lui. Ils mangeaient leur soupe, parfois un fruit de Liana. Puis il posait sa tête sur ses genoux et tout en lui caressant les cheveux elle lui racontait la vie. Toutes ces choses que les gens savent spontanément mais que Lou devait apprendre. Elle lui disait les émotions et les relations. Les couleurs et les manières. Le courage et le pardon. Lou retenait tout et appliquait ce qu’elle lui disait. Il ne voulait pas lui faire de peine en oubliant quelque chose. Avant de s’endormir maman se penchait pour lui murmurer doucement dans l’oreille la formule magique qui éloigne les cauchemars. Grace à elle il n’en faisait jamais.
Lou grandit. Dans son grand humour le destin donna un corps de 14 ans à cet enfant resté si jeune d’esprit. Sa maman avait peur de ce grand corps tout musclé alors elle lui en parla. De son corps, de celui des filles, de l’amour, du désir, de ce qu’il ne faut pas faire et de ce qui est très grave. Encore une fois Lou retint tout ce qu’elle lui enseignait. Il put mettre un nom sur ce qu’il ressentait pour Liana et su de quoi il avait envie.
Après des jours d’hésitation il prit son courage dans ses deux mains maladroites et il alla lui parler. Elle était assise sur le bord d’un puit, avec ses beaux amis autour d’elle. Si Lou avait connu le ciel et ses mystères il aurait dit qu’ils n’étaient que la queue alors qu’elle était la comète. Mais Lou ne connaissait rien au sujet. Il se disait juste qu’elle était belle comme seule elle-même pouvait l’être. Il amena son grand corps au milieu de tout ce monde et lui parla de tout ce que lui avait raconté sa maman. D’elle, de lui, et de son amour total et inconditionnel. Il y eu un silence, très long. D’aucuns se seraient sentis mortifiés mais Lou ne mettait pas de sens aux silences, il attendait. Liana fini par lui répondre, lentement, en souriant. Elle lui expliqua qu’elle aussi elle l’aimait mais qu’elle était fille de noble et lui de servante, alors que leur amour resterait impossible. Tous ses amis souriaient aussi, certains avaient parfois un petit rire. Maman avait raison, l’amour c’est beau, ça déteint même sur les autres en les rendant heureux. Lou accueilli la réponse comme tout le reste dans la vie : comme un problème à résoudre. Avec beaucoup d’effort tout trouvait toujours une solution et comme quand il ne savait pas il demanda conseil. Liana était intelligente, elle devait bien savoir comment faire. Effectivement elle savait. Il suffisait qu’il devienne un grand chevalier. « Si tu ramènes en plus un fabuleux joyau d’une de tes quêtes, alors mon père consentira peut-être à notre union ». Maintenant tout le monde riait de bon cœur. Lou rit aussi, ravi que la solution soulage aussi ses nouveaux amis.
Le jour même-il dit au revoir à sa maman. Charles, le garde de la porte principale, lui avait dit que pour être un chevalier il fallait vivre des aventures et accomplir de grandes choses. Charles savait beaucoup de choses, c’était un poste important garde de la porte principale. Lou emballa ses maigres affaires et essuya les larmes de maman. Elle voulut le convaincre, le retenir, elle s’accrocha à lui de toute la force de ses petites mains mais Lou les embrassa, les décrocha et parti devenir chevalier. Liana comptait sur lui.
Il marcha au hasard, évitant les grands axes pour s’enforcer dans des territoires isolés afin de voir si l’aventure voulait bien de lui. Il traversa des déserts où il apprit la sagesse et la concentration des Hapgard. Il conquit le respect des orcs d’Oluz et inspira la peur aux mystiques d’Epgell. À chaque étape de son parcours les peuples le recevaient comme un fou et il repartait comme un héros. Huit années d’effort, de souffrance et d’apprentissage. Sa détermination et sa soif d’apprendre n’avait de cesse et Lou devint une légende auprès de ces peuples oubliés de la grande civilisation. Huit ans de combats durant lesquels Lou perdit un yeux et une partie de son innocence. Lui qui n’avait connu que les caresses et la douceur apprit la souffrance et les privations. Huit années qui passèrent et Lou fut si reconnu et vénéré qu’il n’eut plus besoin de chercher de nouveaux maitres, c’est lui qu’on venait voir pour être enseigné. Mais Lou n’enseignait pas, il ne savait pas comment faire.
