
Bienvenue pour cette nouvelle Joute, nouvelle dans tout les sens du terme.
En effet, j’ai récemment été nommé Jury des Joutes et Modérateur de la Section Grimoire. L’ancien Jury des Joutes n’est malheureusement plus, et j’ai réfléchi à une possible refonte du système, plus adapté à la fréquentation réduite du forum.
J’ai donc nommé Galain comme compère pour cette aventure, Dragon de Co-modo – Youry des Yourtes, pourfendeur de mots et lyncheur d’impétueux, Seigneur des métaphores, Duc de la figure de style. Il m’assiste dans ma pas si lourde tâche de Jury.
Mais commençons déjà par vous présenter cette nouvelle Joute. Galain et moi ne remplirons plus le même rôle de Jury des Joutes qui était tenu auparavant. En effet, nous créons le sujet, et c’est tout!
En tant que Jury, nous jugeons de la tenue du sujet par les textes présentés par les candidats, mais n’attribuons plus de note.
Dans un soucis de participation, le Jury peut aussi participer à la Joute, et voter pour leur texte préféré (avec la même règle que pour les autres : on ne vote pas pour son texte). Leur vote compte simple.
Récompenses à obtenir :
Plume de Tear : sera remise au texte de la joute classé premier par les votes des Teariens. En cas d’égalité chaque texte sera récompensé.
Plume du Jury : sera remise par le jury à un texte dont il juge qu’il le mérite.
Plume d’or : sera remise par le jury à tout texte récoltant plus de 50% des votes.
Thème : When Pigs Could Fly
Les Textes
Galain
Extrait du Tractacus Universalis Animae d’Hervé Hément
[…] la structure mythologico-déductive de son origine nous conduit à envisager l’espèce sous un rapport complexe de structure endo et exo cosmogonique. Qu’il faille ou nous porter crédit à la thèse de Goméide Ologue voyant la genèse de ce taxon dans une « symbiotique physio-théologique » comprit comme « la déchirure fondamentale d’une quiddité, dont l’essentialité brisée aurait ouvert un champ nouveau et cosmique à l’hybridité dépassée », nous devons tout au moins réfléchir précisément sur l’angle que présuppose cette position et sur ces implications dans notre zoologie et notre éthologie.
La détermination de l’origine ne nous semble pas être d’une importance majeur dans une taxinomie générale ; la genèse de toute espèce ne saurait être autre chose que la normation arbitraire d’un temps, qu’une caractérisation spécifique, mais relative, d’une « rythmique de la nature » – selon l’expression magistrale d’Acmé Lisande dans son ouvrage Sidéralité et astralité des corps ; pour une exogénèse de la contemplation (ed. Lisange, 3502). Pourtant, et dans le soucis d’exhaustivité dans lequel veut s’inscrire notre Tractacus Universalis Animae, nous ne pouvons négliger la question de l’origino de notre objet d’étude. C’est pourquoi nous nous lancerons dans la quête maintes fois répété et maintes fois avorté de l’origine de cette espèce polymorphe et plurielle appelée par elle-même et par nous : homme.
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Nous devons les premières études sérieuses sur le cas humain à un zélateur de l’Académie de Menstrille, Gombrich Anamoïcus, exilé des territoires sud à l’orée du Siècle Chrysocale, qui écrit en 1587 un Humanis Globus (1). Au sein de ces lignes que peu, d’entre les spécialistes, ont eut la chance de lire, nous pouvons parcourir au fil des envolées métaphysiques de l’Académicien, un chapitre fort intéressant quant aux hypothèses de l’origine humaine :Terra potenta scriptum maleficum aglae sidoniae potuit (« L’hypothèse glébeuse où l’écriture paradoxale d’une sémiologie de la forme comme tétralogie possible des efflorescences lunaires » (2)).
Outre les considérations fort profondes et fort érudites sur la place majeure du pédoncule dans la société humaine – Anamoïcus fonde dans ce passage toute sa réflexion sur un manuscrit de l’ère pré-anthropo-systématique qu’il nomme, mystérieusement, Theogonus Hesidoae. Manuscrit de la quatrième couche, comprit, selon certain spécialiste, entre la troisième et la quatrième ère, il fut perdu voilà deux cents ans dans un voyage marin reliant Wirfawl et Rodes. Il ne nous reste donc rien pour juger de la source et nous devons prendre les hypothèses d’Anamoïcus pour ce qu’elles sont, c’est à dire proprement des hypothèses.