Un jour Zadieck, un chef de clan orc, demanda une audience en public. Tous les représentants des peuples furent réunis et Lou fut conduit sur une grande estrade. Le chef de clan prit la parole pour exprimer la pensée de tous.
« Lou-le-puissant, toi qui est venu à la rencontre des races rejetés, qui possède la force et la sagesse, le courage et l’abnégation, dis-nous, lequel d’entre nous préfères-tu, quel est ton peuple élu ? »
Il ne comprit pas la question. Lou aimait tout le monde, du premier des Hapgardien au dernier des orcs. Tous lui avaient appris et l’avaient porté un peu plus loin dans sa quête. Le silence ne semblait pas vouloir s’arrêter tout seul alors il répondit tout de même, avec son cœur.
« Aucun ».
Les têtes baissées empêchaient de voir le désespoir de l’auditoire face à cette réponse. Zadieck continua tout de même.
« Lou-le-puissant, dis-nous ce que ton cœur attend. Fais nous l’honneur de nous trouver digne d’y répondre ».
Lou n’était toujours pas sûr de comprendre mais il savait de quoi avait besoin son cœur pour trouver la paix. D’un joyau pareil à nul autre. A peine eut-il prononcé ces mots que l’ensemble des chefs de clan se levèrent en silence et se mirent en route. Sans vague ni préparatif, sans perdre un instant. Dans l’heure qui suivi tous les hommes étaient en route ainsi que les femmes des Corenthans, qui participaient aux combats au même titre que leurs maris. Lou resta seul avec les autres femmes et les enfants. Parfois il posait la tête sur les genoux de l’une d’elle, et elle lui caressait les cheveux en lui parlant de la vie. Mais aucune ne connaissait la formule magique qui chassait les mauvais rêves.
Les semaines passèrent et les chefs de clan revinrent avec leurs soldats. Zadieck se détacha de la troupe, s’approcha de Lou, mit un genou à terre et déballa le tissu qu’il tenait contre son torse. Entre les pans apparut la pierre la plus fantastique qu’un être vivant eu l’occasion de voir. Elle semblait animée d’une vie propre et les couleurs chatoyaient et virevoltaient en son sein. Lou su que c’était elle. Il prit son ami dans ses bras et pleura longuement. Alors qu’il remballait la pierre et se préparait à partir Zadieck rassembla son courage pour prendre de nouveau la parole.
« Lou-le-puissant, dis-nous quel peuple d’entre nous aimes-tu ? »
Cette fois-ci Lou compris la question et pu y répondre.
« Tous. Vous êtes ma famille et par cette pierre vous me donnez une nouvelle fois la vie ». Lou aurait bien aimé faire un beau discours comme les seigneurs en faisaient parfois mais il ne savait rien aux discours. Alors il leur raconta l’histoire de Liana qui depuis 8 ans attendait son retour dans la belle cité de Garianon. Il leur parla de ses petits pas, de sa bonne odeur et des pavés de la ville. Il leur promit que quand ils se seraient mariés il parlerait d’eux aux nobles de la ville et que les races rejetées auraient leur place dans la grande civilisation. Et tous eurent le cœur plus rempli de joie et de fierté par ces mots que n’aurait pu le faire n’importe quel discours de seigneur.
Liana était encore plus belle que dans son souvenir. Ses amis étaient toujours dans les parages mais elle s’était éloignée du groupe pour caresser un chaton aventureux. Ses longs doigts graciles courraient le long de l’animal qui ronronnait de plaisir. Lou était heureux, c’était son grand jour et il pourrait lui parler en tête à tête. Il aimait bien ses amis mais il n’avait pas envie de partager son bonheur aujourd’hui. Il s’apprêtait à recevoir son fruit qu’il avait mis des années à mériter, et il le voulait pour lui tout seul.
« Liana ? »
Elle eut un petit sursaut. Même la surprise lui allait bien. Elle ne parut pas le reconnaitre au premier regard mais Lou avait beaucoup changé. Sa peau était bronzée et sa carrure impressionnante. Il lui manquait un œil et était couvert de cicatrices.
« Liana ? C’est moi ». Et il tomba à genoux pour lui conter ses aventures et tout ce qu’il avait enduré pour devenir un chevalier digne d’elle. Il lui parla des épreuves et des peuples abandonnés qui attendaient de les rejoindre.