Quoiqu’il en soit, et selon les écrits du savant, le Theogonus présenterait un récit détaillé de la naissance de l’espèce humaine comme [/i]transsubstantiatio terra[/i]. Construction hypothético-mythique d’une surface glaiseuse, cendreuse, poudreuse (glaeica aglae cendorus poudris) au sein d’une « anamorphose originelle comprit dans ses linéaments comme une symbiotique cosmique de la terre comme matière et de l’être comme chaine » (ut caenius spiritus cosmae terrus cassanus (3) etiam potens et lineamentus organis organa). La lecture des Theogonus d’Anamoïcus, pleine d’une poésie et d’une informelle nominastique (« informal nominastic » écrira Sofia Lsace), confirmerait donc la thèse élémentariste selon laquelle : « l’humain ne serait le pôle conducteur de plusieurs fracteurs sensoro-épidermique, qui verrait dans ses aboutissement la réunion première et majeure (4) d’une volonté de la Terre et d’une volonté du Feu ». Notons dès à présent que peu de personnes – aucune, il nous semble – peuvent se vanter de comprendre les thèses essentialistes.
Cependant, il faut avouer qu’entre l’intuition énigmatique de Rain et l’explication fournit par Anamoïcus des Theogonus, des correspondances marquantes surgissent. Malgré tout, et pour nous mettre en porte-à-faux de toute la traduction heuristico-sémiologique de l’anthropogénèse, nous pensons que ces correspondances sont le fruit d’alliances idéologiques profondes entre Anamoïcus et les essentialiste ; alliance courant à travers les siècles dans la pensée du Terreux. Cette pensée du Terreux nous semble corrompre a priori toute la lecture d’Anamoïcus des Theogonus et nous ne préférons pas porter de crédit à une théorie qui, dans l’absence de sources fiables dans laquelle nous sommes, ne peut avoir d’autre poids que celle d’une certaine poétique de l’anthropogenèse.
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Le Tractacus mirobolis de Antonus De Tansyle (1565) traite d’un manuscrit qui connait aujourd’hui une grande fécondité critique et qui n’est autre que le très célèbre Biblion Saturnae (5). Or, et pour rompre avec une tradition que l’alchimie interprétative lança il y a de cela deux siècles ; j’entends ici la Leçon Saturnale (6), j’aimerais introduire ici une critique du Biblion à travers, et à partir, du Tractacus de Monsieur de Tansyle.
Le Biblion Saturnae serait, selon Antonus Tansyle, une note conséquente d’un manuscrit plus ancien et apparemment perdu qu’il nomme, dans son Tractacus, « massoris fatum » (7). Quoiqu’il en soit Antonus Tansyle résume magnifiquement la théorie de l’origine que contiendrait le Biblion : « Bereshit (8) sonda la Canitie Pâle des Ethers secrets (substratum incubum paretio), Qu’Alors d’Influentes Ondes Percèrent la Camide. Bereshit Formula l’Homme dans l’Harmonie des Stances, Qu’une fois l’Homme Là, Bereshit Meurtrissant Hypogastre Cosmique du Coquâtre Flamboyant Gâta dans son Règne la Raigne et Fonda d’Ici l’Elle ». L’Elle : qu’est-ce ? L’intervention singulière de ce nom laisse aujourd’hui les rares spécialistes de la lecture du Biblion par Tansyle perplexe.
Alors que Martin Tintamare (9) pense que « nous avons clairement affaire ici à une métempsychose paradoxale d’une unité fondatrice et transcendante au sein d’une humanité tantôt retrouvé et réprouvé, Sinaïda Freuse penche elle pour « […] théorie de l’elbus, qu’il faut entendre chez Tansyle comme une réminiscence de l’alius grecus et qui influença sans nulle doute sa lecture ».
Nous pensons de notre coté que l’Elle est une lecture anatomo-tétrapopédique de pédoncule en réminiscence d’une autre espèce, aujourd’hui disparût et qu’on appelait oiseau. Un scriptum garerum totalis écrit dans les premiers temps des âges thébaïdes nous informe en effet que : « l’elle, ou l’aile, correspond à la plume opusculaire d’une excroissance membro-fonctionnelle ». « Fonder l’Elle » c’est donc, fondamentalement, former la natura naturans, faire d’une fonctionnalité animalière – l’oiseau était un a-nimal au sens orno-morphologique du terme – la pierre ultime à la constitution d’un corps : corps fait homme : “tu es cette pierre et de cette pierre je ferais mon homme” (tuus pactus humanum est, est rocae potens potest estas facuit).
Ainsi donc de l’origine de l’homme ; le Biblion Saturnae se donne comme une réponse mythologico-déductive au problème profond de l’origino. L’espèce humaine ne constitue pas en soi un cas particulièrement intéressant pour nos études, mais dans le système particulier qu’il invite à construire, l’étude de la genèse humaine déploie des outils conceptuels très intéressant. Pensons aux travaux d’Yves Lines sur la Correspondance méthodologique entre les études humaines et les études coléoptérienne de l’origine, ou à la thèse d’Aurora Marguerite ; Kaléïdoscope symphonique du rapport de la Biblion Saturnae et du Sinactus Pactus.
Avant de terminer notre partie sur la question de l’origine humaine, nous voudrions enfin évoquer une thèse, peu connue et presque oubliée, que soutint il y a vingt ans – sans grand succès il est vrai, Hoxard Yate. Cette thèse voit l’origine de l’homme dans la constitution physico-biologique du homard et du chien. Il pense que le mélange atomo-génétique de ses deux espèces auraient produit une espèce bâtarde, qui, dans son évolution aurait conduit à l’homme. Malgré le peu de crédit accordée à cette thèse ; Hoxard Yate fut donné comme fou et interné en 1975 dans l’hôpital de Lof, il ne nous semble pas inintéressant de nous y arrêter un instant.
Revenons sur l’histoire de ce Hoxard Yate ; il naquit dans les années 1910 dans le Comté de […]
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(1)Relatons brièvement ici les difficultés que connu l’édition de cet opuscule. D’abord porté par mansarde à Porto-Vilno aux alentours de 1579, il fut perdu au cours du rixe qui éclata entre le chargeur et l’éditeur et où se dernier fit, par inadvertance semble-t-il, bien que cette coïncidence fut vu par certains commentateurs comme une volonté plus secrète de faire échouer une édition qui aurait porté trop haut le prestige de l’Académie de Menstrille, brûler sa maison d’édition. Ce n’est qu’en 1581 que fut finalement retrouvé les quelques pages de l’opuscule dans la cave d’un marchand de vin de Séville ; malheureusement incomplet – il nous en manque semble-t-il douze pages – l’opuscule retrouva pourtant les chemins de l’édition et fut finalement publié, trois jours après qu’Anamoïcus est trouvé la mort dans des circonstances aussi troublantes que troublée, en 1587.
(2)Nous devons cette remarquable traduction de l’ouvrage d’Anamoïcus à un hermite gallanéïque de la région d’Ourz : Valdrog Xestis.
(3)Sur le double sens de cassanus dans l’oeuvre d’Anamoïcus, voir l’excellent ouvrage d’Anabella Sèquer-Lesotenopa : Cassana et Catena in the work of Anamoïcus : a value to the paradoxal story of Menstrille corporation (ed. Delahorte, 1902)
(4)Sur la thématique du majeur et du mineur dans les thèses essentialiste, et sur l’analogie musicale qui court toute l’œuvre de Roger Rain, je renvoie à mes précédant ouvrage : Manifeste pour une critique casualiste de l’existentialisme de l’essentialité dans la poétique du vide de Roger Rain (ed. Niste, 1971) et Nouvelle compréhension des rapports biotechnique dans la maïeutique symphonique des essentialistes du Siècle d’Airain (ed. Niste, 1982).
(5)La littérature spécialisée autour de la Biblion Saturnae est prolixe et tend aux brumes de la surécriture. Je ne citerais pour le profane que trois livres : Saturne et Biblion ; ou le temps restaurée de Marcus Tensile (ed. Bouvier & Sliters), Grabonique et métapuissance : le paradigme biblionnique dans la pensée humaine de Saïda Diste (ed. Desmiandros) et enfin Biblion Saturnae ; singularité ontique et sylphides chrysalisdéïque dans la pensée cacophagique de l’anthropogénèse de Alyne Siation (ed. AtH).