Et Liana éclata de rire. Lou ne s’attendait pas à cette réaction mais il sourit lui aussi. Si Liana était heureuse lui aussi. Son rire semblait ne jamais vouloir se tarir. Finalement entre deux hoquets et trois larmes elle réussit à articuler :
« Lou ? Tu es sérieux ? Tu as vraiment cru toute cette histoire ? Non seulement tu étais un imbécile, mais maintenant tu es un imbécile encore plus laid qu’avant ! Comment oses-tu ne serait-ce que penser qu’une fille de mon rang puisse s’intéresser à toi ? Tu es vraiment parti vivre tout ça à cause d’une blague ? Je te pensais tombait au fond du gouffre de ta propre crétinerie. » Elle éclata de rire de plus belle et se détourna de Lou pour rejoindre ses amis.
Son rire submergea Lou mais quelle que soit la taille de la vague, on n’éteint pas aussi facilement huit ans d’espoir et de privation. Il voulut la convaincre, lui parler du joyau, mais Liana se contentait de rire en s’éloignant. Il la suivi en rampant, la suppliant de regarder la pierre sous le linge, lui récitant son amour comme on s’accroche à une prière. Il fallait juste qu’elle regarde pour comprendre. Parce qu’il ne savait pas quoi faire d’autre il s’accrocha au bas de sa robe pour la retenir. Il y eu le bruit d’une étoffe qui se déchire. Liana qui bascule en criant. Un autre cri. Les amis qui arrivent en courant. De plus en plus de cris. Lou ne comprenait peut-être pas tout mais il avait de l’instinct. Il se mit à courir vers la sortie de la ville, le plus vite possible. Il dérapait sur les pavés, hors d’haleine, pour filer plus vite que ne vole la rumeur. Il passa Charles et la porte principale mais ne ralenti pas. Il courut jusqu’à ce qu’il fût loin de Liana, loin de la ville, du rire et des cris vindicatifs. Il resta alors prostré, à pleurer toutes les larmes que son enfance lui avait épargné et ce pendant trois jours. Trois jours c’est le temps qu’il fallut à l’annonce pour arriver jusqu’à lui. Devant sa tentative de crime ignoble, on avait arrêté sa maman. Elle serait pendue au solstice d’été pour entamer les festivités, s’il ne venait pas prendre sa place. Le solstice d’été cela laissait plusieurs semaines. Lou avait un nouvel objectif à tenir. Il sécha ses larmes et repris sa route.
La nuit était complètement tombée sur Garianon. Son cheval piaffait d’impatience mais Lou était toujours immobile. Il ne restait que trois jours avant le solstice. Le bourreau avait déjà dû installer son échafaud. Lou avait passé bien des solstices sur la place principale, il imaginait très bien les décorations et les musiciens répétant pour que tout soit parfait.
Zadieck avança à sa hauteur. Quand Lou était revenu et qu’il avait donné ses ordres personne n’avait discuté ni posé de question. On n’interrogeait pas Lou-le-puissant, sa parole était vérité. Tout le monde avait obeit. Zadieck donnerait sa vie sans hésitation, tous les deux le savaient et Lou lui accordait une confiance aveugle. Ce soir il lui confiait ce qu’il avait de plus précieux.
« A ton signal Lou-le-puissant ».
Zadieck irait chercher maman, quoi qu’il en coûte. Lui s’occuperait de trouver Liana. Une femme serait bien pendue le soir du solstice. Cette fois il serait sûr que les petits pieds de Liana se balançaient sans toucher le sol. Le soir maman lui murmurerait la phrase et les rires et les cauchemars disparaîtraient.
Entre chien et loup. Les chiens avaient rejoint leurs maîtres et se terraient dans les maisons. Il ne restait plus que Lou et sa meute. Il avait promis aux peuples rejetés une place dans la ville de la grande civilisation, et il tiendrait sa promesse. Loin dans les montagnes de puissants bras forgeaient une couronne avec en son centre un joyau exceptionnel.
Lou leva le bras et lança son cheval au petit trot. Derrière lui son armée se mit en marche.
Classement
1 – Aramina : Le joyau de Liana
2 – Mélisande : La grotte des esprits et l’enfant qui y est entrée
3 – Bébel : Le Mage Inquisiteur d’Arguste
4 – Sordon : Une destinée, plus grande
4 – Elren Ayara : La bataille de la Sans-retour