(6)La Leçon Saturnale (Saturnus lexionagrum clemis) fut introduite en 1697 par le Numide de Namur et consistait dans les premiers temps en un commentaire graduée et bilingue – magdanéen et exo-nuride – d’une dizaine de millier de page sur le Biblion Saturnae que chaque Consacré devait rendre avec sa mort au Numide de sa phésis s’il voulait réussir son Union. Elle se prolongea dans des formes béotienne jusqu’à l’orée du Siècle d’Airain et se perpétue encore aujourd’hui dans la pratique devenu garinotho-culturelle de l’exégèse savante sur le Biblion.
(7)Sur les querelles de traduction du terme massoris ; voir la magnifique synthèse du colloque de l’Assemblée Linéaire pour la Yole Neurasthénique (ALYN), Massoris, Massori, Massoria, Massoriae, Massoria : médusante mortification d’une maladie interprétative (ed. Daneat).
Sordon
Etude sur les Vouivres domestiques
La vouivre ou Wyvèrne commune est une créature discrète, malicieuse, sauvage et dangereuse. Une fois correctement dressée et éduquée, la protection et la fidélité qu’elle vous montrera, seront à jamais inégalées.
La vouivre sauvage est liée à un trésor et à un environnement particulier. Elle veille jalousement sur ses joyaux sans pareils, et tout particulièrement sur son escarboucle, sans laquelle, la vouivre meurt.
Normalement tapie dans des endroits inaccessibles tels que des grottes profondes, des repaires élevés ou des bois emplis de mystères, la vouivre ne se montre que lorsque la pleine lune est haute dans le ciel.
Feu le professeur Summerlee, grand spécialiste des Wyvèrne, nous a laissé en héritage ses notes sur leurs différents états d’esprit. Ses carnets ont été retrouvés près de l’orée d’un antique bois de chênes au sud de l’Irlande.
– “voila déjà deux mois que j’attends la mythique créature qui m’est apparue voila déjà dix ans de cela, sublime et mystérieuse sous la pâle lumière lunaire. Depuis que j’ai commencé à étudier ses semblables, je suis de plus en plus persuadé, que leurs humeurs changeantes, représentent tant la pureté des essences primordiales sublimes et synonymes de vie, que les pires cauchemars des hommes.
Toujours malicieuses et trompeuses, lorsque vous avez la chance de rencontrer un membre de leurs espèces et que celui-ci se montre de bonne volonté, vous pourrez si vous êtes un habile maître des mots obtenir un savoir normalement réservé aux maîtres des courants d’énergies.
J’ai déjà eu l’occasion de rencontrer nombres de ces créatures, et j’ai reçu de celles-ci des connaissances sur le monde réel et primordial que nul autre scientifique peut se targuer d’avoir rassemblé au cours de sa vie.
Bien que je sois fasciné par la beauté sublime de leurs esprits, j’ai également été le témoin des pires atrocités du monde.
Je me rappelle un jour ou une petite créature pénétra dans l’antre d’une vouivre, la terre se mit à trembler sous la violence et la noirceur des pensées que la créature projeta contre la malheureuse créature. Car j’ai découvert que les vouivres sont les gardiennes des antiques terres des dieux.
En de tels cas, la vouivre furieuse, déchiquètera l’intrus et prendra deux à trois semaines pour se calmer. Laps de temps pendant lequel elle sèmera la destruction et la mort partout sur son chemin. Je prie sans cesse le gardien éternel pour sa protection et son soutien dans ma tâche.
Aujourd’hui, j’ai retrouvé le bois empli de brumes mystérieuses dans lequel j’ai découvert à la fin de mon enfance une créature fantastique, nymphe sublime et envoutante. Mais l’aube approchant, ce n’est plus qu’un gigantesque reptile que j’ai pu voir là où quelques instants plus tôt, se dressait la plus belle créature qu’il m’ait été donné de rencontrer. Ce soir, alors que la pleine lune se lèvera, je vais enfin pouvoir rejoindre ma déesse.”
Ce texte représente les derniers écrits connus du professeur. Depuis lors, nous en avons appris plus sur la créature qu’il a rencontrée. Bien que ce ne soit que des informations fragmentaires et souvent incohérentes d’homme rendu à moitié fou par les vagues de pouvoirs tellurique qui sévissent en certaines régions du globe à la pleine lune.
Du point de vue de la morphologie, nous avons pu recenser trois grandes familles de vouivres. Cependant, nous ne possédons sur la troisième espèce, celle que le professeur Summerlee a vraisemblablement rencontrée que des informations vagues et imprécises.
La première et plus courante des espèces est celle des vouivres ophidiennes, qui peuvent aller de la taille de 50 centimètres jusqu’à 6 mètres de long. Elles présentent la forme d’un serpent ailé possédant une paire de pattes partant du haut d’un torse féminin couvert d’une peau écailleuse.
Leurs ailes, faites de peau fine, sont semblables à celles des chauves souris.
Souvent confondues avec leurs proches cousins les dragons, les vouivres ophidiennes ne sont pas issues de la magie maléfique des anciens temps, mais de l’énergie tellurique resurgissant près des grottes et des sources d’eau claire. Et certains mythes, prétendent que les dieux anciens, auraient chargé les premières vouivres de veiller sur les forces primordiales du monde à venir, attendant le retour de l’âge des druides.
La seconde grande famille de vouivres regroupe les griffons et les hippogriffes.
Leurs corps sont couverts d’un duvet fin et de grandes plumes, fait approximativement six mètres de long. Contrairement aux vouivres ophidiennes, les ailes de griffons ne sont pas des ailes de chauves-souris, mais de grandes ailes de rapaces.
Leur tête couverte d’une couronne de plumes majestueuses est ornée d’un bec d’aigle capable de briser les rocs les plus durs. Les quatre pattes des griffons, sont celles que l’on retrouve chez les lions d’Afrique. Les Hippogriffes eux, possèdent deux membres antérieurs de chevaux.
La troisième espèce de vouivres, les changeantes, est sans aucun doute la plus mystérieuse et recherchée. Toutefois, il est extrêmement rare d’en trouver.
Très dur à distinguer sauf au clair de pleine lune, elles prennent la nuit une forme de jeune fille, d’une beauté envoutante. Le jour, il semblerait que vues sous la lumière de l’astre diurne, c’est sous l’apparence d’un reptile gigantesque qu’elles apparaissent.
Lors de recherches sur les créatures mystiques, il a été établit que les vouivres ne sont présentes qu’en Europe. Bien qu’il soit possible de trouver toutes les espèces dans tous les types d’endroits, chaque vouivre recherche un environnement particulier pour s’installer.
Nous avons pu observer que la vouivre ophidienne préfère de loin les forêts et les cours d’eau du Jura. En effet, cette région karstique, renferme des centaines de rivières, ruisseaux, étangs et lacs. De plus, parmi les innombrables forêts de feuillus du Jura, se cachent des entrées innombrables de grottes.
Ces trois éléments réunis sont exactement ce qu’affectionne la vouivre ophidienne.
Elle loge toujours dans une grotte profonde, mais sèche et sa présence purifie l’eau et le sol sur plusieurs lieux à la ronde.
Elle est liée à sa grotte et au plus proche point d’eau par la puissante magie tellurique. Plusieurs scientifiques malheureusement décédés à ce jour ont émis l’hypothèse que l’eau serait purifiée par la concentration d’énergie tellurique environnant la vouivre. Nous regretterons ces éminents chercheurs qui ont péri alors qu’ils tentaient d’approcher les vouivres sauvages.
Les Griffons eux, préfèrent les rocs nus des Alpes. Bien que l’on puisse en trouver dans toutes les chaînes de montagnes, il apprécie grandement les falaises granitiques et les vastes espaces dégagés, qui lui permettent de chasser les rongeurs tels que les lapins ou les marmottes ou des proies plus grosses…
Contrairement à leurs cousines ophidiennes, ils sont liés à l’énergie céleste et à un repère élevé.
Bien que les éleveurs craignent les griffons, ils les vénèrent également, car personne ne tombe malade lorsqu’une tanière de griffon est proche.
Toutefois, chaque village aura a payer un lourd tribut en moutons et enfants, enlevés lorsque les adultes ne prennent pas garde.
Les changeantes, quant à elles, aiment à rester dans des eaux calmes et claires. Leurs habitats, sont toujours accompagnés d’un calme mystérieux et d’un air saturé de magie. Même les plus néophytes des humains sont capables de sentir cette omniprésence de l’énergie primordiale. Malheureusement, la plupart se font juste envouter et se perdent dans les bois environnants.
Le régime des vouivres, toutes espèces confondues est un régime clairement carnivore. Toutefois, elles apprécient également de manger quelques fruits de temps à autres.
La vouivre ophidienne mange principalement du poisson qu’elle pèche dans son point d’eau. Les rares rongeurs qui osent braver la frontière de l’antre d’une vouivre finissent par agrémenter l’ordinaire de ces dernières. Et ils ne manquent pas de rendre folle de rage le gardien des lieux.
Les griffons, vivant dans des milieux plus froids, mangent une nourriture plus riche. Ils chassent de gros rongeurs, mais également des créatures plus grosses telles que des moutons, veaux ou humains.
Les changeantes, sournoises et sublimement mortelles, préfèrent de loin la chaire humaine. Elles envoutent les hommes, les perdent dans leur beauté et les amènent à se noyer dans leur étang ou elles se jetteront sauvagement sur les corps sans esprit des malheur
Demiandre
U’b’Onnim
I/ PREMIÈRE PARTIE – INTRODUCTION
Je me souviens, dans ma jeunesse estudiantine, de fables circulant depuis plusieurs années déjà à propos d’une race d’animaux alors légendaires. De nombreuses personnes attestaient les avoir rencontrées, mais jusque-là, aucune preuve tangible n’avait pu être fournie pour en étayer l’existence. En effet, aucun spécimen ne put être rapporté aux locaux de la branche éthologique du Centre de Bravendir.
Des mythes circulaient alors, sur d’étranges disparitions et des attaques et raids menés sur certains troupeaux dans les contrées éloignées de l’Empire. De nombreux collègues, des scientifiques émérites, partirent à l’aventure pour essayer de trouver la source de ces mythes. Peu revinrent avec des études complètes, et beaucoup ne revinrent pas, continuant l’expédition plus au sud. En tant que personne sensée, je n’accordais bien sûr aucune foi à ces fariboles, et pourtant…
Alors que j’arrivais à la prime de ma vie, voici que je rencontrai enfin l’objet de tant d’études – diverses et variées – concernant cette bête fabuleuse, Le U’b’Onnim lors d’un voyage organisé par le Centre de Bravendir, la troisième expédition menée pour attester la véracité de leur existence. Après trois mois de voyage à travers les contrées verdoyantes de Kerdyul, la traversé de la Chaine de Felinkon et la traversé du Delta infini de la Chekiro, nous arrivâmes dans les Marais de Bravendir, lieu d’habitat supposé de ces créatures. Nous passâmes deux autres mois à chercher avant de les trouver dans la forêt vierge au-delà des marais. Nous les rencontrâmes par hasard, au détour d’une clairière immense, parsemée de rochers géants dressés et taillés en totems, supportant des abris de bois et de feuilles larges et étanches, réunis par des liens de lianes fines. L’impression qui s’en dégageait était la sérénité et la cohésion. Dès notre arrivée dans cette clairière, nous avons renvoyés les soldats, pour qu’ils nous attendent à l’orée de la forêt en attendant notre retour, au départ prévu dans deux mois. J’y resta un an.
II/ DEUXIÈME PARTIE – SITUATION ACTUELLE
Cette race de reptiles amphibiens, décrite comme proche du crapaud et autres grenouilles, est une merveille d’évolution d’après mes contemporains. En effet, quelques rares études ayant porté sur cette espèce à leur prétendue apparition dénoterai un physique totalement alien à ce qui est aujourd’hui observable. Ils auraient donc mutés pour devenir peu à peu ce qu’ils sont aujourd’hui. Mais je n’accorde personnellement que peu de foi à ces études sans spécimen observable.
La population actuelle est estimée à plusieurs dizaines de milliers d’individus regroupés en tribus patriarcales très soudées et unifiées par des conseils d’Anciens. Leur espérance de vie est de presque un siècle. Concernant leur reproduction, les U’b’Onnims sont ovipares et appariés et l’incubation des œufs dure cinq mois. La ponte se fait deux fois par an, à la fin de la saison froide et au début de la saison chaude. Ils sont de plus omnivores, mangeant indifféremment poissons, viande d’animaux qu’ils trouvent dans la forêt, ou fruits provenant des nombreux arbres constituant leur environnement. Des poumons et des branchies leur permettent de respirer aussi bien hors que dans l’eau.
Leur corps est étrangement anthropomorphique. La plus grosse dissemblance consiste en leurs deux jambes, aux genoux inflexés, leurs permettant de réaliser des bonds impressionnants, plus haut que n’importe lequel de mes congénères. Leurs bras sont cependant de taille normale – enfin de taille normale d’un point de vue humain en tout cas. C’est d’ailleurs la seule espèce (hormis la nôtre, cela va de soi) à posséder un pouce opposable, les dotant du magnifique don de préhension. Ce qui en fait les principaux adversaires des Hommes.
Leurs membres antérieurs se terminent par des griffes très dures au bout de leurs doigts palmés, suffisant pour tailler la roche et dépecer le cuir de certains animaux. Leur appendice caudal, long et épais, leur permettent de se tenir dans un équilibre parfait quel que soit la situation. Ils ont des dents acérées mais peu longues. Ce qui est le plus étonnant dans leur apparence est que leur langue courte et triangulaire dépasse hors de leur gueule constamment, leur donnant un air étrangement inoffensif. Leur tête, de forme ovoïde, est creusée par endroit, certainement pour accroitre l’aquadynamisme de ces nageurs hors-pairs. La crête sur le sommet de leur crane est flexible mais très dure. Elle dépasse souvent quand ils nagent en surface, laissant derrière eux un sillage d’écume sinueux.
Des tests ont révélés qu’ils peuvent aussi se mouvoir en eau salée, mais leurs branchies ne sont pas adaptées à la salinité de la mer ou de l’Océan. Malgré cela, ils peuvent tenir près d’une demi-heure en apnée dans ces conditions.
La texture de leur peau n’est pas sans rappeler le cuir. Cependant, ce sont bien des écailles comme les reptiles dont il s’agit. Elles semblent être recouvertes d’une substance étanchéifiante et odosuppréssante, les rendant aveugles aux détecteurs olfactifs de la plupart de leurs prédateurs, soit dit en passant peu nombreux, et proies. La couleur de leurs écailles, utilisant toute la panoplie de tons verdâtres que la nature puisse mettre à leur disposition, leur permet un camouflage supplémentaire dans leur habitat naturel : la jungle humide et chaude, ou les forêts vierges et impénétrables proches de l’équateur.
Le froid les inhibes, et leurs gestes sont plus lents, leurs réactions moins vives. En dessous d’un certain seuil, les U’b’Onnims ne se meuvent plus, totalement paralysés par le froid, comme pour nombres d’insectes et reptiles à sang froid. Leur hibernation est plus courte que pour certains insectes ou animaux, du fait du climat chaud de la région. Ils sont ainsi immobilisés pendant seulement six semaines.
Après autopsie d’un spécimen retrouvé mort, il apparait que leurs os sont de nature semblable aux nôtres, malgré l’aspect différent. En effet, certaines parties de leur squelette est largement adaptée à leur milieu de vie. Les os des bras sont presque plats, ressemblant à des rames, tandis que leur colonne vertébrale est flexible à 180° dans les deux sens. Le nombre total d’os que compte leur corps est deux fois moins important que chez l’Homme.
Ce qui me surprit le plus dans mon observation des U’b’Onnims, ce fut leur culture. J’en ai vu rigoler, échanger des objets manufacturés (l’habileté qu’ils ont avec le travail de la terre, du bois et du métal est impressionnante, mais en même temps me rends inquiet d’un point de vue sociologique), ou même se pavaner dans des rites me semblant à but reproductif.
Au niveau funéraire, les U’b’Onnims sur le point de mourir regroupent leur tribu, parlent avec les jeunes, avant de s’enfoncer dans les eaux et ne jamais ressortir. Le reste de la tribu retourne ensuite à leur camp en entonnant une mélopée sombre grâce à leur langue résonnant dans le fond de leur gorge.
Il est troublant aussi de constater derrières leurs multiples paupières les protégeant de l’eau tout en permettant la vue subaquatique des yeux étrangement humains. On y voit une sagesse, une connaissance étendue et une sérénité sans faille. Quand je vois mes collègues et congénères, je ne vois que haine, mépris et ambition derrière leurs sourires mielleux et leurs intentions prétendument saines et saintes.
III/ TROISIÈME PARTIE – COMPARAISON
Mais après cette brève étude sur l’aspect actuel de la population U’b’Onnime, revenons maintenant sur les études antérieures à mes propres recherches, qu’elles soient scientifiquement recevables ou non. D’un point de vue anatomique, il semblerait que la différence majeure soit l’adoption de la station debout. Tous les documents qu’il m’a été donné de compulser s’accordent pour dire que les spécimens auscultés ne pouvait physiologiquement pas tenir sur leurs deux membres antérieurs. Ce changement semble s’être opéré en l’espace de deux générations indigène, soit environ trois des nôtres.
De plus, leur cadre de vie aussi s’est métamorphosé. Vivant auparavant dans des anfractuosités du sol, ils peuvent désormais construire leurs propres repaires grâce à leur nouveau pouce leur permettant la saisie d’outils divers. Leur évolution dans ce domaine est – d’un point de vue historique – bien plus performant que notre espèce. Et fulgurant. Les armes ne sont pas monnaie courante, car leurs griffes, dents et queue sont autant de moyen à leur disposition pour attraper, couper, mordre et assommer. Ce n’est en effet pas par gaucherie qu’ils n’usent point de lances et autres marteaux et couteaux, mais par commodité.
Les scientifiques de l’époque ont de plus recensé des évolutions mineures, mais cependant d’importance significative sur les nouveaux obstacles qu’ils ont dû surmonter. En effet, Les oreilles, auparavant juste des trous dans la boite crânienne, sont désormais complétées par un étonnant système auditif ressemblant à des antennes épaisses et tombantes, qui sont dirigées vers l’arrière. Ces oreilles, totalement adaptées à leur vie sous-marine et terrestre, leurs permettent de capter des sons faibles de n’importe quelle direction comme s’ils provenaient de quelqu’un en face d’eux.
Leurs yeux se sont partiellement atrophiés, et sont maintenant plus adaptés à la vie sous l’eau que sur la terre ferme, endroit où les sons ne sont pas aussi captables. Leur vision est plus ou moins adaptée à la nuit, car la lumière a parfois du mal à filtrer à travers l’onde. Cependant, ils restent de puissants prédateurs malgré ces lacunes sensorielles.
•NB : Voici malheureusement tout ce qu’il reste des études menées à ce jour sur les U’b’Onnims, disparus depuis la fin du siècle précédent. On peut supposer que cette étude du célèbre naturaliste Melgirand Eli’Albakrine, ancien Conseiller du Roi, largement en faveur de l’U’b’Onnim face à l’espèce humaine, soit une des raisons ayant poussé les nations à l’extermination pure et simple de la race après une campagne sanglante pour les deux parties. Notre principal avantage semble avoir été le nombre, ainsi que la décision – sage au demeurant – de programmer l’attaque en saison froide.
Le reste du document est perdu, et seul ce fragment reste, l’original étant conservé au Muséum des espèces disparues de Bravendir. Que ce serait-il passé si les U’b’Onnims avaient continués à prospérer, nul ne le sait, mais la plupart des scientifiques s’accordent à dire que leur nature pacifique aurait permis à l’Homme de bénéficier de leur aide en de nombreux domaines, en utilisant à bon escient leurs capacités physiques exceptionnelles. La décision des nations était peut-être la meilleure, mais fut malheureusement prise trop tôt.
Ces fragments d’étude sont donc la seule attestée comme véridique et étayée par des autopsies et prélèvement, tous détruits par le gouvernement à l’orée des manipulations génétiques. Certains pensent que les Oracles de Filvhanduir ont été un facteur décisif dans la décision de disposer des restes d’U’b’Onnims par le feu, conduisant à l’incendie de la forêt de Bravendir et l’autodafé de tout document concernant cette espèce.
Une expédition menée il y a deux hivers aurait rapporté clandestinement des échantillons de terre de l‘ancienne patrie des U’b’Onnims ainsi que des ossements et autres prélèvements qui furent analysés et testé. Tandis que la forêt repousse et que la nature reprend ses droits après les exactions du gouvernement mondial, il semblerait que les U’b’Onnims soient sur le point de revenir. Quelques espèces animales semblent pouvoir évoluer pour reprendre le flambeau de la population génocidée il y a maintenant plus d’un demi-siècle.